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Voyage de rêve dans un train légende

Jamais le mot voyage ne m'a semblé d'une telle plénitude. À bord du Canadien,... (Illustration: André Rivest, La Presse)

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Illustration: André Rivest, La Presse

Andrée Lebel
La Presse

Jamais le mot voyage ne m'a semblé d'une telle plénitude. À bord du Canadien, le train de Via Rail qui fait le trajet entre Vancouver et Toronto, j'ai découvert les plus beaux paysages du Canada. Une beauté dont on ne se lasse pas et dont la diversité est insoupçonnable tant qu'on ne l'a pas vue de ses yeux.

Mais la véritable surprise a été de retrouver l'indicible plaisir d'avoir du temps. Quatre jours sans rendez-vous, sans téléphone, sans télé ni internet. Seulement des gens qui se rencontrent et se racontent. Des gens intéressants qui m'ont parlé non pas de leur travail, mais de leurs rêves. Une plage d'humanité et de chaleur dans un espace hors du temps.Une autre belle découverte a été de constater qu'on peut traverser le Canada en français. Dès qu'un membre du personnel de bord détectait mon accent, il me parlait tout naturellement en français. Même ceux qui ne maîtrisent pas parfaitement la langue n'hésitaient pas à faire l'effort, avec le sourire. Et, bien sûr, les menus sont présentés dans les deux langues officielles tout comme les annonces du chef de train qui nous indiquent les arrêts, les changements d'heure et les principaux points d'intérêt le long du parcours.

Vendredi : départ

Dans la gare Pacific de Vancouver, j'ai tout à coup un doute en pensant que je ne serai pas chez moi avant mardi. Mais il est trop tard pour revenir en arrière, on procède déjà à l'embarquement.

Je dépose ma valise dans la cabine, encore plus petite que je l'avais imaginée, avant de rejoindre les autres passagers dans la voiture panoramique Skyline où sont servis mousseux et hors-d'oeuvre. Même s'il y a beaucoup de têtes aux cheveux blancs, l'excitation est dans l'air. Nous sommes tous comme des enfants qui prennent le train pour la première fois.

À 20 h 30, c'est le départ. Pendant que nous admirons Vancouver illuminé, on apprend que le train compte 19 voitures et trois locomotives pour une longueur totale de 1908 pieds. Pour l'instant, nous ne sommes que 198 passagers, mais d'autres embarqueront aux arrêts prévus dans les gares de Kamloops, Jasper, Edmonton, Saskatoon, Winnipeg, Sioux Lookout, Hornepayne et Capreol.

La nuit étant déjà bien installée, il n'y a plus rien à voir. Comme la plupart des passagers, vers 21 h 30 je regagne ma cabine. Les fauteuils ont été remplacés par le lit. Je suis fascinée par l'utilisation maximale de chaque pouce carré. Il y a un endroit pour suspendre mes vêtements, un compartiment pour les chaussures, une ouverture au-dessus de la lampe du lavabo pour ranger ma trousse de toilette et une lumière pour lire au lit. Il y a même un tableau de l'artiste canadienne Vivian Wong et un grand miroir. De plus, le lit est super confortable. Le roulis du train me berce vers le sommeil.

Samedi : Les rocheuses

Je me réveille au moment où le train repart de Kamloops, après un arrêt de quelques minutes. Le paysage est aride et quelque peu désertique. Je me dirige vers la salle à manger où le petit-déjeuner est servi de 6 h 30 à 9 h 30. Je choisis l'omelette du chef et c'est mon meilleur petit-déjeuner depuis des années.

Vers 10 h 30, le train s'arrête à Blue River, où nous avons une quinzaine de minutes pour humer l'air frais et visiter le plus vieux magasin général de Colombie-Britannique, situé en bordure de la voie ferrée.

Les paysages sont de plus en plus impressionnants. Le chef de train nous prévient que nous approchons des chutes Pyramides, qui font 300 pieds de hauteur. Spectaculaires !

À l'heure du lunch, je partage la table d'un couple de Japonais qui se rendra jusqu'à Québec, après un arrêt de quelques jours à Montréal pour voir les couleurs de l'automne. Leur enchantement m'enchante.

Je passe une grande partie de l'après-midi dans la voiture Skyline, alors que nous traversons les Rocheuses. J'ai pleinement le temps de ressentir toute la puissance des montagnes car les courbes étant nombreuses, le train ne peut pas dépasser la vitesse de 45 milles/heure. Au-delà de tous les qualificatifs qui leur sont associés, les Rocheuses sont émouvantes.

Le mont Robson, le plus haut sommet des Rocheuses, peut être admiré pendant 16 kilomètres. C'est ensuite au tour de l'immense lac Moose et du lac Yellowhead de susciter les exclamations. Nous arrivons finalement au col Yellowhead, qui constitue la frontière entre la Colombie-Britannique et l'Alberta. C'est là qu'on avance nos montres d'une heure, ce qui excite beaucoup les Européens à bord. « C'est très exotique », me dit un Français qui s'offre ce voyage pour fêter ses 60 ans et le début de sa retraite. Et il en savoure chaque minute.

