À Venise, comme en Espagne, on adore grignoter. Les tapas se nomment ici «cichetti». On les avale debout, ou encore juché sur un tabouret - voire carrément dehors quand les clients débordent sur les ponts et les places, coupe de vin à la main.

Marie-Claude Malboeuf LA PRESSE

Al bottegon (Cantinone già Schiavi)

Coup de coeur absolu pour ce minuscule bar à vin aux murs couverts de bouteilles et aux poutres apparentes. Un endroit si sympathique que les Vénitiens continuent d'y affluer, même si leur secret est aujourd'hui connu des touristes. Au confluent de deux lycées et d'une université, deux frères et leur mamma réinventent les amuse-gueule traditionnels. Sur de fines tranches de baguette, ils étalent de la ricotta fraîche garnie de purée de citrouille ou de noix, du thon saupoudré de cacao, des crevettes aux artichauts et aux truffes, de la pieuvre, du saumon mozzarella et du brie à la sauce aux orties. Chacune de ces bouchées coûte 1 euro. Le verre de vin, 2 euros.

Fondamenta nani 992, de biais avec l'église San Trovaso, dans Dosoduro. Arrêt de vaporetto: Academia ou Zattere.

Enoteca Al Prosecco

Sur une jolie place ombragée, près d'une belle église, deux autres frères enchantent les amateurs de vin. Les bouteilles montent jusqu'au plafond. Les jambons et les lampes industrielles pendent des poutres. Dans les assiettes, on peut arroser ses fromages de mostarda (un chutney local), goûter de nombreux poissons fumés, des charcuteries, des légumes et des champignons sauvages grillés.

Campo San Giacomo dell'Orio 1503, dans Santa Croce, arrêt San Stae ou Riva di Biasio. www.alprosecco.com

Pronto Pesce

Ici, les murs sont couverts de tuiles, comme dans une poissonnerie. Les prises - très fraîches - proviennent du marché situé juste en face. Les Vénitiens s'y entassent chaque midi, même le samedi. L'hiver, la soupe et le risotto de poisson sont très réconfortants. On les accompagne de polenta à la seiche, de purée de morue, de salade de calmars ou de crevettes au curry. Le tout arrosé d'un petit blanc.

Campo delle Beccarie (pescheria Rialto) 319, dans San Polo, arrêt Rialto Mercato. www.prontopesce.it

Enoteca Do Colonne

Sa grande vitrine laisse deviner un intérieur de bois tout en longueur et un comptoir invitant avec ses sandwichs à la charcuterie, ses aubergines farcies et ses fleurs de citrouille frites. Sur fond musical, les clients se taquinent en dialecte vénitien.

Rio Terra San Leonardo 1814c, dans Canarregio, arrêt San Marcuola.

Vini de Gigio

Avec ses fenêtres qui donnent sur le canal, ce tout petit restaurant patiné par le temps offre de délicieux fruits de mer et poissons. Et de grands raviolis inoubliables.

Fondamenta San Felice 3628a, dans Cannareggio, arrêt Ca d'Oro. www.vinidagigio.it

Osteria Bancogiro

Ici, on s'attable dans l'une des premières banques de Venise, dans une pièce voûtée aux fenêtres arrondies. Les plats sont aussi savoureux qu'originaux (pâtes de cacao au sanglier, poires et ricotta, poisson grillé aux pignons). Le tiramisu est incroyable. Et le plus beau, c'est que ça ne coûte pas plus cher que les repas désolants des trappes à touristes.

Campo San Giacometto 122, au pied du Rialto, dans San Polo, arrêt Rialto Mercado. www.osteriabancogiro.it

Osteria La Zucca

Avec sa porte qui donne sur le canal et ses murs couverts de lattes de bois, ce microrestaurant fait le bonheur des herbivores et des carnivores. Les pâtes sont succulentes, ainsi que les accompagnements de légumes, comme les tartelettes de pommes de terre.

Calle del Tentor 1762, près du ponte del Meggio, dans Santa Croce, arrêt San Stae. www.lazucca.it

Osteria Enoteca Ai Artisti

Encore une fois, tout petit et chaleureux. On y sert de délicieux poissons à la vénitienne et des salades.

