Il y a eu Katrina. Puis les marées noires du golfe du Mexique. Dans les quartiers historiques de La Nouvelle-Orléans, pourtant, le bon temps continue de rouler. Et comme les produits de la mer de la Louisiane sont aujourd'hui les plus testés au monde, on les trouve toujours en abondance sur presque toutes les tables. Séjour dans la «Big Easy» et dans les environs.

Mis à jour le 28 mars 2011
Simon Chabot LA PRESSE

JOUR 1

9h

Beignets au Café du monde

Le Café du monde sert chaque jour des milliers de «beignets», le plus souvent avec un café au lait. Il faut voir le flot incessant de serveurs en uniforme sortir de la cuisine avec un plateau rempli de beignets, un met classique de La Nouvelle-Orléans qui, malgré son nom français, n'a aucun de lien de parenté avec la France. Ces carrés de pâte frite recouverts d'une épaisse couche de sucre à glacer sont en fait une variante de sopapilla, un plat latino-américain arrivé en Louisiane par le Texas et dont le nom a été traduit à l'initiative de relationnistes dans les années 60. Pas français, soit, mais très représentatifs de ce mélange de culture qui a donné son charme à la ville.

800, rue Decatur, 504-525-4544, www.cafedumonde.com

10h

Promenade dans Le Vieux carré

C'est le plus connu et le plus touristique des quartiers de La Nouvelle-Orléans, que traverse Bourbon Street, où tous les excès sont tolérés, voire encouragés. Tôt le matin, il n'est pas rare de croiser des oiseaux de nuit imbibés qui cherchent des bars encore ouverts. Au sud, la rue Royale est plus calme. Des musiciens - un banjo, un harmonica ou un violon à la main - jouent leurs airs ici et là. On peut se procurer un «autoguide» au centre touristique (529, rue Sainte-Anne) pour voir les plus marquants des immeubles historiques, dont le couvent des Ursulines, construit au XVIIIe siècle par les Français (1100, rue de Chartres).

Midi

Gumbo au marché

Le marché aux puces, angle des rues de Chartres et Decatur - à l'est du French Market, abrite des stands alimentaires qui servent pour quelques dollars des plats locaux, comme du gumbo (sorte de soupe épaisse d'écrevisses et de poisson, servie avec du riz) ou des frites de patates douces. C'est gras, c'est salé, mais savoureux. Avant de poursuivre l'exploration des quartiers historiques, on peut faire comme beaucoup de passants: acheter une canette de bière dans un magasin général. Elle est vendue avec un petit sac de papier brun, ce qui permet de la boire en déambulant sous les balcons de fer forgé ou en magasinant ici et là.

14h

Le tramway

Trois lignes de tramway, fort jolies, sillonnent les rues de la ville. Peu importe la ligne, pour monter à bord, rendez-vous dans Canal Street, à l'extrémité ouest du Quartier français. La ligne de la rue Saint-Charles mène au Garden District, avec ses belles demeures du Sud. Le passage ne coûte que 1,25$. Idéal pour se reposer les jambes. Au retour, on peut faire un détour par les rives du Mississippi, facilement accessibles près du French Market. Entrepôts, quais, barges, base de la Marine... les industries ont pris d'assaut le célèbre fleuve. Non loin de là, un traversier gratuit transporte les piétons sur l'autre rive, à Algiers Point.

18h

Sur le pouce

«Un Po-boy, quelqu'un?» On peut goûter ce sous-marin local dans de nombreux petits cafés à peu près partout en ville. Il est souvent préparé avec des crevettes servies dans une sauce à base de Worcestershire. Pas trop envie? On trouve aussi ici et là de la pizza et des muffulettas, immenses sandwichs de charcuterie italiens fort populaires à La Nouvelle-Orléans.

19h

Défilé décadent

La Nouvelle-Orléans est célèbre notamment pour ses défilés du Mardi gras, qui prennent d'assaut différents quartiers de la ville début mars. Lors de notre passage, la Krewe du Vieux a défilé dans les rues avec ses chars anticonformistes, qui ridiculisaient Sarah Palin ou BP. En début de parcours, la foule était bon enfant. Les gens du quartier se reconnaissaient, qui dansant sur le trottoir, qui costumé sur un char allégorique. À mesure que les chars progressaient, la foule devenait toutefois plus dense, jusqu'à devenir étouffante dans le coeur du Vieux carré. La tradition veut que les participants lancent des colliers de perles de plastique aux spectateurs les plus enthousiastes, ce qui pousse certains à afficher fièrement, euh... certaines parties de leur anatomie.