Vers 16 h, le train s'arrête à Jasper. Nous disposons d'une heure pour visiter le village érigé autour de la gare. Plusieurs édifices historiques rappellent la vie des pionniers. Et les commerçants s'intéressent à chaque client, curieux de savoir d'où il vient, s'il aime son voyage, etc. Je ne peux qu'acquiescer quand un Allemand me fait part de sa découverte : « Ils sont vraiment gentils les Canadiens ! »

Je m'installe dans la section panoramique de la voiture Parc, en queue de train. Dans les courbes, je peux apercevoir les premières voitures s'engager dans d'étroits couloirs entre les montagnes du parc national Jasper.

La vie à bord est rythmée par les repas gastronomiques servis dans l'élégante salle à manger de style art déco. Même si je voyage seule, j'ai l'impression d'être avec un groupe d'amis tellement l'ambiance est détendue et sympathique. Ce soir, à ma table, il y a ce jeune musicien de Toronto, qui a entrepris le voyage pour « voir ce Canada dont parlent les premiers ministres successifs avec tant de passion ». Il aime cette pause en dehors du temps, trouve le voyage inspirant.

Pendant mon sommeil, le train fera un court arrêt à Edmonton.

Dimanche : les Prairies

En ouvrant le store de la fenêtre panoramique de ma cabine, j'ai un coup de coeur pour le ciel de la Saskatchewan. Un ciel coloré comme dans les livres d'enfants. Un ciel paysage où la lumière teinte les nuages en douceur. Et une terre si plane que l'horizon se situe à des dizaines de kilomètres.

Le train atteint maintenant une vitesse de 75 milles/heure car la voie est bien droite. Mais il faut souvent céder le passage aux trains de marchandises qui ont priorité, ce qui occasionne du retard. Pour compenser, les escales sont raccourcies.

J'aurais bien aimé visiter Saskatoon, mais notre arrêt n'est que d'une vingtaine de minutes et la ville est à deux kilomètres de la gare. J'ai tout juste le temps d'expérimenter ce qu'est un froid mordant.

Nous passons ensuite à Watrous, une région renommée pour ses sources minérales chaudes. Bien avant l'arrivée des Européens, les Premières Nations fréquentaient le lac Little Manitou, reconnu pour ses vertus curatives. Il paraît qu'il est plus facile d'y flotter que sur la mer Morte.

Le train fait un bref arrêt à Melville, en début d'après-midi, et les fumeurs en profitent pour aller griller une cigarette, car le train est entièrement non fumeur.

Et ce sont ensuite les dépôts de potasse, en forme de dôme, qui parsèment le paysage. «Les points les plus hauts des Prairies», blague l'animateur en nous apprenant que le Canada est le premier pays producteur de potasse au monde.

Lorsque nous franchissons la frontière entre la Saskatchewan et le Manitoba, vers 14 h 30, c'est l'occasion d'avancer nos montres d'une heure pour la deuxième fois depuis le départ.

Le Canadien emprunte ensuite le flanc de la spectaculaire vallée Qu'Appelle pendant près de 50 kilomètres. Les passagers s'émerveillent devant plusieurs ponts élevés et de belles rivières, dont l'Assiniboine.

En cette fin d'après-midi, il y a beaucoup d'activité dans le train. Dans quelques heures, en arrivant à Winnipeg, tout le personnel de bord sera remplacé par une nouvelle équipe. Même si on les côtoie depuis deux jours seulement, on a l'impression de perdre de vieilles connaissances. Souriants, attentionnés et amicaux sans être familiers, ces gens ont assuré notre bien-être de façon remarquable.

Aussi, plusieurs passagers passeront deux jours à Winnipeg avant de reprendre le prochain train vers Toronto. Pendant le dîner, il y a plusieurs échanges d'adresses et de numéros de téléphone entre des voyageurs de toutes nationalités qui promettent de se rendre visite.

À Winnipeg, nous avons deux heures pour visiter la ville. Mais il est 21 h et tout est déjà fermé. Je marche dans les rues entourant la gare, car avec tous les délices que nous a concoctés le chef, j'ai besoin d'exercice. De beaux édifices historiques sont illuminés et je rencontre quelques passants, dont quelques-uns qui parlent français entre eux.

La gare Union est un édifice fort intéressant, construit au début du XXe siècle. Le dôme et l'intérieur de la gare ont été conçus par les architectes de la Grand Central Station de New York. Cette gare desservait les nombreux réseaux ferroviaires qui convergeaient autrefois vers Winnipeg, au centre du pays. Une galerie de photos anciennes dans le hall permet de se faire une idée de la vie dans cette ville au siècle dernier.

