Vedette touristique de l'Abitibi, Michel Pageau, l'ex-trappeur devenu sauveur des animaux, se dévoile dans une biographie écrite par la Française Françoise Perriot.

Simon Diotte, collaboration spéciale LA PRESSE

Michel Pageau soigne des animaux sauvages blessés dans son refuge, à Amos. Personnage hors norme, en 2001 il a fait l'objet d'un documentaire (Il parle avec les loups), qui l'a rendu célèbre. Depuis, le refuge Pageau, dont il est le fondateur, est devenu l'une des principales attractions touristiques au pays de Richard Desjardins.

 

De passage à Montréal la semaine dernière avant de se rendre au Salon du livre de l'Abitibi-Témiscamingue, l'auteure de sa biographie raconte que c'est le changement radical de vie du personnage qui l'a fasciné.

Pendant des décennies, M. Pageau se consacre à la trappe. Il chasse les animaux pour leurs fourrures. Se passionne pour les pièges. Et soudainement, il arrête subitement de tuer, incapable de donner la mort. Il entend pleurer la forêt, comme le suggère le sous-titre de la biographie.

Avec les moyens du bord, il choisit de venir en aide aux bêtes en ouvrant un refuge pour animaux blessés. Il réalise que les habitants de la forêt boréale ne sont plus capables de supporter la pression humaine (chasse, pollution et déforestation), qu'il faut faire quelque chose pour les aider.

«Pour moi, Michel Pageau est aussi moderne que l'écolo urbain. Il est aux premières loges des conséquences des actions humaines sur la nature. La dégradation de l'environnement, il ne la voit pas uniquement à la télévision. Il la vit. Son évolution symbolise l'espoir que les humains changeront leur vision face à la nature», dit-elle.

Chose surprenante, c'est Michel Pageau lui-même qui l'a choisie comme biographe. Pourtant, les deux se connaissaient à peine. Une seule rencontre avait eu lieu au début des années 2000 dans le cadre d'un reportage sur l'Abitibi pour un magazine.

«J'ai alors vécu trois ou quatre jours avec lui. À ce moment-là, j'avais beaucoup de difficulté à le comprendre en raison de son accent. Il fallait que je le fasse répéter constamment, tout en essayant de ne pas le froisser. Mais le courant est toutefois passé entre nous. Il a senti que je partageais son amour pour les animaux», raconte-t-elle.

Pendant des années, les deux restent en contact sans se voir. Puis, un jour, Mme Perriot reçoit un courriel de la femme de Michel Pageau, Louise, lui disant que son mari est maintenant prêt à se confier. L'auteure, qui a écrit abondamment sur les Amérindiens et vécu au Montana, saute sur l'occasion. «Le plus difficile a été de me plonger dans la peau d'un jeune homme des années 1950 vivant en Abitibi», dit-elle. On la comprend! Elle y a consacré deux ans de sa vie, vivant au total sept mois en Abitibi.

Au fil des pages, on découvre non seulement le parcours de cet homme de la forêt, qui a abandonné l'école très tôt pour vivre sa passion de la nature, mais aussi l'évolution du Québec. Rappelons qu'à l'époque, le gouvernement donne des primes aux chasseurs qui tuent les loups, les renards ou les ours, car ils sont considérés tout bêtement comme des animaux nuisibles!

L'auteure refuse catégoriquement de se voir étiqueter comme la Française qui se passionne soudainement pour un coureur des bois, continuant ainsi à propager cette image stéréotypée que la France entretient sur le Québec. «Michel Pageau n'a rien d'un personnage folklorique. Sa chemise à carreaux, sa vieille tuque et ses raquettes en babiche, ce n'est pas une image qu'il veut projeter. Il est réellement comme cela. Loin de moi l'idée d'en faire une caricature pour plaire au public français «, se défend-elle. Cette biographie, intitulée Michel Pageau, trappeur - J'ai entendu pleurer la forêt , est préfacée par l'astrophysicien Hubert Reeves.