Il y a la glace horizontale sur laquelle on patine. Il y a la glace verticale sur laquelle on pioche à grands coups de piolets. Et il y a les gros blocs de glace que le fleuve charrie et qui constituent le terrain de jeu de quelques téméraires : les coureurs en canot à glace.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Le terrain est en mouvance, c’est très dynamique, très stimulant, avec un décor extraordinaire », lance Catherine Paquin, directrice générale de l’Association des coureurs en canot à glace du Québec.

Les courses de canot à glace ont un fondement historique. Au XVIIsiècle, le canot à glace constituait la seule façon de traverser le fleuve entre Québec et Lévis si le pont de glace ne parvenait pas à geler suffisamment pour permettre le passage. Dans les années 1860, on comptait ainsi plus de 200 canotiers qui pouvaient transporter les personnes et les marchandises en hiver.

  • On appelle « trottinette » le fait de tirer (et pousser !) le canot sur la glace.

    PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

    On appelle « trottinette » le fait de tirer (et pousser !) le canot sur la glace.

  • Un équipage de canot à glace compte cinq membres.

    PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

    Un équipage de canot à glace compte cinq membres.

  • Une grande partie de la traversée se fait à la rame.

    PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

    Une grande partie de la traversée se fait à la rame.

  • Les femmes représentent environ le quart des canotiers.

    PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

    Les femmes représentent environ le quart des canotiers.

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La première course a eu lieu en 1894 entre Québec et Lévis, mais il a fallu attendre jusqu’en 1955 pour qu’on établisse une course annuelle dans le cadre du Carnaval de Québec.

Cette année, le Circuit québécois de canot à glace compte sept courses. La troisième aura lieu samedi prochain à Montréal, au bassin de l’Horloge.

Entre 30 et 40 équipes devraient prendre part à l’événement. Chaque équipe compte cinq membres.

La grande course du Carnaval de Québec, qui aura lieu le 9 février entre Québec et Lévis, devrait accueillir quant à elle de 55 à 60 équipes, dont une équipe de Calgary et une autre de France.

Sport de compétition

Le canot à glace est essentiellement un sport de compétition. Les membres des classes « Élite » peuvent s’entraîner jusqu’à trois fois par semaine. Et ils prennent la chose très au sérieux.

Une équipe, c’est un peu comme une microentreprise. Il faut l’athlète. Il faut le débrouillard, qui va être capable de gérer le matériel, de réparer le canot. Il faut le gestionnaire des ressources humaines, pour gérer l’équipe et organiser les rencontres. Et il faut le responsable du marketing, qui va gérer les commandites et la recherche de visibilité.

Catherine Paquin

Les commandites sont essentielles pour éponger les coûts du bateau : avec les rames, on parle d’un investissement de 15 000 $. Et une équipe « Élite » change de bateau tous les trois ou quatre ans.

« Dans la classe “Élite”, on essaie d’être sur la coche au niveau technique, au niveau des entraînements et du matériel », soutient Catherine Paquin.

En dehors du canot à glace, les membres des équipes se gardent en forme en faisant du vélo, de la course à pied, du ski de fond, du patinage de vitesse, etc.

Il existe une classe un peu plus mollo, « Sport », qui accueille les équipes qui visent un but un peu plus récréatif.

« Les trajets sont un peu plus courts, les gens s’entraînent un peu moins, les bateaux sont peut-être un peu moins high tech, indique Mme Paquin. Les bateaux usagés finissent souvent leur vie dans cette classe. »

Manon Gaudreault, directrice générale du Circuit québécois de canot à glace, parle d’une croissance « fulgurante » du nombre de canotiers au cours des 15 à 20 dernières années.

« Dans les années 90, il y avait une quinzaine d’équipes, fait-elle savoir. Il y a maintenant une soixantaine d’équipes qui sont membres de l’Association des coureurs en canot à glace du Québec. Et cette année, 48 nouveaux canotiers ont suivi une formation et ont été accrédités, comparativement à 35 l’année passée. »

Les accidents sont rares, mais ils peuvent quand même survenir. En décembre 2017, un canotier expérimenté a perdu la vie au cours d’un entraînement. Il serait resté près du bateau qui coulait pour récupérer la radio marine alors que les autres membres ont nagé pour rejoindre le rivage.

Peu répandu

Le canot à glace demeure un sport peu pratiqué : l’association compte moins de 400 membres. Mais ceux qui sont membres sont vraiment passionnés. Comme Sophie Asselin, qui organise la course de Montréal et qui est elle-même canotière.

« J’étais bénévole pour la course de Montréal et j’ai eu la chance d’essayer lors des fêtes du 375e, raconte-t-elle. Je me suis impliquée davantage et j’ai attrapé la piqûre. Je me suis jointe à une équipe. »

Elle trouve extraordinaire le fait de se retrouve sur le fleuve au beau milieu de l’hiver.

« On peut profiter autant de la rame que de la glace. Quand je fais ce sport-là, je ne pense à rien d’autre, ça ne m’apporte que du bonheur et de la passion. »

Comparativement à la grande course du Carnaval de Québec, la course de Montréal est encore bien jeune avec seulement huit présentations au compteur. Avec une longue histoire derrière elles, ce sont les très nombreuses équipes de la région de Québec qui dominent les classements. Ce qui pique évidemment les quelques équipes de la région de Montréal (elles ne sont que cinq !).

« L’année dernière, c’était la première fois qu’une équipe montréalaise montait sur le podium, à Montréal », s’enorgueillit Mme Asselin, qui parle d’une « certaine rivalité » Montréal-Québec…