Sur quel vignoble québécois le soleil se lève-t-il en priorité? Sur celui qui est situé non loin de la seule usine de taille de diamant de la province! C'est-à-dire à 150 kilomètres du futur village-parc et à quatre heures de route du mont Sainte-Anne.

André Désiront

Non pas celui qui fait de l'ombre à la côte de Beaupré, mais l'autre, au sommet duquel on bénéficie d'une vue époustouflante sur le rocher Percé! Un vignoble à Saint-Ulric, une usine de taille de diamants à Matane, le village de Mont-Saint-Pierre qui deviendra bientôt un parc national (orignaux welcome!) et la montagne qui veille sur Percé transformée en parc récréotouristique... la Gaspésie bouge. Et il était temps, parce que cette région plus grande que la Suisse et moins peuplée que Terrebonne tombait en hibernation neuf mois par année ou presque.

«Nous voulons ramener les jeunes, mais les jeunes ne se contentent pas de travailler huit semaines par an», lance Kenneth Cahill, propriétaire de l'hôtel Fleur de Lys, à Percé. Comme tous les hôteliers de la péninsule, Kenneth Cahill se débat pour étirer la saison touristique. Au plus fort de l'hiver, il accueille les motoneigistes dans son établissement de 34 chambres situé au coeur de Percé. La majorité vient de l'Ontario et des États-Unis. «Mais ils arrivent le lundi et repartent le jeudi, alors nous avons conclu un accord avec Via Rail pour offrir des «Escapades en train» aux Montréalais qui veulent voir le rocher en hiver», dit-il. «L'an dernier, nous en avons vendu une cinquantaine et ça nous a permis de maintenir cinq emplois en février et mars.» Mais certaines personnes, à Percé, nourrissent d'autres projets plus ambitieux : ils veulent aménager une station récréotouristique «quatre saisons» au sommet du mont Sainte-Anne, qui domine le village du haut de ses 375 mètres. On y accèdera par un téléphérique et on y trouvera «de l'hébergement et des activités haut de gamme». Il est aussi question de déménager la route 132 de l'autre côté de la montagne pour décongestionner la circulation dans la rue principale.

Percé et ses voisines comptent également sur les croisières pour allonger la saison touristique. Gaspé a été identifié comme port d'escale par l'Association des Croisières du Saint-Laurent qui travaille activement à convaincre les grandes compagnies de croisières d'envoyer leurs paquebots remonter l'estuaire et le Saguenay. Que proposera-t-on aux croisiéristes qui débarqueront dans la baie 475 ans après Jacques Cartier? De visiter le parc Forillon et le complexe Rocher Percé/île Bonaventure, qui sont les deux principales attractions de la péninsule. Mais la flotte d'autobus locale n'est pas suffisante pour véhiculer 1500 ou 2000 personnes qui débarquent en même temps. On a donc lancé un projet de train touristique qui reliera Gaspé à Percé et à Chandler. «Actuellement, les attractions touristiques ne font le plein qu'en juillet et août. Les navires de croisières, qui remonteront le Saint-Laurent au printemps et à l'automne, nous permettront d'étaler les activités sur quatre ou cinq mois», estime Olivier Noreau, propriétaire du gîte l'Émerillon et ancien président de l'Office du tourisme de Gaspé.

À Mont-Saint-Pierre, hameau de 200habitants adossé aux Chic-Chocs, la Corporation de tourisme veut transformer le village en annexe du parc de la Gaspésie. Bref, en faire un «village parc», où les animaux pourraient se promener dans le village. Mont-Saint-Pierre est situé à la sortie d'une ancienne vallée glaciaire qui permet la pratique du ski alpin (il y a cinq pistes pour une dénivellation de près de 600 mètres) et est relié aux principaux sommets des Chics-Chocs par un réseau de sentiers pédestres. Les perspectives de développement sont alléchantes.

À Matane, on ne parle même plus de saisonnalité. «La ville est en ébullition, car plusieurs nouvelles entreprises se sont installées ici, ce qui a fait grimper le prix des maisons et a stimulé le tourisme d'affaires», dit Nathalie Blouin, vice-présidente ventes et marketing du Groupe Riotel, qui exploite trois hôtels dans la péninsule. Marmen, un équipementier de Trois-Rivières, y a implanté une usine où on assemble les éoliennes. Un des plus grands parcs gaspésiens, celui de Saint-Ulric à 15 kilomètres de Matane, est devenu une attraction touristique. Le diamantaire Diarough s'est aussi installé à Matane, y implantant la seule usine de taille de diamants de Québec, qui accueille également les touristes dans le cadre de visites guidées. Et pour couronner le tout, des passionnés cultivent la vigne à l'enseigne du Vignoble Carpintéri, à Saint-Ulric. Train touristique, village-parc, station récréotouristique, vignoble, diamants et éoliennes... la Gaspésie devient une destination dans le vent!