21h

Frenchmen Street

Le faubourg Marigny, première banlieue de La Nouvelle-Orléans, borde le Vieux carré à l'ouest. La rue de l'Esplanade, qui sépare les deux quartiers, a du charme avec ses immenses arbres. Et pour prendre un verre en écoutant de l'excellente musique, il suffit de franchir les quelques pas qui mènent à Frenchmen Street. Dès 16h et jusqu'à tard dans la nuit, le Spotted Cat ou l'Apple Barrel accueillent chaque soir des musiciens (folk, bluegrass, country, jazz). L'entrée est en général gratuite.

Spotted Cat: 623, Frenchmen Street, www.spottedcatmusicclub.com Apple Barrel: 609 Frenchmen Street

JOUR 2

9h

Jazz chez les «deux soeurs»

Le café The Court of Two Sisters propose tous les jours, dans sa jolie cour ombragée, des brunchs musicaux où le jazz est à l'honneur. Comme la riche cuisine du Sud. Le buffet impressionne avec ses dizaines de plats: bananes frites, grits (gruau de maïs), omelette aux fruits de mer, etc. Beaucoup de fruits et de légumes aussi... une rareté dans de trop nombreux restos.

613, rue Royale, 504-522-7261 ou www.courtoftwosisters.com

11h

Option 1: la plantation

Pendant de longues années, la culture de la canne à sucre a enrichi les grands propriétaires terriens du sud de la Louisiane. Les plus prospères d'entre eux dirigeaient d'immenses plantations, où travaillaient des centaines d'esclaves. Beaucoup de ces plantations ont aujourd'hui disparu, mais d'autres ont été magnifiquement restaurées. Houmas House, à Darrow (environ une heure de route), mérite à elle seule la location d'une voiture. Les guides qui accueillent les visiteurs incarnent tous des résidents de l'époque. Judy, par exemple, fait l'esclave avec une énergie et une bonne humeur contagieuses, jusqu'à s'installer au piano pour chanter. Après la visite, on peut se promener entre les chênes plusieurs fois centenaires des jardins, puis manger sur place. Le restaurant Latil's Landing est l'une des meilleures tables de la Louisiane.

40 136, route 942, Darrow, 225-473-7841, www.houmashouse.com

Option 2: le bayou

Des cyprès à perte de vue, un gigantesque réseau de canaux... et des alligators! Bienvenue dans le bayou d'Atchafalaya, les plus grands de la Louisiane. Rien de tel pour en faire le tour que d'embarquer sur un bateau. McGee's Landing, à Henderson (à deux heures de route), propose des croisières sur le bayou dans de longues embarcations (20$ par adulte - réservations recommandées) ou des bateaux à hélice. On est ici chez les Cajuns, donc beaucoup de guides parlent français, et comme ils connaissent le bayou comme le fond de leur poche, ils savent où vivent les plus gros «cocodries» !

1337, Henderson Levee Road, Henderson, 337-228-2384, www.mcgeeslanding.com

20h

Chez Antoine ou Arnaud

Si vous choisissez de rentrer à La Nouvelle-Orléans pour le repas du soir, essayez l'un des deux plus vieux restaurants du Vieux carré. La cuisine des restaurants Antoine ou Arnaud est coûteuse et pas d'un raffinement à tout casser. N'empêche, et ça vaut le coup, les deux restos comptent des dizaines de salons privés, décorés à l'ancienne, qu'on peut demander à visiter. Chaque pièce a ses histoires, parfois fascinantes. Le salon Rex du Antoine, par exemple, est réservé en priorité au commanditaire annuel du plus important défilé du Mardi gras. La pièce est ornée des portraits de tous les «rois» de La Nouvelle-Orléans, en noir et blanc, tradition oblige.

Antoine: 713, rue Saint-Louis, 504-581-4422, www.antoines.com Arnaud: 813, rue Bienville, 504-523-5433, www.arnaudsrestaurant.com

Les frais de voyage de ce reportage ont été payés en partie par Travel South.