Il y a neuf mois, Mountain Equipment Co-op (MEC) lançait en grande pompe un programme de voyages d’aventure : trek au camp de base de l’Everest, circuit de vélo au Viêtnam, randonnée en Patagonie, et bien d’autres. Le détaillant d’équipement de plein air sortait de sa zone de confort.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

MEC avait fait ses devoirs en sondant 2407 membres et 524 employés au sujet des destinations et des activités qui pourraient les intéresser. Pourtant, l’initiative ne semble pas avoir les effets espérés.

« Nous sommes en train de revoir notre programme Aventures MEC et nous mettons en pause nos voyages futurs », indique sobrement le détaillant sur son site internet.

MEC n’a pas été beaucoup plus loquace dans un courriel à La Presse, à la suite d’une demande d’entrevue : « Bien que nous soyons fiers des voyages que nous avons conçus, nous avons décidé de suspendre indéfiniment MEC Aventures et de centrer notre attention sur la vente au détail. »

Il y a plusieurs années, La Cordée organisait de petites sorties de plein air, mais elle a abandonné ce créneau. Dans les années 80, la boutique d’équipement de plein air Trailhead possédait une division qui organisait des expéditions dans le Grand Nord, Blackfeather. Cette division a toutefois commencé à voler de ses propres ailes au début des années 90 et existe encore aujourd’hui.

La vente d’équipement de plein air et l’organisation de voyages, même si on parle de séjours actifs, sont deux choses bien différentes.

Entrée en jeu d’Arc’teryx

Cela n’empêche pas Arc’teryx d’entrer dans la danse avec son propre programme de voyages d’aventure. Le manufacturier de vêtements et d’équipement de plein air offrira dès l’année prochaine 11 circuits, dont de l’escalade dans les Dolomites, de la course en sentier en Corse, de l’alpinisme au Wyoming et de la longue randonnée au Yukon.

« Nous ne sommes pas la première entreprise à entrer sur ce marché, indique Jurgen Watts, responsable de la promotion de la marque chez Arc’teryx. Nous avons regardé ce qu’a fait MEC, nous avons regardé ce qu’a fait Rapha, une marque d’accessoires de vélo qui avait son propre programme de voyages de vélo. Nous avons pris cette décision les yeux grands ouverts. »

Il insiste sur le fait que les voyages qu’offrira Arc’teryx n’existent pas sur le marché à l’heure actuelle. En outre, le manufacturier de vêtements et d’équipement de plein air peut compter sur une présence un peu partout en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.

MEC comptait sur le marché canadien, déjà saturé dans les activités pour débutants. Nous nous concentrons plutôt sur des activités de niveau intermédiaire et avancé, pour des gens qui savent ce qu’ils veulent faire.

Jurgen Watts, responsable de la promotion de la marque chez Arc’teryx

Une autre différence : alors que MEC avait établi un partenariat avec G Adventures, un géant dans le monde du voyage d’aventure établi à Toronto, Arc’teryx entend gérer son programme de voyages à l’interne.

« Nous avons bâti une équipe au siège social, indique M. Watts. Nous nous occuperons de la conception des voyages, des inscriptions, de la logistique. La plupart des gens ici adorent aller jouer dehors et sont plutôt bons lorsque vient le temps de concevoir des aventures. »

Il ajoute qu’au fil des années, Arc’teryx a tissé des liens étroits avec des guides un peu partout dans le monde. Ceux-ci sont des experts lorsque vient le temps de faire vivre des expériences hors de l’ordinaire.

Arc’teryx commence d’ailleurs avec un très petit nombre de voyages pour ne pas déborder ses employés.

« Si nous réussissons à remplir tous nos voyages, il ne s’agira que d’une centaine de personnes en 2020. »

Question de marketing

Mais pourquoi s’engager sur cette voie ? Est-ce que cela va aider Arc’teryx à vendre plus de manteaux ou de sacs à dos ? C’est d’abord une question de marketing.

« Plusieurs marques d’équipement de plein air mettent l’accent sur des athlètes professionnels et des objectifs insensés, affirme M. Watts. Les gens ne se sentent pas nécessairement concernés, ils ne se voient pas faire ça. »

Arc’teryx veut encourager les gens à aller jouer dehors, les inspirer.

« Ils peuvent se donner comme objectif de participer à ces voyages, ou ils peuvent créer leur propre version. Au lieu d’aller grimper dans les Dolomites, ils peuvent aller y faire de la randonnée pédestre. »

Arc’teryx entend donc diffuser sur les médias sociaux (notamment une application mobile et une chaîne YouTube) du matériel tiré de ces voyages. Il le fait déjà avec du matériel tiré d’ateliers qu’il organise à Chamonix, Jackson Hole et Squamish, sous le nom d’Arc’teryx Academies.

« En marketing, on parle beaucoup du produit en lui-même. Avec cette initiative, nous pourrons passer à un autre niveau et montrer ce qu’on peut faire avec ce produit. »

Les participants n’auront pas à utiliser uniquement des vêtements et de l’équipement d’Arc’teryx. Par contre, s’ils veulent s’équiper avec de l’équipement neuf, Arc’teryx entend leur faciliter les choses. Ils auront également l’occasion de tester de l’équipement Arc’teryx sur place.

« Nous n’avons pas de boule de cristal, nous ne savons pas si ça va marcher, reconnaît Jurgen Watts. Mais nous sommes là pour le long terme et nous pourrons adapter notre stratégie après la première année, dépendamment de ce que veulent les gens. »