En général, les gens de plein air ne vouent pas un grand amour aux insectes.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

On prononce le mot « insecte », ils pensent aux maringouins, aux mouches noires et aux autres petits vampires. Ils pensent aussi aux bibittes étranges qui se glissent dans la tente ou qui grimpent le long de leurs jambes lorsqu’ils s’arrêtent pour déguster un bon goûter.

Bien sûr, il y a des papillons colorés, d’élégantes libellules, de fascinantes lucioles… mais elles ne font pas le poids lorsque le principal souci des randonneurs est d’éviter la sinistre tique responsable de la maladie de Lyme.

Bref, les insectes auraient besoin d’un spécialiste des relations publiques pour faire remonter leur cote de popularité.

Étienne Normandin n’est pas relationniste, mais entomologiste. Il vient de faire paraître aux Presses de l’Université de Montréal un guide de référence, Les insectes du Québec et autres arthropodes terrestres, qui devrait permettre de mieux faire connaître cette petite faune.

« La communauté des entomologistes avait besoin d’un outil, mais en même temps, je ne voulais pas que le livre se retrouve ancré dans une sorte de niche professionnelle, raconte M. Normandin. Je voulais qu’il soit accessible au grand public. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Il y a des insectes partout. Mais il faut bien ouvrir les yeux pour les voir.

Il observe au sein de la population un grand besoin de se reconnecter avec la nature. Il estime que s’intéresser aux insectes constitue une bonne façon d’atteindre cet objectif. « Le but du livre, c’est que les Québécois s’ouvrent davantage les yeux au monde des insectes, comme ç’a été le cas avec les oiseaux. »

Il reconnaît que ça peut être un peu plus difficile pour les insectes. Cela peut sembler un peu intimidant au départ. Uniquement au Québec, on compte environ 25 000 espèces d’insectes et d’arthropodes (araignées, millipèdes, etc.).

Et puis, les insectes n’ont pas toujours la cote. Les adeptes de plein air sont surtout en contact avec des insectes piqueurs. « Lorsqu’il y a des insectes dans les tentes, les gens ne s’attardent pas à les identifier, surtout s’il y a des moustiques et des mouches. Ils les tuent. »

M. Normandin croit toutefois que ceux qui font régulièrement du plein air sont plus tolérants face aux insectes que ceux qui en font pour la première fois. Il note également un engouement vis-à-vis de la photo, qu’il s’agisse de photo animalière ou de photo d’insectes.

« Les gens sont intéressés à faire de la randonnée, mais ils veulent y donner un petit ‟plus”, avec l’observation, la participation à la science citoyenne : ils prennent des photos et les téléchargent sur des sites comme iNaturalist. J’espère que ça va continuer. »

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Étienne Normandin à la chasse aux insectes

C’est vers l’âge de 15 ans qu’Étienne Normandin a lui-même commencé à s’intéresser aux insectes. Comme bien des ados, il avait tendance à s’enfermer pour jouer aux jeux vidéo.

« Les parents voulaient qu’on aille jouer dehors, se rappelle-t-il. Le contact avec les insectes s’est fait à ce moment-là. Avant de les aimer, j’ai commencé par les martyriser. Le martyr s’est développé en intérêt. »

Il a commencé à attraper des papillons, à se renseigner, à se joindre à une communauté d’entomologistes.

Une dame généreuse m’a donné un élevage d’une grande espèce de papillons, le polyphème d’Amérique. De là, tout a démarré.

Étienne Normandin

En 2015, il est devenu coordonnateur de la collection d’insectes Ouellet-Robert à l’Université de Montréal, « une collection qui avait un réel besoin d’être connue de la communauté ». L’idée du guide vient de là. Le livre d’un peu plus de 600 pages répertorie 2354 espèces, soit environ 10 % des espèces au Québec.

Dans les premières pages du volume, l’auteur fournit un tableau pour faciliter l’identification. Il fournit également quelques listes thématiques pour retrouver rapidement les insectes que les gens rencontrent davantage : les insectes nuisibles pour le jardin, les insectes qu’on retrouve dans les habitations, les insectes qu’on retrouve dans les denrées alimentaires et, surtout, les insectes associés aux animaux et aux humains.

C’est dans cette dernière liste qu’on retrouve Aedes japonicus (le satané moustique), Ixodes scapularis (la funeste tique aux pattes noires qui peut propager la maladie de Lyme), Simulium sp. (l’infâme mouche noire) et Chrysops aberrans (la détestable mouche à chevreuil, qu’on connaît aussi sous les noms de frappe-à-bord et de taon).

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL

Les insectes du Québec et autres arthropodes terrestres

« Quelqu’un qui ne cherche pas les insectes va peut-être tomber sur une cinquantaine d’espèces plus communes dans sa vie, affirme M. Normandin. Il ne verra pas les autres. En utilisant l’outil thématique, il peut se diriger dans le livre pour les trouver rapidement. Il pourra aussi voir les espèces apparentées et les espèces qu’il ne voit pas normalement. »

En bas de chaque page, Étienne Normandin a ajouté une petite note qui vient compléter les photos et les informations plus formelles des planches.

« J’ai adoré faire ces notes-là. Lorsque j’avais de l’espace, je pouvais aborder les comportements de l’espèce parce que c’est ça qui me fascine, que j’essaie de communiquer aux gens. Les insectes ont vraiment une biologie qui sort de l’ordinaire. Ce sont des extraterrestres sur Terre. »

Il espère que l’engouement pour le plein air que l’on constate en cette période de pandémie va engendrer « un petit intérêt pour les insectes ».