Le Gray, Four Seasons, Grand Hyatt: les grandes chaînes d'hôtels se ruent sur Beyrouth, profitant du retour d'une certaine stabilité au Liban après des années de crise.

Rana Moussaoui AGENCE FRANCE-PRESSE

La capitale libanaise, qui espère regagner son prestige touristique d'avant-guerre (1975-1990), veut combler son énorme manque de chambres d'hôtels pour faire face au nombre croissant de visiteurs dans le pays, qui a frôlé les deux millions en 2009, un record depuis les années 1970.

Face à la Méditerranée, à quelques mètres du mythique Holiday Inn devenu un hôtel fantôme criblé de balles durant la guerre, les tours d'appartements luxueux et de chaînes d'hôtellerie côtoient d'innombrables chantiers.

«Le Beyrouth d'avant-guerre était la porte du Moyen-Orient, le centre régional des multinationales», rappelle Stefan Simkovics, directeur général du Four Seasons, inauguré la semaine dernière et dont le coût s'est élevé à 146 millions de dollars.

«La ville redevient la destination où tout le monde veut s'implanter», indique-t-il à l'AFP, assis dans le café de cet hôtel de 230 chambres.

Les années 2008 et 2009 ont vu l'ouverture au centre-ville du Ramada et du Gray, un des rares hôtels-boutiques de la capitale, où les tarifs varient entre 495 et 5.000 dollars la nuit. Le Rotana Suites a également vu le jour dans le quartier de Raouché, en bord de mer, face à l'emblématique «grotte aux pigeons».

Les travaux du Hilton, sur le front de mer, sont également terminés.

Le Grand Hyatt, le Solidere Rotana Suites, et le Landmark, tous au centre-ville, ainsi que le Kempinski Summerland, doivent eux ouvrir leurs portes entre 2010 et 2013.

«Des hôtels ont commencé leurs travaux en 2004, avant de les arrêter en 2005» après l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, explique Pierre Achkar, président du syndicat des hôteliers.

Aujourd'hui, le pays le plus vert et le plus montagneux du Proche-Orient, où le tourisme représente environ 9% du PIB selon des estimations, semble avoir tourné la page des assassinats politiques (2005-2008), de la guerre entre Israël et le mouvement chiite Hezbollah (2006), des combats entre l'armée et des islamistes (2007) et des affrontements intercommunautaires (2008).

La presse internationale, comme le New York Times, a classé la ville comme une destination privilégiée. «Beyrouth est de retour... et c'est fabuleux», écrivait récemment le quotidien londonien The Guardian.

«On voit bien que lorsque le pays est stable, il marche sur tous les plans, et notamment touristique», explique à l'AFP Hector De Galard, directeur général du Gray, le quatrième hôtel de la chaîne Gordon Campbell Gray dans le monde.

«Ce n'est que le commencement, et les sociétés internationales sont de plus en plus encouragées à venir s'installer ici», ajoute-t-il.

L'augmentation du nombre chambres d'hôtels est indispensable, selon M. de Galard.

«Si Beyrouth aspire à accueillir un jour des congrès internationaux de 2.000 personnes, il faut être préparé», estime-t-il.

M. Achkar, qui fait état de «7.000 chambres à Beyrouth» actuellement, dit s'attendre, dans les trois ans, à «une augmentation de l'ordre de 3.000 chambres».

Bien que les investisseurs soient toujours conscients des risques au Liban, l'optimisme semble avoir pris le dessus.

«On a toujours su que le Liban n'était pas un pays facile», affirme M. de Galard. «Mais on sait aussi que si demain quelque chose se passe, le pays se remettra sur les rails».