Terre-Neuve est incomparable. Rien ne lui ressemble. La province aux paysages rudes, aux caps abrupts et aux plages de roches a des allures de bout du monde...

Cette île rocailleuse située à l'extrémité nord-est de l'Amérique est unique. Unique aussi pour sa température. Les jours gris et brumeux sont fréquents à Terre-Neuve. On a beau aimer la nature, les grands espaces pleins d'infini, on a beau se passionner pour la mer, ses caps et ses phares, aimer Terre-Neuve pour ses baleines, ses icebergs et ses colonies d'oiseaux, n'empêche que le temps brumeux de la province devient triste et ennuyant s'il colle au paysage plusieurs jours d'affilée. Mais dès que le soleil se montre, colorant le ciel d'un bleu impeccable, une énergie incroyable s'empare des lieux. Tout se dessine avec pureté. La rencontre des falaises avec la mer devient magistrale... Les phares érigés sur les promontoires rocheux éclatent de blancheur. Les enfants sortent des maisons en courant, les chiens aboient, les vêtements flottent au vent sur les cordes à linge... Et les Terre-Neuviens vous sourient au passage. Bienvenue à Terre-Neuve-et-Labrador...

 

Terre-Neuve se distingue aussi des autres provinces par son histoire. Comme elle est située proche du continent européen, elle a été l'un des premiers endroits du Nouveau Monde à être connus de l'Europe. Les Vikings sont venus dans l'île vers l'an 1000. Au XVe siècle, les Basques sont venus pêcher la morue dans ses bancs et chasser la baleine dans le détroit de Belle-Isle.

C'est finalement à l'Italien Jean Cabot, qui naviguait pour le compte de l'Angleterre, que l'on doit la découverte de Terre-Neuve en 1497. Il se serait arrêté le jour de la Saint-Jean dans le havre naturel qui se trouvait sur sa route. De là, croit-on, l'origine du nom donné à ce lieu qui allait devenir la capitale de cette terre neuve, que Jean Cabot baptisa «terre des morues». Puis, on connaît la suite : Français et Anglais se disputèrent le contrôle de Terre-Neuve pendant quelques siècles. Constituée en Dominion et gérée par la Grande-Bretagne après la création de la Confédération canadienne en 1869, Terre-Neuve fut la 10e province à se joindre au Canada en 1949 et son nom officiel devint Terre-Neuve-et-Labrador en 2001.

Sur la route des Vikings

Mon périple débute à Deer Lake, sur la côte ouest de Terre-Neuve. Cette côte est façonnée sur sa longueur par les monts Long Range, chaîne de montagnes qui forme l'extrémité nord des Appalaches.

On rejoint la ville de Deer Lake par la route transcanadienne qui traverse l'île d'est en ouest à partir de Saint-Jean, la capitale. Mais pour éviter les 650 kilomètres de route qui séparent les deux villes, il est possible de prendre un vol intérieur de Saint-Jean jusqu'à Deer Lake. C'est ici que débute la route 430, nommée Viking Trail, une route panoramique qui épouse toute la côte ouest jusqu'au Labrador : 450 kilomètres de paysages spectaculaires qui dominent la partie la plus profonde du golfe Saint-Laurent.

De Deer Lake, on arrive en moins d'une heure au parc national Gros-Morne, qui est probablement l'endroit le plus impressionnant de Terre-Neuve. Il doit son nom au Gros-Morne, le plus haut sommet du parc, qui atteint 806 mètres d'altitude. Ce parc de 1805 kilomètres carrés est constitué de fjords, de lacs, de hauts plateaux, de dunes côtières, de tourbières et de forêts boréales. Mais ce qui fait sa particularité, c'est qu'il a été formé par le glissement des plaques tectoniques. Avec son relief spectaculaire, Gros-Morne est un témoignage éloquent de la dérive des continents qui, selon les spécialistes, avancent toujours de 10 centimètres par année. La plupart des paysages du parc ont d'ailleurs été sculptés par le retrait des glaciers.

