(Strasbourg) L’aggravation soudaine de l’épidémie de COVID-19 et le couvre-feu décrété jeudi dans le Bas-Rhin ont eu raison du marché de Noël de Strasbourg, le plus grand et le plus célèbre de France, où habituellement, deux millions de touristes viennent du monde entier admirer les illuminations et déambuler parmi les 300 chalets de bois.

Hervé ASQUIN
Agence France-Presse

La COVID-19 sera donc venue à bout d’une manifestation qui, de mémoire de Strasbourgeois, n’avait été suspendue que pendant la Seconde Guerre mondiale.

Même l’attentat djihadiste de 2018, qui avait fait 5 morts et endeuillé la ville, n’avait entraîné la fermeture de son marché que pendant deux jours. Il avait rouvert dès que la cavale de Cherif Chekatt avait pris fin, les Strasbourgeois voulant ainsi manifester leur résilience.

Cette année, la 451e édition, qui devait s’ouvrir le 28 novembre se réduira comme peau de chagrin au grand sapin bardé de décorations lumineuses, place Kléber, le cœur battant de la ville, et à des animations, des chorales ou des « déambulations d’artistes » destinées à un public essentiellement local.

En revanche, aucun chalet ne rejoindra le cœur historique, a prévenu la maire (EELV) Jeanne Barseghian. Au grand dam des forains qui sont immédiatement venus clamer leur colère dans la cour de l’hôtel de ville, où elle tenait sa conférence de presse.

« On va bloquer la ville, on va faire tout ce qu’il faut, c’est notre gagne-pain, c’est ma vie, c’est enlever le pain de la bouche de mon fils et ça, je ne peux pas laisser le faire », s’est exclamé Sassi Ben Mourdi, membre d’un comité de concertation avec la mairie. « S’il n’y a pas de solution d’ici une semaine ou deux, on trouvera des solutions un peu plus draconiennes », a-t-il averti.

« Vous êtes en train de nous tuer », a renchéri une jeune femme à l’adresse de Jeanne Barseghian.

L’enjeu est effectivement considérable pour l’économie locale, avec des retombées évaluées à 250 millions d’euros pour un budget d’environ 5 millions d’euros.

D’autres annulations dans la région ?

Mais « Strasbourg n’est pas dans une bulle », a fait valoir la maire, alors que « dans le reste de l’Europe, les restrictions sont de plus en plus fortes et notamment en Allemagne ». Avant la capitale alsacienne, Paris, Bordeaux, les villes allemandes de Cologne ou de Fribourg-en-Brisgau avaient déjà annoncé l’annulation de leurs marchés de Noël.

Et surtout, a-t-elle expliqué, le taux d’incidence vient de « dépasser les 300 à Strasbourg » et donc « le seuil d’alerte maximale ».

Deux scénarios avaient été présentés à la préfecture par la mairie, l’un avec les 300 chalets habituels, l’autre sans, la préfète du Bas-Rhin Josiane Chevalier ne souhaitant finalement trancher que fin octobre, selon la maire.

« Il ne me paraissait pas responsable d’attendre quinze jours supplémentaires » et de « laisser dans cette incertitude » les associations, forains ou artisans attendus sur le marché, a souligné cette dernière, en relevant que maintenir les chalets sans chalands n’aurait « même pas valu le coup du point de vue économique ».

Député (LREM) du Bas-Rhin, Bruno Studer a promis de s’assurer « avec les autres parlementaires de Strasbourg » du « soutien de l’État ».

Il faut un « plan d’accompagnement économique » de la ville de Strasbourg et de l’Eurométropole, associant l’État, a également souligné Catherine Trautmann au nom du groupe socialiste au Conseil municipal.

Les annulations de marchés de Noël pourraient se répandre comme une traînée de poudre dans la région.

« Nous annoncerons la décision concernant Colmar dans 8 jours, soit le 30 octobre, en concertation avec les acteurs concernés », a prévenu jeudi sur Facebook, Eric Straumann, le maire (LR) de la cité, dont le marché de Noël est fréquenté chaque année par 1,5 million de visiteurs.

Le marché de Metz est également menacé. La semaine dernière, le préfet de Moselle Laurent Touvet avait estimé qu’il ne faudrait pas que Metz soit la seule ville à organiser un marché de Noël, où se retrouveraient tous les amateurs d’un tel évènement.