À flanc de colline, au coeur d'une végétation luxuriante et en surplomb d'une rivière, le cadre est idéal pour une villégiature de rêve. Mais le complexe touristique en construction se dresse dans un village du Liban aux portes de l'ennemi, à un jet de pierre d'Israël.

Rita Daou AGENCE FRANCE-PRESSE

«On nous a dit que c'est une folie de construire si près de la frontière avec Israël», explique Khalil Abdallah, l'initiateur de ce projet de 3 millions de dollars érigé à Wazzani, un village du sud du Liban à trois mètres de la Ligne bleue, séparant le Liban d'Israël, deux pays techniquement en guerre.«On nous a dit aussi que c'était une très bonne idée», ajoute cet entrepreneur de 58 ans, de retour au pays après 40 années passées en Afrique.

Mais le Fort de Wazzani, centre de villégiature, de détente et de loisirs en construction dans une région largement contrôlée par le mouvement chiite Hezbollah, irrite déjà de l'autre côté de la frontière.

Des soldats israéliens viennent de franchir la frontière et de démanteler le bras hydraulique d'un bulldozer sur le chantier, selon l'armée libanaise. Le Liban a déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU.

Mais Khalil Abdallah et sa soeur Zahra, associée au projet, ne baissent pas les bras.

«C'est notre terre et nous avons le droit d'en utiliser jusqu'au dernier pouce», dit Zahra, 45 ans. «Nous voulons vivre en paix et nous voulons réaliser ce vieux rêve».

Elle est certaine que le centre touristique attirera de nombreux clients en dépit de sa localisation.

«Vous allez voir, on sera complet à l'ouverture et nous avons déjà des réservations pour cinq mariages cet été», ajoute Zahra. Un blindé israélien parcourt le secteur de l'autre côté de la frontière, sur une colline surplombant le chantier.

Le chantier est gardé par un char de l'armée libanaise alors que deux véhicules de la force de maintien de la paix de l'ONU (Finul) patrouillent.

«La première fois que j'ai vu des soldats juifs de si près, j'ai paniqué», affirme Mohammed Scheybar, un ouvrier syrien sur le chantier. «Ils se sont assis là-bas, nous ont observé pendant cinq heures et sont repartis».

Israël a occupé une bonne partie du sud du Liban pendant 22 ans entre 1978 et 2000, empêchant des familles comme les Abdallah d'avoir accès à leurs terres. La région a également été dévastée lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2006.

«Le projet ne plaît pas aux juifs et les habitants craignent une réaction violente», souligne Ghazala, 45 ans, mère de sept enfants du village voisin de Wata al-Khiam.

La Finul surveille le projet de près pour empêcher les tensions. «La Ligne bleue est toujours très sensible, il est nécessaire d'être très prudent dans toute activité menée dans cette zone», explique le porte-parole de la Finul.

«Nous sommes en contact avec les parties pour qu'il n'y ait pas de malentendu pouvant mener à une escalade de la situation», a-t-il ajouté. «Nous avons demandé aux parties de s'abstenir de toute action pouvant être perçue comme de la provocation».

La construction du Fort de Wazzani a débuté en juillet 2009 et le projet devrait être partiellement inauguré en juin prochain avec neuf chambres, un restaurant et une piscine.

Une fois achevé en 2012, il comptera également des bungalows, des villas, un gymnase, une clinique, des courts de tennis, des chevaux et un supermarché.

Le député du Hezbollah Ali Fayyad a salué l'«audace» des Abdallah qui ont osé «un projet touristique de haute qualité dans une région ignorée pendant des années. C'est aussi une forme de résistance et elle reflète la volonté de la population locale de développer la région».

Pour Khalil Abdallah, «c'est un rêve devenu réalité pour moi et mon père». «Tout ce que je veux c'est finir mes jours ici», dit-il.