(Paris) Un temps d’automne en plein été, la COVID-19 qui rôde encore, mais qu’importe : après huit mois et demi de fermeture, la Tour Eiffel s’offre de nouveau aux touristes français et étrangers, savourant leur « chance » de profiter d’une vue « magique » sur la Ville Lumière.

Pierrick YVON Agence France-Presse

« De près elle est super grande, c’est impressionnant ! » Croisée devant l’entrée Est vendredi peu avant midi, Alya doit encore attendre une heure avant de pouvoir entamer l’ascension de la Dame de Fer (324 m) avec sa petite sœur Shirine.

Son excitation est au comble : c’est le cadeau d’anniversaire de ses 12 ans. « On était impatientes. Avant le confinement, je lui avais dit qu’on irait la visiter », explique sa maman Jemaa, qui les a amenées du Pas-de-Calais. « On a attendu le jour J. »

C’est aussi le dernier jour à Paris pour les Hambourgeoises Ila et Helena, toutes premières touristes à pénétrer dans la zone des guichets située sous le célèbre monument, entre les piliers ouest et sud. « On se sent importantes », plaisante Helena qui conclut de belle manière un séjour improvisé une semaine auparavant pour ces deux Allemandes. « C’est un cadeau d’être ici », apprécie sa mère.

« Un bonheur à partager »

Derrière les masques sanitaires, obligatoires même à l’air libre sur le site, on devine les sourires. « Le tourisme repart à Paris et on peut retrouver le bonheur de partager, avec tous les visiteurs du monde entier, ce monument et Paris », savoure Jean-François Martins, le président de la Société d’exploitation de la tour (Sete) qui a mis en place une jauge de 50 % dans les ascenseurs et prévoit une fréquentation maximale de 13 000 personnes par jour, contre 25 000 l’été dans l’ère pré-COVID-19.

Qu’en sera-t-il à partir de mercredi, quand le laissez-passer sanitaire deviendra lui aussi obligatoire pour accéder au chef-d’œuvre de Gustave Eiffel ? Venu de Suisse avec sa petite amie Yvette, Joël, 25 ans, mesure la « chance » qu’il a d’être là alors que « d’autres ne peuvent pas ». « Ces gens-là qui sont bloqués chez eux ou ne peuvent pas voyager, je pense à eux », dit le jeune Bâlois à côté d’une fanfare qui accueille les visiteurs.

PHOTO MICHEL EULER, ASSOCIATED PRESS

COVID-19 oblige, pas ou peu d’Asiatiques, de Sud-Américains, de Russes ou de Britanniques visitent la Tour Eiffel.

Ex-Parisienne venue avec son petit-fils Anthony — encore un anniversaire —, Petra Niessen a le sentiment de retrouver Paris. « J’ai l’impression que les gens ont oublié la crise de la COVID-19 », sourit la Néerlandaise de 55 ans.

Et tant pis pour la météo maussade — nuages et vent — qui accompagne cette réouverture, « Il fait chaud dans nos cœurs ! »

Comme beaucoup de touristes étrangers, elle ne savait même pas que la Tour Eiffel était encore fermée jusqu’ici. C’est le cas de Victor et Maria José, croisés au sommet et qui ne tarissent d’éloges ni sur Paris, ni même sur ses habitants. « La Tour Eiffel est une visite obligatoire, mais c’est encore mieux qu’on ne pensait », dit Maria José, qui a dû débourser 26 euros (39 $) à elle seule pour accéder au 3e étage. « Voir tout ce qui fait cette ville d’ici, c’est presque un mirage. »

Leurs filles Lucia y Sofia, 14 et 11 ans, sont presque aussi enthousiastes. « À la télé, elle paraissait plus petite », dit l’aînée.

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PHOTO BERTRAND GUAY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Ouverte depuis le 1er juin avec environ 70 000 sésames vendus pour l’été, la billetterie en ligne a permis de constater un retour des Américains (15 %) et une part bien plus importante des Français (50 %) qu’avant la crise (20 %).

COVID-19 oblige, pas ou peu d’Asiatiques, de Sud-Américains, de Russes ou de Britanniques. « On a bon espoir de revoir tout le monde au gré de l’amélioration de la situation sanitaire », positive Jean-François Martins.

Ouverte depuis le 1er juin avec environ 70 000 sésames vendus pour l’été, la billetterie en ligne a permis de constater un retour des Américains (15 %) et une part bien plus importante des Français (50 %) qu’avant la crise (20 %).

Calée dans son anorak au 2e étage, Stéphanie, qui « n’oublie pas le froid », appartient à cette représentation nationale accrue. Venue du Beaujolais avec son compagnon Grégory et leur fille Julia, la maman ne jugeait « pas concevable de venir à Paris et de ne pas faire la Tour Eiffel ».

Comme beaucoup de Français, sa dernière venue sur le monument remontait à l’enfance. « C’est magique, c’est chouette », dit-elle en contemplant la ville à ses pieds.