Tout le monde rêve de visiter la Grande Muraille de Chine, mais beaucoup de visiteurs sont déçus, une fois sur place, de découvrir un endroit où les autocars de touristes font la file... Notre journaliste a parcouru une portion moins touristique du mur. Récit d'une visite de la Grande Muraille, version sportive.

Valérie Simard LA PRESSE

«Avant, c'était des escaliers. On arrive trop tard.»

Cinq cents ans trop tard. Derrière notre guide, nous tentons de nous frayer un chemin à travers les herbes, fleurs et arbustes qui occupent aujourd'hui cette partie non restaurée de la Grande Muraille de Chine. Nous sommes loin de la très populaire Badaling, la portion la plus touristique du mur.

La quiétude qui règne sur la section du mur de Zhuangdaokou, près de Huanghuachen, à 75 km de Pékin, surprend. Outre les membres de notre groupe, aucun autre touriste en vue. Sommes-nous vraiment sur la structure la plus courue de Chine? Un endroit visité chaque année par des millions de touristes?

Contrairement à Badaling, Zhuangdaokou est peu visitée et n'est restaurée seulement qu'en partie. «Nous n'allons jamais à Badaling, dit Milicent Thapa, guide pour Beijing Hikers, une petite entreprise qui propose chaque semaine des randonnées d'une journée sur la Grande Muraille. Les gens vont là-bas en talons hauts! Et il y a beaucoup trop de monde. Pourquoi voudrait-on se sentir comme dans le métro de Pékin à l'heure de pointe?»

À partir de Zhuangdaokou, nous accédons au mur en traversant de charmantes plantations de marrons. Le sentier n'est pas toujours clairement défini. Un guide local nous accompagne pour ouvrir la route et négocier, au besoin, notre passage avec les fermiers du coin. Puisque la culture de la randonnée n'est pas encore très développée en Chine, plusieurs propriétaires refusent de voir les visiteurs passer sur leur terrain, souvent par crainte du vandalisme.

S'il peut être tentant de partir à l'aventure seul, il demeure donc préférable d'être accompagné d'un guide. Les cartes des sections moins fréquentées du mur sont par ailleurs peu détaillées et il est parfois difficile de savoir quels segments de la muraille, qui s'étend du désert de Gobi à la mer de Bohai, sont ouverts ou non aux touristes.

Grimper une section non restaurée de la Grande Muraille n'est pas un exercice facile. Mais, Mao n'a-t-il pas dit: «Qui n'est jamais allé à la Grande Muraille n'est pas un vrai homme» ?

La section de Zhuangdaokou a été construite sous la dynastie des Ming (1368 - 1644). Aujourd'hui, les escaliers escarpés tombent en ruine ou sont tout simplement disparus, grugés par l'érosion. La nature y a repris ses droits. Entre les tours d'observation, seul un étroit sentier serpente à travers une dense végétation. Et si, comme c'est souvent le cas, la journée est brumeuse et pluvieuse, la surface de pierre devient extrêmement glissante. Lorsqu'on doit passer au bord du mur, effrité par endroits, l'exercice devient périlleux.

Après avoir quitté le mur, nous faisons un arrêt dans un village fortifié. Baraquements pour les soldats pendant la dynastie des Ming, l'endroit a été converti en petit village où vivent les descendants d'un groupe originaire de la province du Shandong qui a suivi l'empereur Wanli jusqu'à Pékin.

Plusieurs autres randonnées d'un ou de plusieurs jours sont offertes par diverses agences de Pékin. L'une des plus populaires est celle entre Jinshanling et Simatai.

Par contre, il arrive parfois que la section de Simatai soit fermée aux visiteurs.

Le segment de Gubeikou offre également de beaux points de vue. Lors de randonnées s'étendant sur plusieurs jours, il est possible de faire du camping sur le mur ou de dormir chez l'habitant, dans des villages situés à proximité.