Tout à côté du sentier, un mammifère a laissé des traces intrigantes sur la neige fraîchement tombée. Elles sont trop petites pour être celles d’un ours. Pas assez félines pour être celles d’un lynx. C’est probablement un pékan, un cousin plus costaud de la martre, qui s’est promené ici, sur le mont Singer, dans la réserve naturelle des Montagnes-Vertes.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Cette réserve, qui s’étend sur 70 km2 en Estrie, constitue la plus grande aire de conservation privée au Québec. C’est un endroit idéal pour le pékan, qui a besoin d’un grand territoire vital. La réserve est la propriété de Conservation de la nature Canada (CNC), un organisme national de bienfaisance.

CNC vient de se choisir une nouvelle présidente, Catherine Grenier, une Québécoise qui était encore tout récemment responsable de la gestion et du développement des parcs nationaux du Québec en tant que vice-présidente de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ).

« Mon objectif était de rendre accessibles et de faire découvrir ces parcs et de promouvoir l’amour du plein air au Québec ainsi que l’importance de la nature pour la santé physique, la santé mentale et le bien-être », a indiqué Mme Grenier dans une entrevue téléphonique depuis son domicile de Québec.

Avec Conservation de la nature Canada, je veux poursuivre dans la même veine : je veux continuer à travailler pour la protection de la nature et favoriser la connexion des gens avec la nature.

Catherine Grenier, présidente de Conservation de la nature Canada

PHOTO FOURNIE PAR CONSERVATION DE LA NATURE CANADA

Catherine Grenier est la nouvelle présidente de Conservation de la nature Canada.

Elle note que CNC est un organisme peu connu du grand public. Pourtant, depuis sa création en 1962, il a contribué à la protection de 14 millions d’hectares au Canada, soit en gérant directement 2 millions d’hectares et en aidant des partenaires à assurer la conservation de 12 millions d’hectares. Pour se donner une idée, 14 millions d’hectares, c’est un peu plus que la superficie de la Grèce.

L’organisme n’agit jamais seul. Il établit des partenariats avec des groupes locaux de conservation, des municipalités, des gouvernements, des propriétaires terriens, des entreprises. « C’est une organisation qui est une facilitatrice, qui réussit à amener plusieurs intervenants à se donner un objectif commun. »

Elle donne l’exemple de la réserve naturelle des Montagnes-Vertes. « Ce territoire-là existe parce que des gens avaient le rêve de le concrétiser. CNC a été capable de faciliter ce rêve. C’est très important comme exemple, j’en parle à mes enfants : ça donne espoir que chacun peut poser un geste, chacun peut concrètement bâtir un meilleur avenir à travers la nature. »

Pour la réserve, le travail n’est pas terminé : CNC et ses partenaires espèrent aller chercher 1000 hectares supplémentaires de territoire à protéger. « Au Québec, la vision porte beaucoup sur les corridors écologiques, indique Mme Grenier. On veut connecter les montagnes Vertes du Vermont au mont Orford. »

CNC a un autre corridor dans sa ligne de mire : raccorder le parc national de Plaisance au parc national du Mont-Tremblant. « Ça ne se fait pas en claquant des doigts, ça se fait à travers un paquet de petits gestes. » Ça se fait surtout à partir des gens de la place, des groupes de conservation, mais aussi des propriétaires qui cèdent des terrains pour assurer leur conservation ou qui acceptent des servitudes.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

On peut avoir accès à plusieurs des territoires protégés par Conservation de la nature Canada, comme la réserve naturelle Alfred-Kelly.

L’exemple de la réserve naturelle Alfred-Kelly

« Pourquoi ça s’appelle la réserve Alfred-Kelly ? Parce que c’est le nom du donateur du premier terrain conservé dans le secteur. Il y a une histoire très humaine derrière chaque territoire. C’est intéressant de voir qu’il y a des gens très visionnaires qui ont voulu donner pour la nature. »

La réserve naturelle Alfred-Kelly, à Prévost, offre une quinzaine de kilomètres de sentiers de randonnée. La réserve naturelle des Montagnes-Vertes s’inscrit pour sa part dans un vaste réseau de plus de 200 km de sentiers, gérés notamment par les Sentiers de l’Estrie, le Parc d’environnement naturel de Sutton et Corridor appalachien.

Parfois, les objectifs de conservation et d’accessibilité peuvent entrer en contradiction, mais en règle générale, CNC cherche à rendre les territoires accessibles à la population. « Certains ne s’y prêtent pas, explique Mme Grenier. Parfois, il y a des lots enclavés. Parfois, ce n’est pas à propos d’en permettre l’accès : on pense à des tourbières, par exemple. Autrement, on travaille fort pour offrir l’accès, avec la sensibilisation qui vient avec pour s’assurer de la conservation des lieux, parce que la conservation est notre priorité. »

Elle termine en soulignant que la pandémie a contribué à rapprocher tout le monde de la nature. « Il s’agit de ne plus avoir accès à quelque chose pour réaliser à quel point c’est important. »

Ah ! Nager dans une cénote !

Juste avant l’hiver, voici une vidéo de l’apnéiste colombienne Sofía Gómez Uribe dans une très belle cénote, un puits naturel au Mexique.

Chiffre de la semaine : 46 mètres

C’est la profondeur qu’on peut atteindre en visitant le Spéos de la fée à La Rédemption, la grotte la plus profonde connue au Québec.