(Keystone) Les routes escarpées qui serpentent jusqu’au mémorial du mont Rushmore sont complètement désertes. Ce haut lieu touristique du Dakota du Sud n’attire plus en ces temps de pandémie que quelques grappes de visiteurs opportunistes heureux d’échapper au confinement.

Sébastien DUVAL
Agence France-Presse

Fatigués d’entendre chaque jour les bilans grossir tragiquement dans leur ville de Chicago, Linda et Stevie Easterling avaient envie de prendre l’air pour se changer les idées.  

Ils ont, sur un coup de tête, rempli leur voiture de « masques, gants et lingettes désinfectantes », et mis le cap à l’Ouest vers l’un des derniers États américains à ne pas vivre confiné.

« Nous sommes probablement plus en sécurité ici », avance madame, ravie de faire « d’une pierre deux coups » en rayant par la même occasion une nouvelle ligne de sa « liste de choses à voir ».

Derrière elle s’élèvent – de gauche à droite – les têtes monumentales des anciens présidents George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln, taillées à coups de bâtons de dynamite dans le granite de la chaîne montagneuse des Black Hills.

PHOTO SCOTT OLSON, ARCHIVES GETTY IMAGES/AFP

À l’entrée du site, où des rangers en chemise grise collectent habituellement 10 dollars par voiture, les barrières sont levées pour accéder aux stationnements, presque vides. Le centre d’information, la cafétéria et la boutique de souvenirs sont fermés, mais les touristes peuvent encore se promener librement de 5 h à 23 h.

« On a économisé 10 dollars et pu se garer juste devant l’entrée », apprécie Duston Cox, qui a fait un léger détour sur sa route au retour d’une mission professionnelle dans le Montana.

Sa compagne, Jatonna Miller, trouve elle aussi quelques bons côtés à la situation : « Il y a moins de monde et moins de circulation. C’est un plus, mais c’est un peu triste de voir l’économie souffrir à cause de tout ça ».

Village fantôme

À quelques kilomètres de là, Keystone a des allures de village fantôme dans son faux décor de far-west. Tout seul dans sa grande boutique de souvenirs, Todd Wicks garde le moral : la haute saison touristique ne démarre de toute façon véritablement qu’à la mi-mai dans ce coin des États-Unis.

Le commerçant se dit « content » que la gouverneure du Dakota du Sud n’ait pas imposé d’ordre de confinement à sa population. « La plupart des gens n’ont rien à craindre », estime-t-il. « Tant que l’on garde les mains propres, je pense qu’il est toujours possible de voyager sans danger ».

Le confinement de la grande majorité des Américains et l’absence de vols internationaux ont tout de même affecté la fréquentation du mémorial, « manifestement inférieure à celle habituellement relevée à cette période de l’année, lorsque nous recevons beaucoup de groupes scolaires », note Maureen McGee-Ballinger sous son chapeau de ranger.

Alors que le service des parcs nationaux américains a fermé un à un la plupart de ses sites, dont les populaires Grand Canyon, Yellowstone et Yosemite, le mont Rushmore, qui attire plus de 2 millions de visiteurs à l’année, fait presque figure d’exception.

« Nous voulons offrir aux gens une petite opportunité de s’aérer », avance Maureen McGee-Ballinger avant de se faire prendre en photo avec un petit mot pour le 14e anniversaire de Peyten, jeune aspirante ranger confinée dans le Kentucky.

Pour se donner le courage d’avaler les 14 heures de la route du retour jusqu’à Chicago, Stevie Easterling se retourne une dernière fois pour contempler les « spectaculaires » visages présidentiels, sculptés de 1927 à 1941 sous la supervision de Gutzon Borglum.

L’artiste avait choisi à travers Washington (naissance), Jefferson (croissance), Roosevelt (développement) et Lincoln (préservation) de représenter quatre périodes marquantes de l’histoire américaine.

Donald Trump aurait-il sa place dans ce « sanctuaire de la démocratie » ?

« Laissons cet endroit tel qu’il est », répond Stevie Easterling dans un sourire en coin laissant facilement deviner le fond de sa pensée.