J'ai rêvé du Chemin de l'Inca pendant des mois, je me suis maintes fois demandé si je pourrais relever le défi, et je me suis inquiété à la lecture des mises en garde du gouvernement canadien, qui fait état d'agressions contre les voyageurs isolés sur ce parcours.

Mis à jour le 27 févr. 2009
Gilbert Lavoie LE SOLEIL

Erreur! À moins de vous perdre dans la nature, vous ne serez jamais seul sur le Chemin de l'Inca. Tous les jours de la haute saison (juin-juillet-août), 200 touristes et 300 porteurs, guides et cuisiniers quittent le point de départ en direction de la montagne et de Machu Picchu. Le gouvernement du Pérou a fixé ce maximum après que l'UNESCO eut dénoncé la trop grande affluence sur ce site, déclaré patrimoine mondial depuis 2002.

 

Le Chemin de l'Inca est un parcours de 39 kilomètres utilisé sous les Incas pour relier la cité royale de Machu Picchu à la Vallée sacrée, qui s'étend sur une quarantaine de kilomètres, à une heure de route de Cuzco. Il fait partie de l'immense réseau de communication établi dans tout le royaume, qui s'étendait à son apogée du sud de la Colombie jusqu'au Chili, en passant par le Pérou. C'était le territoire des chasquis, les courriers du roi, qui se relayaient pour porter les nouvelles d'un bout à l'autre de l'empire.

On y accède aujourd'hui à partir de Cuzco. Il faut compter deux heures et demie en autobus pour atteindre le fameux kilomètre 82 d'où partent les marcheurs. Tout le monde vous dira que c'est un trekking «très difficile», mais ne vous laissez pas intimider : si vous êtes en santé et suffisamment en forme pour faire le mont Albert en Gaspésie, vous pourrez faire le Chemin de l'Inca. Mais si vous avez un excès de poids, il vaut mieux le perdre avant le voyage que pendant...

 

Photo: Gilbert Lavoie, Le Soleil

Le passage du Col de la femme morte à 4200 mètres d'altitude, sur le Chemin de l'Inca, constitue un moment fort. C'est le point de non-retour après deux jours de marche.

Un monde sans air...La principale difficulté tient au fait qu'il faut grimper à 4200 mètres d'altitude la deuxième journée pour franchir le Col de la femme morte. À partir de 3300 mètres, la baisse du niveau d'oxygène affecte tout le monde, incluant les porteurs péruviens qui ont pourtant l'habitude de ce parcours. Le souffle est plus court, il faut faire des arrêts fréquents, mais les guides ne vous poussent pas dans le dos et vous laissent toute la liberté de faire l'ascension à votre rythme. À déconseiller toutefois aux gens qui ont des problèmes cardiaques ou pulmonaires.

Pourquoi faire le Chemin de l'Inca? Certainement pas pour découvrir Machu Picchu. La citadelle est plus facilement accessible par autobus ou par train à partir de Cuzco. Le Chemin de l'Inca est avant tout réservé aux amateurs de randonnée pédestre en montagne et constitue un défi personnel que l'on peut inscrire avec fierté dans son carnet de voyages à l'étranger. Vous y aurez un contact privilégié avec la nature inhospitalière mais impressionnante des Andes péruviennes.

Le passage du Col de la femme morte, à 4200 mètres d'altitude, est un beau moment de fierté et d'allégresse. Après avoir souffert du manque d'oxygène et connu le froid des sommets élevés, vous apprécierez la descente vers la végétation tropicale qui occupe la majeure partie de la randonnée des deux derniers jours, à l'approche de Machu Picchu.

La troisième journée vous amènera sur plusieurs sites particulièrement intéressants des postes de garde, construits sous le règne des Incas pour surveiller l'accès à leur territoire. Au petit matin du quatrième jour, on vous sortira du lit à 4h30, épuisés mais fébriles à l'idée de franchir enfin la porte du Soleil pour accéder à Machu Picchu. Alors là, il faut se pincer pour y croire parce que le bonheur total, ça ressemble à ça.

