(Paris) « Nous avons dépensé une fortune en taxis ! » Dans les désordres provoqués dans Paris par les grèves des transports, des milliers de touristes cherchaient des alternatives, parfois chères, mais restaient globalement compréhensifs et enthousiastes.

María Elena BUCHELI
Agence France-Presse

« Les gens ont le droit de grève, mais notre budget vacances a explosé », regrette Stuart, un touriste américain dans la soixantaine, qui a invité sa femme, Mary, pour son anniversaire, à un voyage surprise dans la capitale française, sans imaginer ce qui les attendait.

Des milliers de touristes se sont ainsi retrouvés dans une ville quasiment immobilisée par une grève contre une réforme controversée des retraites promue par le président Emmanuel Macron : lignes de métro fermées, trains à l’arrêt…

Et ont dû improviser, comme les Parisiens, pour leurs déplacements. Beaucoup se ruent vers les vélos en libre-service ou les trottinettes électriques en libre-service, qui pullulent dans la Ville Lumière.

D’autres, plus âgés ou moins aventureux, se résignent à prendre des taxis ou au contraire à explorer Paris à pied.

« J’ai entendu qu’il y avait une grève la semaine dernière, mais je ne savais pas ce qui se passait. En Italie, les grèves durent généralement un jour, mais les Français sont plus têtus que nous ! », explique Matteo Soso, un touriste italien de 33 ans, qui traîne sa valise à pied depuis la Gare du Nord, l’une des principales gares de Paris, jusqu’à son hôtel du quartier Montparnasse, à plus de 6 kilomètres.

« En fait cela ne nous dérange pas beaucoup. Nous avions l’intention, de toute façon, de marcher et comme ça, nous avons visité Paris », ajoute, pragmatique, son compagnon de voyage, Justin Ianitelli, 35 ans, tandis que tous deux traversent d’un pas ferme le célèbre pont des Arts, qui enjambe la Seine au centre de Paris.

« Des mobilisations partout »

Au pied de la cathédrale Notre-Dame, fermée depuis qu’elle a été ravagée par un incendie en avril, les touristes se prennent en photo, essayant d’ignorer embouteillages et avertisseurs sonores des voitures qui s’impatientent à côté.

« Nous nous déplaçons comme nous le pouvons, la plupart du temps à pied, parfois en Uber », explique Guillermo Pulido, un touriste colombien de 50 ans arrivé dimanche dans la capitale française, au quatrième jour de la grève des transports.

« Nous étions si impatients de venir que nous ne nous soucions pas vraiment des distances ni des difficultés », ajoute-t-il, aux côtés de sa femme et de leurs deux enfants.

Son épouse, Rubiela, n’est pas surprise par l’intensité de la grève. « C’est comme en Colombie. Et même dans toute l’Amérique latine… Il y a des mobilisations partout », dit-elle, faisant référence à la vague de protestations qui secoue plusieurs pays du continent.

Non loin, un groupe de touristes néerlandais filent en trottinettes sur les quais bordant la Seine. « C’est le seul moyen de se déplacer. C’est bon marché, rapide et simple », explique Joël, un étudiant de 22 ans.

« Nous avons appris la grève à la dernière minute, mais toutes les réservations étaient déjà faites », ajoute ce jeune homme, qui n’envisage pas un instant de raccourcir son voyage. « Pour le moment, nous nous amusons beaucoup », dit-il, avant de poursuivre son chemin.

José Barrilao, un touriste espagnol, fait aussi gaiement contre mauvaise fortune bon cœur : « On aurait aimé prendre le métro, visiter plus… mais finalement on a dû tout visiter à pied. C’est une autre façon de visiter Paris ! », confie-t-il en se promenant au Jardin des Tuileries avec sa femme.

Les professionnels du tourisme n’en commencent pas moins à se soucier des répercussions du mouvement social sur leur activité.

« Nos ventes ont chuté de façon spectaculaire », confie à l’AFP Afid, salarié de la crêperie Chez Suzette, dans le Quartier latin. « La rue est pratiquement vide. En ce moment, nous avons quatre clients, c’est quelque chose qui nous inquiète beaucoup », soupire-t-il.