En réembarquant dans le train, à 23 h, nous croisons beaucoup de nouveaux visages avec qui nous ferons connaissance.

Lundi: l'Ontario

Je dors jusqu'à 9 h 30 et me réveille en Ontario. Nous avons déjà fait un court arrêt à Sioux Lookout et nous voilà maintenant dans le Bouclier canadien. Le lac Nipigan s'étend sur 96 km du nord au sud et sur 64 km de largeur. De toute beauté.

Après la puissance des Rocheuses et le calme des Prairies, voici l'enchantement des forêts parsemées de lacs. En prime, nous profitons des couleurs de l'automne. Les feuilles des bouleaux et des hêtres qui se mêlent aux conifères ont de belles nuances de jaune. Ici et là, au bord d'un lac, on aperçoit un petit chalet qui appartient vraisemblablement à un mordu de la pêche.

Les forêts de l'Ontario s'étendent sur des kilomètres et des kilomètres. Les villages sont rarissimes. Le ciel est gris et il pleut par endroits. Plusieurs passagers trouvent que ça ajoute une touche romantique au voyage. Les voitures panoramiques sont presque désertes et plusieurs passagers ont sorti un livre. L'ambiance est très détendue, le rythme est plus lent.

Dans la voiture d'activités, quelques-uns font des casse-tête, d'autres jouent aux cartes ou au scrabble. D'autres encore discutent autour d'un café ou assistent à une dégustation de vins. Bref, personne ne semble s'ennuyer.

Après un bref arrêt à Hornepayne, où sont installées plusieurs entreprises forestières, je partage mon dernier dîner à bord avec trois Britanniques qui font ce voyage pour célébrer des anniversaires importants. Le père vient d'avoir 80 ans, la mère les aura bientôt et leur fille franchit cette année le cap de la cinquantaine. De plus, c'est le 60e anniversaire de mariage des parents. J'apprends que la reine Élisabeth envoie une lettre de félicitations à tous ses sujets qui fêtent leurs noces de diamant. La missive est arrivée tout juste avant leur départ, me disent-ils avec des étoiles dans les yeux. Un excellent repas fort sympathique.

Le train fera un dernier arrêt cette nuit à Capreol avant d'entrer en gare à Toronto, demain matin.

Mardi: arrivée à Toronto

C'est déjà la fin et j'ai un pincement au coeur en bouclant ma valise. Finalement ma petite cabine, dont j'ai apprivoisé tous les compartiments, me semble de bonne dimension. Ce n'est certes pas le luxe des grands hôtels, mais c'était très confortable, j'y ai passé d'agréables moments et profité d'un sommeil réparateur.

Tout en prenant le petit-déjeuner (je succombe une autre fois à l'omelette du chef), j'aperçois de beaux endroits de villégiature à l'ouest de Toronto. Des maisons coquettes et colorées, entourées d'arbres et de fleurs. Le soleil est de retour et fait miroiter les lacs de la baie Georgienne.

Et voilà la tour CN, entourée de gratte-ciels, qui se profile dans le ciel de Toronto.

Vers 10 h 15, avec 45 minutes de retard, nous entrons dans la gare de Toronto. C'est ici que s'arrête le Canadien. Il repartira ce soir vers Vancouver.

A 11 h 35, je monte dans un autre train qui m'amènera à Montréal.

Mon périple prend fin à 17 h 10. Après quatre nuits et quatre jours en dehors du temps, c'est le retour à la réalité. Mais j'ai en tête des souvenirs inoubliables.

Traversée du Canada

Il faut compter près de six jours pour traverser le Canada en train, de Vancouver à Halifax. Et il faut monter à bord de trois trains : le Canadien (de Vancouver à Toronto, 85 heures); le Corridor (de Toronto à Montréal, 5 heures); l'Océan (de Montréal à Halifax, 22 heures). Les correspondances ne nécessitent guère plus de deux heures. On peut aussi faire des arrêts de deux ou trois jours dans différentes villes.

Les prix

Dépendant de la saison et selon la classe choisie, le prix varie grandement. En plus des diverses promotions, il y a des réductions pour les personnes de 60 ans et plus, les enfants, les étudiants, les petits-enfants qui accompagnent leurs grands-parents, etc.

La passe Canrail (à partir de 576 $) donne droit à 12 jours de voyage à bord de tous les trains Via Rail, à l'intérieur d'une période de 30 jours.

Renseignements

www.viarail.ca

514-989-2626

Les frais de ce voyage ont été payés par Via Rail Canada.

Lectures

Carnet transcanadien

Textes d'Olivier Barrot et dessins d'Alain Bouldouyre. Actes Sud, 2009, 141 pages.

Ces deux Français ont fait le voyage Toronto-Vancouver à bord du Canadien. De courts textes et des aquarelles qui donnent une juste idée de l'atmosphère qui règne dans le train.

Canada by Train

Chris Hanus et John Shaske

Way of the Rail Publishing, 320 pages.

 

 




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