Photo: Gilbert Lavoie, Le Soleil

Le Pérou pas cher et en sécurité° Un hôtel modeste, mais très propre et sécuritaire, vous coûtera dans les 40 $. Nous avons payé 125 $ pour un petit hôtel chic à un coin de rue de l'ambassade du Canada à Lima, dans le quartier huppé de Miraflorès. Petit-déjeuner inclus. Le Pérou est une aubaine.

° La sécurité est une préoccupation importante. Nous avons toujours demandé qu'un taxi envoyé par l'hôtel vienne nous chercher à l'autobus ou à l'aéroport. Les villes sont grouillantes de vie jusqu'à 22 h. Les quartiers touristiques sont achalandés et les policiers sont nombreux. À éviter : les promenades dans les rues désertes en soirée et les taxis non identifiés.

° Internet est disponible partout. Les retraits bancaires par cartes de débit ou de crédit sont faciles dans toutes les villes et le téléphone est une aubaine.

Photo: Gilbert Lavoie, Le Soleil

La visite des îles flottantes des indiens Uros, sur le lac Titicaca, est un incontournable pour ceux qui feront le Chemin de l'Inca. Situé à 4000 mètres d'altitude, le lac offre des paysages éblouissants dans un décor unique, tout en laissant le temps de s'adapter à l'atmosphère raréfiée du trekking en montagne.

RepèresQuand : Même si le sentier est ouvert toute l'année, sauf en février, les meilleurs mois sont de juin à septembre. C'est l'hiver au Pérou, mais le soleil est au rendez-vous et il ne pleut presque jamais.

Réservation : Le nombre de randonneurs est limité à 200 départs par jour. Il est préférable de réserver sa place à l'avance.

Comment : Air Canada a une liaison directe Toronto-Lima d'où partent de nombreux vols vers Cuzco sur les lignes de Lan ou de Taca Airlines, deux entreprises sérieuses.

Guides et agences : De nombreuses agences offrent le Chemin de l'Inca. Elles s'occupent des tentes, de la cuisine, des guides et des réservations. Il est préférable de choisir une agence sérieuse, quitte à payer un peu plus cher.

Comment s'habiller : Le mercure grimpe à 20 °C le jour et peut descendre à zéro la nuit. Les incontournables : polar, coupe-vent performant, pantalon cargo, t-shirt et chemise à manches longues, tuque et gants pour la soirée, chapeau ou casquette pour le soleil, bottes de marche. Les sous-vêtements de ski alpin font un excellent pyjama...

Dans le sac : Trousse de premiers soins, pilules de type micropur ou hydroclonazone pour l'eau, antiseptique intestinal, crème solaire, lampe frontale, canif, lunettes de soleil, gamelle ou gourde, papier de toilette, barres tendres, chocolat et noix.

Nourriture et eau potable : Les repas sont généreux et très variés. Durant les deux premiers jours, les résidants des communautés locales vous offriront certains produits à des prix raisonnables, ainsi que de l'eau en bouteille, des boissons rafraîchissantes, de la bière, et même du Red Bull! Les deux derniers jours, le cuisinier du groupe vous approvisionnera en eau préalablement bouillie.

Hygiène : Il y a des installations sanitaires sur tous les sites de camping du Chemin de l'Inca, mais elles sont rudimentaires et souvent malpropres. Vous n'aurez accès à des douches qu'au troisième soir du trek. Personne n'a souffert de la tourista dans notre groupe, mais les membres d'une autre excursion ont été incommodés pendant la randonnée. Raison de plus pour faire affaire avec une agence sérieuse.

Mal de l'altitude : Maux de tête, nausées, vomissements... les symptômes sont connus, mais n'affectent pas tout le monde également. Certains voyageurs sont très incommodés dès leur descente de l'avion à Cuzco, à 3300 mètres d'altitude. On vous recommandera le mate de coca, mais l'acclimatation graduelle est la précaution la plus efficace. Nous avons commencé notre voyage à Arequipa, à 2600 mètres d'altitude, avant de rejoindre ensuite Puno et le lac Titicaca (4000 mètres) et finalement Cuzco. Sur demande, votre médecin vous recommandera des médicaments. Ça ne corrige pas tout, mais ça aide.