Berceau du christianisme, Jérusalem est l'une des villes les plus fascinantes que j'aie visitées. Et pas besoin d'être une punaise de sacristie pour apprécier son histoire, associée aux fondements de trois grandes religions.

Martine Bouliane, collaboration spéciale LA PRESSE

Il n'y a pas moins de 3000 ans d'histoire entre les remparts du Vieux-Jérusalem. Ce qui surprend d'abord, c'est de voir que ces lieux sont encore habités. Ça marchande, prie, cuisine et grouille de partout. Les visiteurs touristes et gens du coin sont forcés de jouer du coude pour se frayer un chemin dans ce labyrinthe fortifié.Les gens habitent dans ces petites ruelles, de véritables dédales pentus qui montent jusqu'au Golgotha, là même où a été crucifié Jésus. Aujourd'hui, des rues, des maisons et des églises l'occupent presque entièrement.

Dans les venelles plus éloignées des lieux touristiques, les enfants s'amusent. Ces rues étroites sont bordées par des maisons de pierre aux rares fenêtres qui se dressent là depuis des siècles. On imagine les gens de l'époque de Jésus y marcher. La ville a quelque chose d'intemporel.

Dans le quartier musulman, le bazar est pris d'assaut par les résidants qui y font leurs courses quotidiennes. C'est toujours plus intéressant de voir un vrai marché que des étals de souvenirs vendant crèches en bois, crucifix et autres jésus de cire destinés aux touristes.

De toute façon, les touristes ont mieux à faire que de magasiner dans le Vieux-Jérusalem. L'histoire est omniprésente ici et les gens se bousculent aux nombreux sites conservés, à commencer par l'incontournable mur des Lamentations.

On trouve dans cette synagogue extérieure, lieu sacré par excellence du judaïsme, une section réservée aux femmes et une autre aux hommes, qui doivent se couvrir la tête d'une kippa de papier pour y accéder.

Il y a plus de 2000 ans, le mur bordait un temple aujourd'hui disparu. C'est justement pour pleurer la disparition de ce lieu de culte que le mur est devenu celui des Lamentations. Les croyants et les touristes, peu importe leur religion, inscrivent des voeux ou des prières sur des bouts de papier, qu'ils insèrent entre les pierres du mur. Les plus anciennes datent de l'époque d'Hérode.

Mont du Temple

Pour les musulmans, le site par excellence est le mont du Temple, où s'élève le dôme du Rocher. Ce rocher est symbolique à la fois pour les musulmans et les juifs. Pour ces derniers, il s'agirait du lieu de création du monde. Il est au troisième rang des lieux les plus sacrés de l'islam, puisqu'il a été la destination d'un voyage nocturne de Mahomet.

En plein ramadan, il nous a été impossible d'aller visiter ce secteur, car il est fermé aux touristes lors des fêtes religieuses musulmanes. Toutefois, on voit le dôme doré briller d'un peu partout dans la ville.

Plusieurs petites églises ou couvents évoquent par ailleurs différents chapitres importants du christianisme. La plus importante est la basilique du Saint-Sépulcre, construite sur le lieu de la crucifixion de Jésus.

On retrouve à l'intérieur de superbes mosaïques, mais surtout la pierre où le corps de Jésus aurait été lavé après avoir été descendu de la croix. Il faut voir les nombreux fidèles qui se prosternent sans relâche, en larmes, sur les genoux et le visage plaqué contre cette pierre. Plusieurs y déposent des offrandes ou récitent des prières.

La basilique est d'ailleurs la dernière station du chemin de la Croix, qui permet de refaire le trajet parcouru par Jésus avant sa crucifixion. Des groupes de touristes vont même jusqu'à le parcourir croix de bois à l'épaule, en joignant la prière à la marche.

Avec une telle charge religieuse, pas étonnant qu'on évoque l'existence d'un syndrome de Jérusalem pour parler des cas de psychoses religieuses qu'on y observe chaque année.

Mais pas besoin d'être croyant pour apprécier les lieux sacrés. Il suffit de marcher dans les quartiers juifs, chrétiens ou musulmans, et de faire le plein d'histoire.

À l'extérieur des remparts, on peut visiter la vaste cité de David. C'est là qu'aurait été le coeur de Jérusalem à l'époque du roi David, soit quelque 1000 ans avant Jésus-Christ. Le site est l'objet de fouilles archéologiques depuis plus de 150 ans.

On peut visiter certaines parties avec un guide ou jouer aux aventuriers et marcher dans les tunnels d'Ézéchias. Claustrophobes s'abstenir. Je ne saurais trop conseiller cette balade dans le noir, entre des parois rocheuses étroites de moins d'un mètre de largeur, les pieds dans l'eau froide.

Au loin, on aperçoit le surprenant mont des Oliviers. C'est le plus ancien cimetière encore utilisé au monde. On y retrouve 150 000 sépultures... et quelques rares oliviers.