À cause de sa géologie unique, le parc a été désigné Site du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1987. «Deux sites ont été reconnus par l'UNESCO à Terre-Neuve-et-Labrador, explique Laura Walbourne, la représentante du tourisme de la région : celui du parc national Gros-Morne et de l'Anse-aux-Meadows, à l'extrémité de la péninsule Nord de Terre-Neuve, où l'on trouve des traces du passage des Vikings... Et deux autres sites sont à l'étude : ceux de Port-au-Choix, à Terre-Neuve, et de Red Bay, au Labrador. C'est tout à fait exceptionnel pour une seule province», remarque-t-elle.

Le parc national Gros-Morne est reconnu pour la beauté de ses vallées glaciaires, dont celle de Western Brook, au nord du territoire, qui est la plus impressionnante. Il s'agit d'un fjord d'eau douce de 16 kilomètres de long, bordé de falaises âgées de milliards d'années et hautes de plus de 680 mètres. Un bateau y emmène les visiteurs pour une excursion de deux heures et demie, lorsque les conditions climatiques le permettent (www.bontours.ca). Au sud du parc se trouve également un autre fjord d'eau douce, celui de Trout River, long de 15 kilomètres, qu'il est aussi possible de découvrir en bateau d'excursion.

Le parc national Gros-Morne est exceptionnel pour sa grande diversité de plantes (700), d'espèces d'oiseaux (239), ses nombreux fossiles, ses ours noirs, ses castors, ses caribous, ses renards roux et ses orignaux. «Le territoire abrite une population d'environ 5000 orignaux, explique Sébastien Caty, guide au parc national Gros-Morne. Il y a plus d'orignaux à Terre-Neuve (125 000) qu'il y a d'habitants dans la capitale Saint-Jean (100 000)», explique-t-il. D'ailleurs, Terre-Neuve est la seule province canadienne où vous pouvez trouver de la viande d'orignal au menu des restaurants.

Même le simple casse-croûte offre le Moose Meat Burger. Soit dit en passant, on trouve d'excellents restaurants à Terre-Neuve, qui offrent une cuisine à base de poissons et fruits de mer. Il est amusant aussi de s'arrêter dans les casse-croûtes au bord de la route, pour y découvrir la créativité des Terre-Neuviens en matière de fast food. On peut y commander les Newfie Dogs (hots dogs géants), les Shrimp Boat, les Scallop Boat et autres curiosités du genre...

Paradis extérieur

Le parc est pourvu de cinq terrains de camping totalisant 280 emplacements. On y trouve plus de 100 kilomètres de sentiers pour la randonnée pédestre, allant de la simple balade d'une demi-heure à la traversée des monts Long Range qui exige trois jours de marche. On peut aussi y faire de la pêche, de la baignade, des excursions en kayak ou encore des activités d'interprétation en compagnie de guides qui nous expliquent la géologie du parc, nous parlent des plantes et des animaux... À Woody Point, dans le secteur sud (qu'on rejoint par la route 431), le centre de découvertes renseigne le visiteur sur plusieurs aspects du territoire; il y verra des maquettes, des montages vidéo, des expositions d'artistes locaux et une carte géante du parc.

Prenez le temps de flâner à Woody Point, un sympathique petit village qui a été rebâti après qu'un incendie, en 1922, ait dévasté plus d'une cinquantaine de bâtiments. On y trouve un beau phare, un quai pour les gros navires et quelques édifices anciens, tel le vieux magasin général.

À Rocky Harbour, on visite le phare Lobster Cove Head et l'exposition sur l'histoire du peuplement de la côte, qui est présentée dans la maison du gardien. Du phare, un sentier mène à une longue et belle plage rocailleuse. Le village de Norris Point offre une magnifique vue sur le mont Tablelands, au sud du parc, qui s'éclaire de diverses couleurs lorsque le soleil se met de la partie. On y visite également une petite station marine qui sert de centre de recherche.

