(Bruxelles) Des critères communs pour définir les zones à risque, une cartographie en trois couleurs, une meilleure information : la Commission européenne tente de mettre de l’ordre dans la pagaille des restrictions de circulation prises dans l’Union pour lutter contre la pandémie.

Anne-Laure MONDESERT
Agence France-Presse

L’exécutif européen a présenté vendredi une proposition de recommandation pour coordonner ces mesures cacophoniques en période de rentrée scolaire et de retour de vacances. Elle doit encore être débattue « en vue d’une adoption dans les semaines à venir » par les 27, qui ont commencé cette semaine des discussions complexes sur ce sujet, touchant à des prérogatives nationales.

Certains pays comme la France n’imposent aucune restriction aux voyageurs en provenance des autres pays de l’UE.

À l’inverse, la Hongrie a fermé ses frontières aux non-résidents jusqu’à fin septembre en prévoyant des exceptions pour les touristes des pays du groupe de Visegard (République tchèque, Slovaquie, Pologne), ce qui lui a valu une lettre de mise en garde de la Commission.

D’autres pays imposent test ou quarantaine, parfois les deux, aux voyageurs venant de zones jugées à risques.

La Belgique, où siègent la plupart des institutions européennes, classe en rouge de nombreux départements français ainsi que la ville de Paris, mais aussi la quasi-totalité de l’Espagne. Cette classification, établie par un comité d’experts scientifiques, implique au retour des zones rouges dépistage et quatorzaine obligatoires.

Paris est aussi classée comme zone à risque par l’Allemagne.

Ce patchwork, avec des changements de consignes annoncés parfois sans préavis, « entraîne de la confusion pour les citoyens », a souligné la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans un message vidéo. « Nous devons garantir plus de clarté et de prévisibilité », a-t-elle prôné.

L’arrivée en Europe de la pandémie, qui a fait plonger les économies, avait suscité en mars une vague de fermetures de frontières au sein de l’UE et de l’espace Schengen, sapant la liberté de circulation, l’un des principaux acquis de la construction européenne.

Après une levée partielle de ces entraves au début de l’été, le regain du nombre de contaminations dans certaines zones a conduit à la réintroduction de mesures.

Alors que les pays appliquent différents critères pour imposer ces restrictions de voyage vers une zone, l’exécutif européen propose que toute classification soit fondée sur trois considérations : le nombre de nouveaux cas de COVID-19 pour 100 000 habitants signalés sur 14 jours, mais aussi le pourcentage de tests positifs parmi l’ensemble des tests sur sept jours et le nombre de tests effectués pour 100 000 habitants sur sept jours.

Dépistage privilégié

La Commission propose que le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) publie chaque semaine une carte de l’espace européen en classant les zones selon trois couleurs (vert, orange, rouge) en fonction de certains seuils, et que les données soient fournies au niveau régional.

Les zones rouges seraient celles dans lesquelles le nombre de nouveaux cas de COVID-19 est supérieur à 50 sur 14 jours et le pourcentage de tests positifs égal ou supérieur à 3 %, ou bien là où le nombre total de cas de COVID-19 est supérieur à 150 pour 100 000 personnes sur 14 jours. Les zones où les informations manquent ou pratiquant un nombre de tests jugé insuffisant seraient « grises ». Pour ces zones seulement des restrictions pourraient être obligatoires.

« Ce sont aux États membres de décider des mesures à prendre », a précisé le commissaire à la Justice Didier Reynders lors d’un point de presse.

Mais « nous pensons qu’aucun citoyen de l’Union ne devrait se voir refuser l’entrée dans un autre pays européen », a déclaré Ursula von der Leyen. « Au lieu de cela, nous recommandons aux gouvernements d’utiliser des tests ou la quarantaine. Le dépistage devrait être l’option privilégiée ».

Et pour éviter que voyageurs et entreprises soient pris au dépourvu par des changements de consigne inopinés, la Commission propose que les États membres lui communiquent chaque jeudi, à elle et aux autres pays, les restrictions ou levées de restrictions à venir, et que ces dernières entrent en vigueur le lundi suivant.

Réunis mercredi, les ambassadeurs des pays de l’UE ont convenu de la nécessité de se coordonner. Mais parmi les Européens, certains jugent trop ambitieuses les recommandations de la Commission.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban a quant à lui rejeté sèchement les critiques de l’exécutif européen sur la fermeture de ses frontières.