Les randonneurs sont en train de perdre patience. Ils n’ont marché que 30 minutes depuis le départ en matinée, mais il faut déjà s’arrêter pour attendre un couple tout à fait charmant, mais très mal préparé. L’homme et la femme arrivent une demi-heure plus tard, hors d’haleine.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Ç’a été comme ça toute la journée précédente. Il n’a pas été possible de faire la petite randonnée facultative proposée au programme parce que le groupe est arrivé trop tard au refuge. Et ça va continuer comme ça pendant tout le reste du trek.

Le rythme de marche diffère d’une personne à l’autre. Dans tous les groupes, il y a des gens plus rapides et des gens plus lents. C’est bien normal. Il y a toutefois une différence entre des gens qui randonnent plus lentement et des gens qui n’ont tout simplement pas la forme nécessaire pour une randonnée en particulier.

Dans ce cas-ci, le couple ne s’est pas inscrit à un trek approprié à sa forme physique. Et l’agence européenne qui a organisé le voyage n’a pas su réorienter les deux personnes. Résultat, les randonneurs qui s’étaient bien préparés ont dû accepter des pauses trop nombreuses, trop longues, un rythme de marche d’une lenteur exaspérante et l’abandon de randonnées facultatives.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Il y a des randonneurs plus lents. Et il y a des randonneurs qui n’ont pas la forme pour une randonnée en particulier.

Un défi pour les agences de voyages d’aventure

Le problème ne se pose pas seulement en randonnée pédestre. Il arrive parfois qu’en kayak de mer, un des participants à une expédition doive pagayer deux fois plus vigoureusement parce que le partenaire qu’on lui a choisi est incapable de donner plus de cinq coups de pagaie de suite.

Pour une agence de voyages d’aventure, il n’est pas toujours facile de jauger les habiletés et la forme physique d’un client éventuel. Plusieurs agences, comme Karavaniers, lui font remplir un formulaire pour connaître son expérience et ses motivations. Encore faut-il que la personne réponde avec honnêteté aux questions posées.

« Peut-être que notre formulaire n’est pas assez friendly, mais je trouve que les gens n’en mettent pas assez », dit en soupirant Richard Remy, fondateur et président de Karavaniers.

L’agence montréalaise compte donc sur une autre stratégie.

Les gens ne peuvent pas s’inscrire à nos voyages sur l’internet. Ils n’ont pas le choix, ils doivent soit nous appeler, soit nous rencontrer. Ça nous donne une meilleure idée de la personne, on peut la questionner.

Richard Remy, fondateur et président de Karavaniers

Karavaniers peut alors utiliser des barèmes.

« Par exemple, on peut demander si la personne connaît la boucle de Lafayette [une randonnée réputée des montagnes Blanches, au New Hampshire] et si elle peut la faire confortablement. Si c’est le cas, cette personne peut faire la plupart de nos voyages. »

Évidemment, la taille d’une agence joue un rôle important dans le type de stratégie utilisé.

« Il faut que l’entreprise ait une taille suffisante pour se permettre le luxe de refuser des gens, déclare M. Remy. Si tu es trop petit, tu ne peux pas. Si tu es trop gros, tu entres dans une mécanique où tu ne peux pas parler à tout le monde. »

Dans les très grosses agences, la personne qui vend un forfait ne l’a probablement jamais expérimenté elle-même. Il lui est donc difficile de répondre aux questions précises sur la difficulté de telle ou telle journée au programme.

Lorsque Karavaniers fait signer les documents juridiques liés au forfait (comme une reconnaissance de risques), elle prend soin de faire parapher un paragraphe qui précise que le guide a le pouvoir de mettre fin à la participation d’un client si celui-ci n’est pas assez en forme ou s’il adopte un comportement dangereux.

« On utilise cela très rarement, mais c’est quand même bien de savoir qu’on a cette possibilité », indique M. Remy.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Il faut parfois attendre les randonneurs moins rapides.

Rencontres pré-départ

Karavaniers organise également des rencontres pré-départ pour les gens inscrits à un voyage. On parle de la liste d’équipement, des conditions météo attendues, etc.

« Ça donne l’occasion aux gens de se dire : “Ouf, je me suis engagé dans quelque chose.” »

Les agences qui organisent de grandes expéditions en montagne peuvent être encore plus proactives. C’est ainsi que l’agence spécialisée américaine Alpine Ascent International fournit un programme d’entraînement aux personnes qui s’inscrivent à une ascension sérieuse et leur envoie des courriels fréquents pour leur demander comment se passe leur préparation. Difficile de rester assis sur son divan et de regarder la télévision.

Ultimement, il appartient aux participants eux-mêmes de bien lire la description d’un voyage et de se préparer en conséquence.

Les divers participants auraient aussi avantage à garder un esprit ouvert. La dame qui ne semble absolument pas en forme, qui a de la difficulté à faire quelques pas, peut se révéler une massothérapeute professionnelle dotée d’une grande force au haut du corps. Une fois embarquée dans un kayak de mer, elle peut propulser l’embarcation à des vitesses étonnantes pendant des heures et des heures. Et qui sait, elle peut offrir un bon massage à deux chanceux chaque soir au camp après le souper. Ça s’est déjà vu.