Ô, bonheur ! La randonneuse vient de tomber sur son modèle favori de bottes de randonnée, en solde sur un site internet américain. On ne trouve plus ce modèle au Canada. Elle n’hésite pas : elle sort sa carte de crédit et commande les précieuses bottes. Il reste à savoir où elle les fera livrer : chez elle ou dans un entrepôt spécialisé au sud de la frontière ?

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Les amateurs de plein air sont de plus en plus nombreux à faire des achats aux États-Unis et à aller les chercher dans un entrepôt dans le nord de l’État de New York ou du Vermont. Toutefois, ils ne déclarent pas toujours ces achats lorsqu’ils franchissent la frontière, ce qui peut se révéler très coûteux.

En effet, les services frontaliers peuvent saisir les biens. La personne fautive peut carrément les perdre, ou devoir payer une pénalité pour les récupérer. Cette pénalité peut se situer entre 25 et 70 % de la valeur du bien saisi. La paire de bottes en solde devient subitement pas mal plus chère.

En outre, les agents peuvent saisir tout véhicule ayant servi à l’importation illégale de biens. Pour le ravoir, il faudra payer une sérieuse pénalité.

Enfin, l’Agence des services frontaliers consigne toutes les infractions, et les agents pourraient faire subir un « examen plus détaillé » aux fautifs au cours des voyages subséquents. Le passage de la frontière pour aller faire de la randonnée dans les Adirondacks risque d’être un peu plus corsé.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Il peut être tentant de magasiner aux États-Unis pour se procurer des produits introuvables au Canada, ou beaucoup plus chers.

Plus de choix, meilleurs prix

Mais pourquoi acheter aux États-Unis ? Mathieu explique que plusieurs produits, marques ou modèles ne sont pas offerts au Canada.

« Il y a des entreprises, comme Icebreaker, qui ont des modèles différents selon les pays, indique-t-il. Donc, parfois, des motifs, des couleurs, etc., sont disponibles uniquement pour certains marchés. »

Il ajoute que les prix sont souvent beaucoup plus bas aux États-Unis, même en tenant compte du taux de change.

« Il y a toujours une promo quelque part. »

Les amateurs de plein air peuvent profiter d’une excursion aux États-Unis pour visiter les boutiques américaines ou magasiner en ligne.

Mathieu se procure presque tout son équipement en ligne. Parfois, il se fait envoyer les articles chez lui, au Québec.

Quand je fais envoyer au Canada, j’utilise uniquement USPS [le service postal américain]. Sinon, si tu utilises les UPS, FedEx et autres, tu te fais ramasser sur la manutention, les taxes, les frais de courtage, etc.

Mathieu

L’Agence des services frontaliers explique toutefois qu’il est possible de réduire ces frais en faisant dédouaner soi-même les biens. Il faut alors avertir l’entreprise de messagerie, refuser la livraison et procéder au dédouanement à un des bureaux de l’Agence. Il faut par la suite présenter les documents de dédouanement à l’entreprise de messagerie pour récupérer les biens.

Pour sa part, Luc note que ce ne sont pas tous les sites et les détaillants américains qui livrent au Canada. D’où l’existence de ces entrepôts spécialisés au sud de la frontière. Il faut faire le trajet à partir du Québec pour aller récupérer les biens, mais plusieurs amateurs de plein air profitent du déplacement pour organiser une petite fin de semaine de randonnée, d’escalade ou de ski aux États-Unis.

« Comme ça, pas besoin de déclarer », lance Mathieu.

Lorsqu’une personne passe plus de 24 heures aux États-Unis, elle a droit à une exemption personnelle de 200 $ CAN. Lorsque le séjour dépasse 48 heures, l’exemption passe à 800 $ CAN. Ça peut couvrir bien des choses : de beaux sacs de couchage de duvet bien chauds, des bottes d’alpinisme de très haute altitude, des tentes ultralégères, etc.

Mathieu raconte notamment qu’il lui est arrivé de se faire livrer un manteau en duvet et de le porter pour franchir la frontière, sans le déclarer.

« Les entrepôts sont équipés pour ça. Il y a des bacs de poubelles pour chaque truc : boîte, bulles, papier mousse, étiquettes de prix, etc. Tu peux tout déballer sur place si tu veux. »

Tout déclarer

Mathieu commet cependant une erreur commune.

« Tous les biens importés doivent être déclarés, même s’ils ne dépassent pas les limites des exemptions personnelles », rappelle Dominique McNeely, de l’Agence des services frontaliers du Canada (région du Québec).

Il est recommandé d’avoir les reçus à portée de main et de rendre accessibles les biens nouvellement acquis (et donc de ne pas les enterrer dans le fond du coffre de la voiture, sous tout le matériel de camping de la fin de semaine).

Sur son site internet, l’Agence des services frontaliers assure que les agents « vous aideront à remplir votre déclaration et calculeront votre exemption personnelle ainsi que tout autre droit et toute taxe que vous devez payer de la façon la plus avantageuse pour vous ».

Mathieu estime que c’est généralement le cas.

« Les douaniers sont assez cool quand tu prends le temps de déclarer, ils ne s’obstinent pas trop. Si tes factures sont clean, les frais bien identifiés, etc., ça passe bien. Ça m’est déjà arrivé qu’à 200-300 $, ça me coûte juste 10-15 $ de taxes. »

Il ajoute cependant qu’il est possible de se faire « ramasser » : « S’ils regardent tout, inspectent ton véhicule, etc., et chargent en règle, ça peut coûter cher. »

La randonneuse décide finalement de se faire livrer les bottines chez elle. Ça peut être un peu plus cher, mais c’est pas mal moins compliqué.