Des coupes de bois ont finalement eu raison d’un grand sentier de randonnée pédestre de 65 kilomètres qui reliait sept villes et villages des Laurentides.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Le sentier Par Monts et Vals reliait dans une grande boucle Sainte-Agathe-des-Monts, Ivry-sur-le-Lac, Val-des-Lacs, Lantier, Sainte-Lucie-des-Laurentides, Val-David et Val-Morin.

Le tout petit organisme qui le gérait, Par Monts et Vals, s’est sabordé. Après avoir écrit une note attristée aux usagers du sentier, il a fermé son site internet et sa page Facebook. « Il y a eu beaucoup d’énergie mise là-dedans de la part de bien du monde », soupire Laurent Paquette, chargé de projet de l’organisme, lors d’une entrevue avec La Presse.

Il y a eu aussi beaucoup d’argent. Un peu après 2008, le gouvernement québécois a versé des subventions de 150 000 $ pour le projet de réseau de sentiers dans le cadre d’un programme de revitalisation des villages. « Les municipalités devaient apparier ça et ont donc mis 150 000 $ là-dedans. Ce sont 300 000 $ d’argent public qui s’envolent en fumée », déplore M. Paquette.

PHOTO FOURNIE PAR LAURENT PAQUETTE

Beaucoup d’argent, de temps et d’énergie ont été investis dans le circuit Par Monts et Vals.

Ce qui passe plutôt mal aux yeux du chargé de projet, c’est que c’est le même gouvernement du Québec qui a financé des sentiers et qui les a détruits par la suite en approuvant les coupes forestières.

« Il y avait cette belle théorie gouvernementale, il y avait tous ces colloques, on parlait de partage, de cohabitation, de multi-usages, mais dans la vraie vie, la forêt, ce n’est intéressant que quand on coupe le bois. »

M. Paquette raconte qu’il y a eu une première coupe forestière dans le réseau il y a trois ans, mais que somme toute, ça s’était assez bien passé. « On avait été avisés, tout avait été correct de la part des entrepreneurs, se rappelle-t-il. On a réaménagé le secteur coupé. Ce n’est pas évident de mettre des balises quand il n’y a plus d’arbres, mais on s’est dit que pour une petite section, ça pouvait aller. »

Encore une coupe

Puis, l’année dernière, un bénévole lui a fait savoir qu’une grande partie d’un tronçon de sentier de 9,3 kilomètres avait disparu en raison d’une nouvelle coupe forestière.

« Je lui ai dit que ça ne se pouvait pas, que c’était des terres publiques, que ça dépendait donc du Ministère, raconte M. Paquette. Je suis allé voir et effectivement, ils avaient amputé trois ou quatre kilomètres de ce tronçon-là. »

Déjà, il était douteux de pouvoir recréer cette section. En outre, M. Paquette a réalisé qu’il y avait des arbres marqués pour la coupe sur le reste du tronçon. Le ministère concerné avait approuvé les coupes sans prendre en considération la présence du sentier.

« Ils nous ont dit qu’ils ne savaient pas qu’il y avait un sentier là alors qu’ils avaient encaissé le chèque que nous leur avions envoyé pour le permis, se rappelle le chargé de projet. Une fois qu’on leur avait envoyé le tracé, ils nous avaient posé des questions, ils nous avaient demandé des photos. Il y a même un fonctionnaire qui voulait nous facturer le bois que nous avions coupé pour faire passer le sentier, comme si nous étions des entrepreneurs forestiers. »

Le tronçon de 9,3 kilomètres, situé entre Val-des-Lacs et Lantier, était particulièrement apprécié des randonneurs en raison de son isolement et de son niveau de difficulté. Des clubs de marche, des écoles de la région y faisaient des sorties.

Il y avait une belle végétation variée, des arbres centenaires, des bouleaux, il y avait deux petits lacs que les castors avaient créés au fil des ans.

Laurent Paquette

« On appelait ça les Terres de Miron parce que la famille du poète était originaire de Val-des-Lacs. C’est là qu’il passait ses étés », ajoute M. Paquette.

En outre, la disparition du tronçon de 9,3 kilomètres a fait en sorte de rompre la grande boucle.

Pour empirer les choses, une des municipalités impliquées a perdu un droit de passage sur une autre section de sentier et Sainte-Agathe a avisé Par Monts et Vals qu’elle avait reçu des demandes de coupe forestière « sur tel et tel lot ». « C’est là qu’on s’est dit qu’on allait laisser tomber, déclare Laurent Paquette. On ne peut pas recréer tout ce qui a pris des années à se créer. »

PHOTO FOURNIE PAR LAURENT PAQUETTE

Certaines sections du réseau pourront survivre.

Des sections survivront, notamment au sein du parc régional Val-David–Val-Morin, et possiblement à Sainte-Agathe-des-Monts.

« Pour que les sentiers existent, il faut qu’il y ait des volontés extraordinaires dans le milieu politique municipal pour essayer de conserver, de négocier lorsqu’il y a des développements, indique M. Paquette. Ça prend une vigilance de tous les instants. »

Un autre projet

Quant à lui, il transférera ses énergies du côté du centre de plein air du Camping Sainte-Agathe, où il s’impliquait déjà depuis des années. « C’est une perle, mais ce n’est pas encore assez connu. On a un réseau de ski de fond de 55 kilomètres, des sentiers de raquette d’une douzaine de kilomètres. On pratique la randonnée pédestre sur la majorité de ces sentiers. »

Il note que la municipalité de Sainte-Agathe tient à garder une zone importante du territoire à l’état naturel. « Avec la municipalité, qui collabore et qui est ouverte, on pense qu’on va réussir à créer quelque chose de permanent », s’enthousiasme-t-il.