Fondamenta della Toletta 1169, dans Dorsoduro, arrêt Academia ou Ca'Rezzonico. www.enotecaartisti.com

À Venise, bon nombre de restaurants sont fermés les 24, 25 et 26 décembre, de même qu'au Nouvel An. Il faut donc impérativement réserver dans ceux qui restent ouverts.

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Quelques adresse où dormir

Ca' San Giorgio

À deux pas d'une des plus jolies places de Venise, cet ancien couvent donne sur une minuscule cour intérieure dotée d'un puits. Début décembre, la suite junior coûte 170$ la nuit et la chambre supérieure, 140$, incluant le petit-déjeuner dans les deux cas).

Salizada del Fontego dei Turchi 1725, dans Santa Croce, arrêt de vaporetto San Stae. www.casangiorgio.com

Residenza Ca' Fosco

Ces petits appartements sont situés entre le pont du Rialto et la place Saint-Marc. Le décor des logements est très dépouillé et le petit-déjeuner, préemballé, mais l'édifice lui-même est très beau et la propriétaire, qui parle français, est très aimable.Au début du mois de décembre, nous avons loué des appartements très pratiques à 130$ et 170$ la nuit.

Campo della Fava 5526, dans San Marco, arrêt Rialto. www.mareahotels.com

B&B 3C

Fabio, propriétaire de ce gîte, se fait un plaisir d'aider ses clients. Il construit lui-même le mobilier de ses chambres, dotées de salles de bains modernes. La place Saint-Marc est à une minute et le petit-déjeuner est copieux. Au début du mois de décembre, les chambres coûtaient 135$ la nuit.

Entre la Calle delle Rasse et la Calle (très étroite) degli Albanesi, 4544, à la frontière de San Marco et de Castello, arrêt San Zaccaria. www.venice3c.com

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Que faut-il rapporter?

Papier vénitien: marbré ou parcouru de volutes, le papier vénitien est fabriqué à l'ancienne. Rosanna Corrò, qui était restauratrice de livres, en fait maintenant des sacs ultra-originaux, des bijoux, des panneaux décoratifs et des cahiers.

Verre soufflé de Murano

Pour éviter les sculptures d'animaux kitsch et le «made in China», les options ne manquent pas. Gloria Astolfo créer des bijoux baroques dignes des courtisanes d'antan; et les artisans d'Esperienze assemblent des perles opaques de couleurs vives.

Gloria Astolfo: Frezzeria 1581, dans San Marco, arrêt Vallareso. www.gloriastolfo.com

Esperienze: Calle Larga San Marco 473/B, dans San Marco, arrêt San Zaccharia.  www.esperienzevenezia.com

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Venise en livres!


Le prix Nobel de littérature Joseph Brodsky a passé 17 hivers à Venise. Il les relate avec poésie dans le petit livre Acqua Alta (Watermark, en anglais): «Le dimanche surtout, vous vous réveillez au carillon de cloches innombrables comme si, derrière le rideau de gaze, un gigantesque service en porcelaine vibrait sur un plateau d'argent gris perle. Vous ouvrez grand la fenêtre et la chambre s'emplit en un instant de cette brume extérieure chargée de sons de cloche, faite d'oxygène moite, de café et de prières. [...] Les jours comme ceux-là, la ville prend vraiment des allures de porcelaine, avec toutes ses coupoles recouvertes de zinc comme des théières ou des tasses retournées et le profil penché des campaniles qui luisent comme des cuillères abandonnées et se fondent dans le ciel.»

Acqua Alta, de Joseph Brodsky, éd. Gallimard, coll. Arcades, 109 p.

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Venise est un poisson, de Tiziano Scarpa, nous fait découvrir avec humour les dessous de la ville. L'auteur nous explique comment il est impossible de vivre incognito dans un endroit pareil, mais comment les adolescents trouvent tout de même d'excellentes cachettes pour faire l'amour en plein air.

Il nous met en garde contre les volets et les balcons qui se détachent brutalement des façades grugées par l'humidité. Il nous parle du spleen causé par une véritable overdose de beauté, des jeux d'enfants et de l'origine étrange du nom des 3000 rues. Scarpa nous met enfin sur la piste de nombreux auteurs amoureux de Venise, notamment Henry James, qui a écrit, dans Les papiers d'Aspern, qu'on ne sort jamais vraiment dehors dans cette ville semblable à un appartement.

Venise est un poisson, de Tiziano Scarpa, éd. Christian Bourgois, 135 p.