Faire du camping d'hiver en lointaine nature, avec tout le barda et l'organisation que ça suppose? Pas pour tout le monde! Mais si l'infrastructure, l'équipement et les directives sont fournis, pourquoi pas? C'est dans cet esprit que nous avons visité le Village des neiges, la plus récente attraction hivernale de la métropole.

Ariane Krol LA PRESSE

Du jeudi au dimanche soir, on peut manger au superbe restaurant de glace du Village des neiges tenu par le chef Éric Gonzalez, de l'Auberge Saint-Gabriel. L'idéal est alors d'arriver un peu avant le coucher du soleil, pour voir la transition du jour à la nuit. Du lundi au mercredi, par contre, il faut souper avant d'arriver, car le Village, isolé, ne sert pas de repas le soir.

Il était donc 19h lorsque je suis sortie de la station de métro Jean-Drapeau, lundi. Au Complexe aquatique, à quelques minutes de marche, on vous remet un de ces bracelets typiques des clubs de vacances. Encore quelques pas, et nous y voilà.

Le coup d'oeil de nuit est frappant. L'hôtel et ses dépendances sont construits dans une espèce d'amphithéâtre, au pied d'une volée de gradins en demi-cercle. Derrière leurs silhouettes lunaires, le fleuve et les lumières de Montréal.

Les chambres ne sont pas accessibles avant 21h et de toute façon, pas question de se coucher aussi tôt. Plus que le froid, c'est le spectre de l'insomnie qui guette. Se retrouver allongée seule dans un espace frigorifique sans pouvoir fermer l'oeil? Non merci. Mais que faire en attendant?

D'abord, visiter les chambres. Elles sont ouvertes au public jusqu'à 21h. Et le public ne s'en prive pas. On touche les sculptures de glace, on se laisse tomber tout habillé sur les matelas recouverts de fausse fourrure, on s'exclame beaucoup. Les flashes crépitent, les fous rires fusent.

Les visiteurs

L'hôtel (24 chambres et 6 igloos) est la partie la plus visible du site, mais pour que ce projet un peu fou puisse passer l'hiver, il faut attirer d'autres visiteurs payants qui viendront prendre un verre au bar, manger au resto et, surtout, profiter simplement de l'endroit quelques heures. Les promoteurs, trois jeunes entrepreneurs de la région espèrent accueillir 80 000 personnes d'ici le 31 mars. On peut donc circuler très librement sur les lieux, se faire prendre en photo à peu près n'importe où, entrer dans le restaurant lorsqu'il ne sert pas de repas, s'asseoir sur les jolies peaux de mouton recouvrant les fauteuils de glace. Et explorer les chambres.

Les suites «standard» comportent toutes un lit king et un fauteuil de glace. Certaines dites de «prestige» offrent une autre configuration (deux lits collés pour les familles avec jeunes enfants, quatre lits pour les groupes d'amis). Mais la véritable curiosité, ce sont les sculptures de glace et l'éclairage des suites thématiques. La «Formule 1», avec son bolide en coin. Celle des «Canadiens», avec sa statue de Maurice Richard, ses Coupes Stanley et ses rondelles incrustées dans la base de lit. La «100 Clochers» avec ses vitraux, etc.

Quelques zones, toutefois, sont réservées aux résidants de l'hôtel. Le lounge du Complexe aquatique, où l'on déjeune le matin et où l'on peut se réchauffer en soirée, et le spa. Troquer son parka contre un maillot, et traverser le chemin enneigé qui sépare les vestiaires des jacuzzis en peignoir demande un peu de courage. Rendu dans le bain fumant, avec une vue imprenable sur la ville, par contre, on n'y pense plus du tout.

Préparer le sommeil

En sortant de là, il faut planifier le dodo. La chambre est prête. La fausse fourrure a fait place à une jolie housse de matelas laineuse sur laquelle on a déposé oreiller et sac de couchage. Pas mal plus simple que le camping donc... mais un peu plus complexe qu'à l'hôtel.

Les sous-vêtements thermaux et les chaussettes de laine pour la nuit. L'habit de neige et les bottes par-dessus pour aller prendre un dernier verre au bar. Et pour dormir, gants ou mitaines (j'ai pris les deux!), tuque et foulard (mieux: une cagoule légère), et ce sac de couchage «momie» au nom pas très rassurant.

Après, ça demande quelques contorsions. Enlever ses bottes à côté du lit sans poser un pied dans la neige. S'asseoir sur le matelas sans toucher à la base de lit sculptée dans la glace, enfiler la housse dans le sac momie. Enlever l'habit de neige et se glisser presto dans la housse. Ranger ses vêtements du lendemain au fond du sac pour les garder au chaud. Remonter la fermeture éclair. Enfiler le capuchon du sac. Tirer sur le cordon pour laisser le moins de peau exposée possible. Poser la tête sur l'oreiller. Relaxer. Essayer de relaxer. S'assurer que la housse suit le sac lorsqu'on change de position. Ne pas changer de position trop souvent.

Une fois qu'on a compris le principe, par contre, on dort très bien. Je me suis même rendormie après avoir éteint mon réveil.

Pour dormir à l'Hôtel de glace, il faut s'attendre à débourser au moins 175$ par personne dans une chambre standard, petit-déjeuner continental et accès au spa compris. Le prix est majoré de 40$ le vendredi soir et de 60$ le samedi. Info: www.villagedesneiges.com