Que vous soyez en quête d'air frais, d'un répit du chaos indien, des clés du nirvana ou d'un peuple opprimé à sauver, Mcleodganj-Dharamsala, en Inde, est une destination de choix.

Frédérick Lavoie, collaboration spéciale LA PRESSE

Dharamsala, c'est l'Inde, mais pas vraiment. Fraîche en été, peu densément peuplée comparativement au reste du pays, populaire auprès des voyageurs occidentaux, cette municipalité de l'État de l'Himachal Pradesh est surtout depuis un demi-siècle la terre d'accueil de 80 000 réfugiés tibétains, dont leur guide spirituel, le dalaï-lama.

Ne vous trompez pas. Lorsque, au petit matin, le contrôleur de l'autocar annoncera l'approche de Dharamsala, il ne s'agit pas de votre point de chute. À moins que vous teniez à revivre encore une fois les joies et les peines d'un bazar poussiéreux à l'indienne, comme vous en aurez déjà vu plusieurs depuis votre arrivée en Inde. Non, là où vous voulez aller, à n'en point douter, c'est dans le village de Mcleodganj, capitale du gouvernement tibétain en exil, en banlieue de Dharamsala. Prenez votre mal de coeur en patience, il ne reste que 10 km de route serpentine à gravir et vous y êtes. Et si jamais votre bus a pour terminus Dharamsala, l'un des nombreux bus locaux vous mènera à bon port.

La concurrence féroce entre les quelques chauffeurs de taxi qui se bousculent à l'arrivée des cars est la seule trace d'agressivité liée à la manne touristique qu'on retrouve à Mcleodganj. Pour le reste, les commerçants - à majorité des Tibétains, mais aussi plusieurs hindous - n'ont pas pris cette mauvaise habitude que peuvent avoir leurs confrères ailleurs au pays de vous harceler jusqu'à la crise de nerfs (la vôtre) pour vous vendre une quelconque pacotille. Occupés à confectionner leur artisanat, ils vous laisseront généralement le soin de juger par vous-même du collier ou de l'habit qui vous convient, plutôt que de tenter de vous l'imposer.

Cela explique probablement pourquoi les étrangers chérissent Mcleodganj. Mais seulement en partie. Car il y a plus à faire ici que de simplement remplir d'écharpes multicolores pour votre mère les derniers recoins d'un sac à dos déjà trop plein.

Tourisme politique

Côté politique, les exilés tibétains organisent quotidiennement des activités pour conscientiser les visiteurs à leur cause: manifestations, projections de films documentaires ou hollywoodiens, séances d'information, ou encore des soirées témoignage avec des réfugiés.

C'est ainsi que dans une salle exiguë, Lobsang, ancien moine dans la capitale tibétaine Lhassa, raconte les tortures et humiliations qu'il a subies durant les cinq années qu'il a passées dans les geôles chinoises et la longue marche qui l'a mené à la frontière sino-népalaise, ainsi que son arrivée à Katmandou, où un centre pour réfugiés l'a aidé à gagner l'Inde.

Depuis l'exil du dalaï-lama en 1959, moment où l'occupation chinoise s'est transformée en répression sanglante, ils sont des milliers à avoir fait le même parcours périlleux à travers les cols himalayens.

Au temple Tsuglag Khang, un édifice sans artifices situé dans le complexe où habite le chef spirituel, on devine que plusieurs des vieux fidèles venus méditer font partie de la première vague d'immigration. Octogénaires, voire nonagénaires, le visage éclatant, buriné par l'histoire tragique de leur petit peuple, ils y passent l'après-midi, presque en transe, à faire tourner leur moulin à prières ou à égrener un chapelet.

Près de la grande statue de Bouddha, les moines tibétains - ou étrangers, pour certains -, vêtus de leur robe safran caractéristique, attendent patiemment le début des prières et des chants. Lorsqu'il n'est pas en déplacement à l'extérieur du pays, le 14e dalaï-lama, prix Nobel de la paix, vient donner des leçons de bouddhisme tibétain dans le temple. Certaines d'entre elles sont spécialement destinées aux étrangers, qui peuvent alors bénéficier d'une traduction simultanée en différentes langues.

Ils sont d'ailleurs nombreux à venir à Dharamsala spécifiquement pour découvrir la spiritualité tibétaine. D'autant plus que, depuis juin, le gouvernement chinois a décidé d'interdire pour une énième fois l'accès au Tibet aux touristes étrangers.

Si chaque nouveau réfugié a droit à une audience avec le guide, les non-Tibétains ont beaucoup moins de chance de le rencontrer en tête-à-tête, autrement qu'en assistant à ses leçons (à moins d'être une personnalité importante). N'empêche, de nombreux Occidentaux, Japonais et autres étrangers passent plusieurs mois à Dharamsala pour se familiariser avec le bouddhisme, la méditation, le yoga, ou pour apprendre le tibétain ou le hindi.

Certains prêtent également main-forte à la diaspora, en faisant du bénévolat auprès des nouveaux réfugiés tibétains, notamment pour leur enseigner les langues étrangères, afin qu'ils puissent mieux faire connaître leur message au monde extérieur.

Il y a donc plusieurs raisons de passer ou de s'arrêter longuement sur cette terre d'exil. Et c'est sans parler des paysages majestueux qui vous y attendent chaque matin au réveil, en entrouvrant le rideau de votre chambre d'hôtel à flanc de montagne.

Photo Frédérick Lavoie, collaboration spéciale

Fraîche en été, peu densément peuplée comparativement au reste du pays, populaire auprès des voyageurs occidentaux, Dharamsala est surtout la terre d'accueil de 80 000 réfugiés tibétains.