Chichen Itza! Non pas Chicken, mais bien Chichen. Il y a des noms qui font rêver. En voici deux qui désignent un seul et unique endroit. «Un incontournable», disent les guides touristiques qu'il faut à tout prix écouter. Ils ont raison. Ne s'agit-il pas après tout de l'une des sept nouvelles «merveilles du monde»?

Anne-Marie Voisard, collaboration spéciale LE SOLEIL

Donc si vous allez à Cancún cet hiver, aussi irrésistibles que soient les plages, avec leur sable blanc de velours et les eaux cristallines qui oscillent entre le vert et le bleu, de grâce, éloignez-vous un jour ou deux de votre hôtel à forfait tout inclus pour visiter ce haut lieu du génie maya qu'est Chichen Itza. «Just great», s'exclame, à court de mots, notre accompagnateur Jorge Marin, lui-même maya, au moment où on s'apprête à tourner le dos à la pyramide de Kukulkan.

Spectacle raté

Il est midi. Nous devons y revenir vers 15h pour un spectacle qui ne se produit qu'à deux périodes durant l'année, soit les équinoxes du printemps et de l'automne. Vingt-deux septembre. Jour ultime pour voir le soleil projeter son ombre sur les marches de l'escalier nord de l'imposante pyramide, et ainsi dessiner, par un étrange jeu de lumière, un serpent qui descend vers deux énormes têtes en pierre, lesquelles sont à l'effigie du reptile. Mais il a fallu faire un acte de foi. Car le dieu Chaac, qui est celui de la pluie, n'a pas entendu nos voeux. Après le lunch, le ciel s'est noirci. L'averse a suivi. On a bu de la tequila en espérant l'accalmie. Mais non. Le prochain rendez-vous est en mars.

De toute façon, l'avant-midi nous avait largement comblés. La pyramide est le clou avec ses 24 mètres de haut, sa base rectangulaire de 55,5 mètres de large et son escalier qui compte 365 marches, comme il y a de jours dans une année. Vous aurez compris que ce n'est pas la place pour chausser des escarpins d'autant plus que, partout sur le site, le sol, sur fond de roches, est raboteux. L'érection de Kukulkan se situerait autour de l'an 800. Le nom est un mot maya qui signifie «serpent à plumes». Il correspond au plus célèbre des dieux mexicains, Quetzalcoatl.

Cours d'histoire

Parcourir Chichen Itza impose un cours d'histoire en accéléré. Les Mayas ne cessent de nous éblouir. Outre la pyramide, appelée aussi El Castillo (le château), l'observatoire, dit El Caracol (le colimaçon), mérite qu'on s'y attarde. D'abord la forme, circulaire, semblable aux observatoires modernes. Et les connaissances en astronomie. Les Mayas pouvaient, par exemple, prédire les éclipses de lune et de soleil. Le calendrier s'arrêtait en 2012.

Chemin faisant, nous observons sur les édifices, notamment les temples, des inscriptions et des dessins qui témoignent tant du savoir-faire que des croyances et des centres d'intérêt. Nous atteignons le grand jeu de balle, qui nous apprend, si on ne le savait pas, que les Mayas pouvaient se montrer violents. Sur les murs de chaque côté du terrain était fixé un anneau à travers lequel devait passer la balle. Deux équipes s'affrontaient. Les perdants payaient de leur vie. «You lost the game, you lost your head», dit Jorge Marin. On décapitait.

Guerre, religion, vie sociale. Chichen Itza n'a pas fini de révéler ses secrets. Son apogée se situe au XIIIe siècle. La cité aurait compté 35 000 habitants. Le déclin commence un peu avant l'arrivée des conquistadors, Cortes en tête. Puis c'est l'oubli jusqu'à ce que des explorateurs, fascinés par la beauté des vestiges, décident, au XIXe siècle, de les remettre en valeur.

La distance, à partir de Cancún, est d'environ 200 kilomètres. Une autoroute à péage facilite le trajet. On y roule en douceur. Il y a peu de circulation et pas du tout d'annonces publicitaires. On peut donc, à loisir, admirer la végétation. Les sapotiers notamment, ces arbres qui produisent le latex d'où est tirée la gomme à mâcher. Chichen Itza se trouve à l'intérieur des terres. Ce qui n'est pas le cas de Tulum, autre site archéologique qui impose, à son tour, un arrêt.

Pélican à Tulum

L'emplacement est exceptionnel. Tulum surplombe la mer. Mais quel est cet oiseau au long bec qui déploie ses ailes au-dessus de nos têtes? «Un pélican», répond le guide. «Une frégate», assure un visiteur qui vient d'ailleurs. Quoi qu'il en soit, ils sont beaux, ces oiseaux. Et partout où vos pas vous mènent dans le Yukatán, vous avez plaisir à en admirer la diversité. Dans sa cage, un perroquet aussi coloré qu'effronté vous interpelle. Les plus attirants sont ceux qui se cachent dans le feuillage des arbres en fleurs, tôt le matin. Leur chant est doux à l'oreille. Il ensoleille votre journée.

Tulum donc, qui rappelle Chichen Itza, à cause de sa pyramide pouvant en outre servir de point de repère aux navigateurs. Le site est plus récent. On le présente comme un port de commerce important, à partir du XIIIe siècle jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Un mur d'enceinte le protège sur trois côtés. Le quatrième domine la mer des Caraïbes.

Au pied de la falaise, le jour de notre passage, des baigneurs se rafraîchissaient. D'autres déambulaient sur la bande de sable blanc typique de la Riviera maya et de ses plages. Tulum est à 130 kilomètres au sud de Cancún. On l'atteint en longeant la côte. Puerto Morelos, Playa del Carmen. Les flèches qui donnent envie de prendre le virage à gauche sont nombreuses. Vraiment, le terme paradisiaque pour décrire ce coin du Mexique n'a rien d'exagéré.

Un roman sur mesure

Le départ approche. Vous cherchez un livre, en plus des guides, à mettre dans votre bagage à main. La couronne verte, de l'Américaine Laura Kasischke, traduit chez Christian Bourgois, est un must. Vous allez entrer dans ce roman et ne le lâcherez qu'à l'atterrissage, tant l'intrigue est prenante. Par anticipation, vous aurez découvert Cancún et fait le trajet jusqu'à Chichen Itza, où se trouve le noeud de l'histoire, tout en haut de la pyramide de Kukulkan ou Quetzalcoatl, le Serpent à plumes. Le décor est parfaitement campé, mais l'atmosphère dès le début est inquiétante. Des adolescentes, par définition imprudentes, baignent en plein spring break. Les vacances du printemps, pour deux d'entre elles, virent au drame. Sauf que le danger n'était pas où on le pensait. C'est plein de suspense et captivant jusqu'à la fin, qui finit bien.

Repères

° Des départs à partir de Québec sont possibles. C'est l'idéal.

° La monnaie est le peso mexicain. Vaut mieux en avoir un peu avec soi à l'arrivée pour les menues dépenses.

° Ne pas oublier la crème solaire et le chasse-moustiques. Ce n'est pas un luxe.

° Pour les visites à Chichen Itza et ailleurs, tous les hôtels s'occupent d'organiser les excursions. Les informations sont données sur place.

À lire

° Guide Voir, Mexique, Libre Expression

° Monde Maya, Encyclopédies du voyage, Gallimard

Adresses Internet

www.visitmexico.com

www.mexique-voyage.com