En route vers le Labrador

De splendides paysages défilent sur la route jusqu'à Port-au-Choix, un village de pêcheurs qui fut autrefois fréquenté par les pêcheurs basques. Au Lieu historique national Port-au-Choix, qui est situé à 15 kilomètres de la route 430, on peut voir une exposition d'artefacts des peuples qui ont vécu dans la région avant l'arrivée des Européens (Inuits de culture Dorset, entre les années 200 et 600 et une nation autochtone «archaïque maritime» qui remonte à 2000 ans av. J-C.).

Un traversier fait la navette dans le détroit de Belle-Isle, entre St-Barbe et Blanc-Sablon, le dernier village du Québec sur la Côte-Nord, situé à la frontière du Labrador. La traversée dure environ une heure et demie. Quelle chance j'ai eue, dans un précédent voyage qui avait eu lieu à la fin août, d'y voir dériver un iceberg et deux baleines à bosses se donner en spectacle! Oui, tout un spectacle...

Au Labrador, la route 510 défile devant des paysages côtiers rudes et austères, traverse les villages de l'Anse-au-Clair, L'Anse-Amour, où se trouve le plus haut phare des provinces atlantiques. Du haut de ses 120 marches, vous aurez une vue superbe sur le détroit de Belle-Isle et si la chance est de votre côté, vous y verrez baleines et icebergs. Après l'Anse-au-Loup, voici Red Bay, un village d'à peine 300 habitants, qui ressemble à n'importe quel village nord-côtier, avec son église, son garage, sa boutique de souvenirs et son épicerie qui vend des aérosols et des filets pour se protéger des moustiques. Mais ce qui en fait un lieu unique, c'est son grand musée, le Lieu historique national de Red Bay, où est relatée l'histoire du Labrador au XVIe siècle et particulièrement celle de Red Bay, qui a été au cours de ce siècle le plus important port de pêche pour les baleiniers basques. C'est à Red Bay qu'est née la première industrie en Amérique du Nord; chaque année en effet, on y produisait jusqu'à 20 000 tonneaux d'huile de baleine qui servait de combustible pour éclairer l'Europe. Les archéologues ont trouvé à Red Bay des navires basques et sur l'île Saddle, en face du village, ils ont mis au jour des vestiges de tonnellerie, plates-formes de dépeçage ainsi qu'un cimetière de plus de 60 sépultures basques. L'endroit est fort intéressant à visiter.

Pour plus d'infos : www.new foundlandlabrador.com

Le parc national Gros-Morne est reconnu pour la beauté de ses vallées glaciaires, dont celle de Western Brook

Au pays des mummers

Toc, toc, toc... Laissez-vous entrer les mummers? Entre le 26 décembre et la fête des Rois, les Terre-Neuviens se déguisent (les femmes en hommes et les hommes en femmes), parcourent les quartiers en faisant tinter le ugly stick, un bâton auquel sont attachés des clochettes et des objets qui font du bruit. On les appelle les mummers. Ces fêtards vont d'une maison à l'autre, frappent aux portes, entrent dans les cuisines, jouent des instruments de musique, dansent et chantent jusqu'à ce qu'on les démasque. On leur sert un gâteau aux fruits accompagné d'un p'tit boire. Si les hôtes ne parviennent pas à les démasquer, ils doivent les suivre dans leur tournée festive.

Le mummering est une tradition qu'auraient apportée les Britanniques venus s'installer à Terre-Neuve. Traditionnellement, un mummer était quelqu'un qui gardait le silence. Les mummers étaient des mimes ou des acteurs qui faisaient des spectacles silencieux. À partir du XVIe siècle, les Britanniques ont commencé à utiliser ce terme pour désigner les gens qui se déguisent en faisant du porte-à-porte durant le temps de Noël. Le mummering se pratique dans plusieurs endroits à Terre-Neuve.