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Le Japon veut attirer les touristes musulmans

Alors, un nombre croissant d'établissements ont commencé à... (Photo Yoshikazu TSUNO, AFP)

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Alors, un nombre croissant d'établissements ont commencé à adapter la cuisine japonaise, le «washoku» récemment honoré par l'UNESCO, tandis qu'aéroports et hôtels offrent de plus en plus de salles de prières.

Photo Yoshikazu TSUNO, AFP

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Jacques LHUILLERY
Agence France-Presse
TOKYO

Début juin s'est tenu un étonnant congrès dans un hôtel de Tokyo: devant un parterre de Japonais prenant force notes, des industriels malaisiens et des savants japonais de la «chose islamique» ont disserté toute une journée sur la question «qu'est-ce que le halal?»

Le Japon ne compte qu'une infime communauté musulmane - moins de 100 000 personnes environ sur 126 millions de Japonais, pas un gros marché donc -, mais a pourtant décidé de devenir «muslim friendly» pour attirer les touristes du Sud-est asiatique, notamment d'Indonésie et Malaisie.

Il les veut d'autant plus, ces voyageurs argentés qu'il veut éviter de trop dépendre du tourisme chinois toujours sensible aux tensions politiques sino-japonaises.

De plus après un record de 10 millions de touristes en 2013, le pays vise désormais la barre des 20 millions en 2020... quand il accueillera les Jeux Olympiques.

Alors, un nombre croissant d'établissements ont commencé à adapter la cuisine japonaise, le «washoku» récemment honoré par l'UNESCO, tandis qu'aéroports et hôtels offrent de plus en plus de salles de prières. Certains hôtels fournissent même un tapis de prière et, dans les chambres, la direction de la Mecque est indiquée.

Dix-neuf universités se sont aussi mises au halal dans les cafeterias pour attirer des étudiants musulmans.

Autre signe: pour la première fois une banque japonaise, la Bank of Tokyo Mitsubishi UFJ, s'est lancée en juin dans la finance islamique en Malaisie avec une émission de bons «sukuk», conforme au Coran, d'un demi-milliard de dollars.

De l'art de la pédagogie halal

«Par rapport à mon arrivée au Japon en 1982, il y a nettement plus de mosquées, de salles de prières, et d'endroits où manger halal», confirme à l'AFP Samir Abdel Hamid, un professeur de théologie d'une université de Kyoto.

«Les voyageurs musulmans ne se sentent pas encore à l'aise ici, et le gouvernement japonais l'a compris», explique à l'AFP Datuk Ibrahim Haji Ahmad Badawi, patron de la compagnie alimentaire malaisienne Brahim's.

Du coup, en 2013, une vingtaine de régions japonaises ont organisé des séminaires pour sensibiliser hôteliers et restaurateurs. La Chambre de commerce d'Osaka a ainsi distribué 5000 brochures expliquant notamment les interdits alimentaires (porc, alcool).

Quelques agences de voyages, telles Miyako International Tourist, organisent même des «séjours muslim friendly».

Depuis juillet 2013, Tokyo a en outre supprimé le visa d'entrée pour la Malaisie et la Thaïlande. Pays musulman le plus peuplé du monde, l'Indonésie va suivre.

Visiblement, ça marche: selon l'Office japonais du tourisme, l'archipel a accueilli en 2013 37% d'Indonésiens et 21% de Malaisiens de plus qu'en 2012.

Le Japon se tourne d'autant plus vers cette  Asie du Sud-est en plein boom qu'elle cherche aussi à s'en rapprocher politiquement pour faire pièce à l'hégémonie chinoise.

Le marché japonais semble suffisamment prometteur pour que certains se mettent maintenant à produire halal. En mars, un fabricant de sauce au soja a mis au point avec un chercheur universitaire une sauce sans alcool. Certifiée halal par l'Association Halal Japon Asie, cette sauce pourrait être exportée.

Et si le halal nippon s'exportait

Au nord du pays, un groupe d'agriculteurs, «Feed Innovation», s'est lancé dans le riz halal. En août 2013 son riz «Akita Komachi» a été certifié et depuis la société fournit des aéroports ainsi que de nombreux hôtels et restaurants. Son patron, Koki Sato, table sur une production de 20 tonnes cette année et pense déjà à l'export lui aussi.

Plus curieux: au cas où des touristes musulmans seraient tentés de goûter de la baleine, spécialité ô combien polémique, le principal navire baleinier japonais, le Nisshin Maru, a même été certifié halal fin 2013.

Fondée en 2010 l'Association Japan Halal est l'une des deux organisations habilitées au Japon à délivrer des certificats de conformité halal.

«Nous sommes membres associés du Conseil Halal Mondial. Depuis 2012, nous avons délivré des certificats à une quarantaine d'entreprises, et ça monte beaucoup cette année, surtout depuis que l'an passé les Jeux Olympiques 2020 ont été attribués à Tokyo», explique à l'AFP la présidente de la JMA Hind Hitomi Remon.

Le patron de Brahim's fait le même constat: «vous imaginez le nombre d'athlètes musulmans qui vont alors venir à Tokyo? Il va falloir les nourrir». Certains hôtels, dit-il, ont déjà approché sa compagnie et Brahim's vient de signer un contrat avec la compagnie aérienne nippone ANA.

«On vient uniquement pour faire des affaires, je ne suis pas un missionnaire!» ajoute-t-il dans un éclat de rire.

Pour lui c'est clair: après un «démarrage lent», les Japonais vont produire du halal et sont décidés à pénétrer sur un marché mondial qui pèse environ 600 milliards de dollars.

À son petit niveau Roger Bernard Diaz, un solide Sri-lankais catholique romain, a lui aussi «viré» halal non par conviction religieuse, mais sens des affaires. Depuis 27 ans à Tokyo, il a «converti» il y a trois ans son petit restaurant dans le quartier chic de Roppongi, après 18 ans de yakiniku tout ce qu'il y a de japonais (viandes grillées).

Il ne regrette pas et affirme recevoir de plus en plus de réservations d'Asie du sud-est, et même du Golfe.

«Mais c'est dur de trouver tous les ingrédients», dit-il en sortant d'un congélateur spécial du poulet halal brésilien.

Bon, il confesse qu'il fait du 50/50: moitié clients halal, moitié clients habituels: «c'est dur de faire des affaires ici sans vendre d'alcool».




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