Le journaliste envoyé en mission dans le Nord-Pas-de-Calais esquisse un sourire amer: décidément, son voyage débute exactement comme celui de Philippe Abrams.

Philippe Mercure LA PRESSE

Le journaliste envoyé en mission dans le Nord-Pas-de-Calais esquisse un sourire amer: décidément, son voyage débute exactement comme celui de Philippe Abrams.

Le Nord-Pas-de-Calais, c'est cette région du nord de la France dont peu de gens se souciaient avant la sortie du film Bienvenue chez les Ch'tis - le plus gros succès cinématographique français de l'histoire, maintenant en salle chez nous.

Et Abrams, c'est le personnage principal qui est muté là-bas par son employeur... comme punition.

On commençait à se demander si ce n'était pas aussi notre cas.

Mais bon, dans le Nord-Pas-de-Calais, c'est bien connu, on pleure toujours deux fois. En arrivant... et en partant. On ne sait pas trop comment ils réussissent leur coup, mais pour nous aussi, c'est exactement ce qui est arrivé.

En route vers Bergues, le village où a été tourné le film, on n'en pouvait plus de recevoir les gerbes d'eau des camions. Sur un coup de tête, on a quitté l'autoroute.

En entrant dans le premier village, on a failli écraser une poule. Puis on a vu des signes indiquant la mer; on a décidé de s'y aventurer.

Aux dunes de la Slack, on a fait détaler un lièvre. On a contemplé l'océan à travers le pare-brise où continuaient de s'écraser les gouttes. Sur les ondes de France Bleu-Nord, Jean-Jacques Goldman et Joe Dassin ont entamé leurs ritournelles. Et on a tranquillement commencé à savourer le voyage.

Choisissant les petites routes, on a traversé au hasard des champs mouillés et de jolis villages. En franchissant finalement les murs de la ville fortifiée de Bergues, deux surprises nous attendaient. Le soleil était étincelant... et la ville, absolument charmante.

Des rues pavées, des canaux, et la fameuse tour du beffroi, typique de la région, où est installé le carillon qu'on entend dans le film. Décidément, le Nord-Pas-de-Calais n'a pas choisi n'importe quel bled pour se présenter au monde.

Les touristes? «Il y a toujours eu des touristes ici. Et là, depuis le film, ben évidemment, y'en a encore plus», m'a lancé le proprio de mon hôtel. Rien, pourtant, de désagréable. Tous se baladent ici dans une atmosphère bon enfant, pointant, comme nous, les lieux de tournage du film. Et il y a toujours moyen de semer la foule, soit en quittant les murs d'enceinte de la ville pour explorer les jardins des alentours, soit en poussant vers Lille - une ville qui vaut vraiment le détour et située tout près.

Les gens? Exactement comme dans le film. Allez vous commander une frites-fricadelle à la friterie de Bergues et vous êtes quitte pour plusieurs heures de discussion. «Vous êtes Québécois? Et le film joue chez vous? Non! C'est pas possible! Hé! Ho! Y'a un Canadien ici! Et il dit que le film joue là-bas!»

Et voici la terrasse complète qui se retourne vers vous. Le grand sujet de conversation: Bergues... et le film qui l'a mis sur la carte. «Vous savez, dans le film, quand ils sont ivres et qu'ils font du vélo? Et bien, ils n'avaient pas besoin de jouer la comédie», lance une dame avec un clin d'oeil. «Et le grand, là, qui faisait pipi dans les canaux? Eh bien! il faisait pipi», renchérit une autre.

Mais quelque chose cloche dans tout ça. L'accent. Vous ne parlez pas comme dans le film. Quelques regards gênés. «On n'est pas vraiment en pays ch'ti, ici, m'expliquera finalement quelqu'un. Bergues, c'est la Flandre. Pour l'accent, faudrait aller vers Roubaix. Ou Valenciennes.»

Ah bon... Et pourquoi le film a été tourné ici, alors? «Parce qu'ici, c'est joli», crie quelqu'un. «Et qu'on est les plus sympas», entend-on encore.

Pour ça, pas de doute. Et pour entendre l'accent, eh bien, on regardera de nouveau le film.

Les frais de ce voyage ont �©t�© pay�©s en partie par la Maison de la France. Transport assur�© par Air Transat.