Pour retrouver la trace du «meilleur cacao du monde», il faut marcher trois jours à travers la jungle vénézuélienne jusqu'au village de Chuao. Avec des méthodes séculaires, ses habitants fabriquent un grand cru que les meilleurs chocolatiers convoitent.

LA PRESSE

Quand le soleil brille, la place centrale de Chuao, sur la côte caraïbe du Venezuela, se transforme en four pour sécher les fèves. Dans cette bourgade isolée de maisons coloniales, coincée entre mer et montagne à 100 km de Caracas, au moins 45% des 2500 habitants travaillent dans la production de cacao.

«Tous les habitants ont un lien avec le cacao dès la naissance. Tout petit déjà, si je passais par la place et qu'une averse menaçait, je venais aider à ranger le cacao», raconte Alcides Herrera, président de l'entreprise paysanne Chuao, qui n'emploie que des habitants du village.

«Notre cacao est le meilleur du monde. C'est certifié et des experts de nombreux pays le confirment. Nous utilisons des méthodes artisanales, inchangées depuis 400 ans», ajoute-t-il.

On y cultive le «criollo» (créole), la variété de cacao la plus chère et la plus rare, représentant 5% des fèves dans le monde. À Chuao, il est rendu encore plus exceptionnel par ce savoir-faire séculaire, par un microclimat idéal associant humidité et soleil, une terre généreuse, une nature exubérante offrant une ombre parfaite.

Il «est exceptionnel. La différence avec n'importe quel cacao est énorme. Le cacao de Chuao possède une gamme d'arômes très particulière. Une touche modifie la saveur de tout un chocolat», explique Brian Vandenbroucke, propriétaire d'une fameuse chocolaterie belge à Caracas.

Peu de chocolatiers ont en réalité le privilège de l'utiliser: le village ne produit qu'entre 18 et 20 tonnes par an, une poussière comparée aux 20 000 tonnes produites chaque année par le Venezuela.

Pendant des années, le chocolatier italien Amedei avait l'exclusivité du légendaire «Chuao» et achetait toute la production.

Mais en 2010, le président socialiste Hugo Chavez, qui, depuis 2007, a mené des nationalisations dans les secteurs clés de l'économie, a déclaré le cacao un produit stratégique. Désormais seul un exportateur allemand va pouvoir acheter 35% de la production et la revendre en Suisse, en Italie ou en France.

Le reste ira à la toute nouvelle entreprise publique vénézuélienne du cacao (35%), et à des artisans du village qui pourront ainsi fabriquer leur propre chocolat (30%). «Ici, chacun fait un peu de tout et nous gagnons la même chose. Certaines semaines, je dois m'occuper du séchage, d'autres fois aller dans les champs récolter le cacao», raconte Maryoli Chavez, 32 ans, une des 127 employés de la coopérative qui se choisissent un nouveau chef tous les deux ou trois ans.

Plusieurs membres de la famille de Maryoli travaillent dans le cacao. Cet après-midi, un de ses trois enfants l'accompagne. Il participe au ramassage du cacao qui sèche sur la place comme les autres petits qui rêvent de «travailler dans l'exploitation» quand ils seront grands.

Mais à Chuao, le secteur reste essentiellement entre les mains des femmes. «Beaucoup d'hommes pêchent ou travaillent dans la construction, c'est pour ça qu'il y a beaucoup de femmes dans le cacao», explique Wilmer Ache qui, à 29 ans, travaille depuis plus de 10 ans dans l'exploitation.

Tôt le matin, les femmes investissent les 136 hectares de plantations, machette à la main pour se frayer un chemin et récolter les cosses mûres, petites taches violet et jaune dans une mer de verdure. Les hommes les suivent pour porter le cacao.

Edis Liendo, la doyenne des artisanes de Chuao, a commencé très jeune à travailler dans la coopérative, mais elle a vite découvert que sa passion était l'élaboration du produit final, le chocolat qui fond dans la bouche.

«J'ai grandi ici et je crois que le cacao est un produit divin. C'est une boisson exquise que préparaient les dieux», dit cette femme d'une soixantaine d'années, à la porte de sa maison, où le cacao est servi à toutes les sauces: friandises, liqueurs ou encore gâteaux.