La soirée est très avancée, mais le soleil brille encore haut dans le ciel. Il ravive les couleurs des façades de bois des commerces qui bordent Front Street.

Marie Tison LA PRESSE

Des jeunes savourent une crème glacée, assis devant la crémerie, leurs vélos affalés sur le trottoir de bois. De l'autre côté de la rue, quelques touristes déambulent le long du fleuve Yukon.

Dawson City. Un nom qui faisait rêver les chercheurs d'or.

En 1898, Dawson comptait plus de 30 000 habitants. Front Street était noire de monde à toute heure du jour et de la nuit. Plus de 25 saloons accueillaient les assoiffés. Derrière les bâtiments de Front Street, les demoiselles de Paradise Alley accueillaient les solitaires.

La découverte d'or à Nome, en Alaska, en 1900 a presque vidé la ville.

De 1950 à 1990, la population a oscillé de 750 à 950 personnes.

Et puis, la ville a connu un renouveau, grâce notamment au tourisme. Elle compte maintenant 1800 habitants, dont un grand nombre de jeunes adultes qui, comme les mineurs d'antan, recherchent l'aventure.

Pour retrouver la trace des chercheurs d'or, je me joins à une visite guidée organisée par Parcs Canada. Notre guide, Fred, coiffé d'un chapeau melon, nous concocte une petite tournée à pied un brin impertinente...

Nous commençons, honorablement, par une visite à la banque. Bâtie en 1899, la Banque de l'Amérique du Nord britannique a pesé et évalué une bonne partie de l'or extrait des rivières et des ruisseaux de la région.

L'arrêt suivant est un peu moins orthodoxe. Ruby's Place, officiellement une maison de chambres, officieusement une maison close, a été en activité jusqu'en 1961. Les habitants de Dawson faisaient semblant de ne rien voir, Ruby ayant l'habitude de faire de généreuses contributions aux bonnes oeuvres de la ville. Mais les politiciens d'Ottawa ont fini par se mêler du dossier et ont fait fermer l'institution.

Parcs Canada a rénové les façades de style far west de plusieurs bâtiments historiques à Dawson et a utilisé les vitrines pour exposer des artefacts. Mais les fonds ont manqué pour retaper les intérieurs. Subrepticement, Fred nous permet de jeter un coup d'oeil à l'intérieur un peu délabré de Ruby's Place. Plusieurs épaisseurs de papier peint se décollent en lambeaux, nous permettant de remonter le temps, couche après couche.

Parcs Canada a rénové le bâtiment qui suit dans notre visite, le Red Feather Saloon. On a même reconstitué le bar à partir de photos d'époque. Pour un peu, on entendrait le brouhaha d'une soirée bien arrosée.

Après la banque, le bordel et le saloon, où aboutissons-nous? Chez le croque-mort, bien sûr! Toutefois, pas de corps en vue.

Je visite par moi-même un des cimetières en bordure de la ville, afin de boucler la boucle et de méditer sur le sort de ces aventuriers du passé. Le temps a toutefois effacé les noms sur les planches de bois qui font office de pierres tombales.

En revenant au centre-ville, je constate que quelques bâtiments de Dawson sont dans un triste état, ce qui confère une authenticité certaine à la ville. Derrière les fenêtres condamnées, je pourrais presque deviner un fantôme ou deux.

Les voilà, mes chercheurs d'or!

<b>Bienvenue à Dawson City</b>

Pour se rendre à Dawson City, on peut prendre l'avion pour Whitehorse et louer une voiture ou un véhicule récréatif pour parcourir les 500 km de route entre les deux villes.

>En été, les chambres d'hôtel trouvent vite preneur. Il faut absolument réserver.

>Le nombre d'activités à faire à Dawson est impressionnant. Il faut commencer sa visite au Centre des visiteurs du gouvernement du Yukon pour bien planifier son séjour.