Les professionnels du tourisme mondial réunis au Japon gardent confiance malgré les incertitudes pesant sur la conjoncture, les yeux rivés sur les nouveaux voyageurs des pays émergents, Chinois en tête.

Publié le 18 avr. 2012
Patrice Novotny AGENCE FRANCE-PRESSE

«Notre industrie va se développer malgré toutes les crises de ces dernières années», a assuré Michael Frenzel, président du géant allemand du tourisme TUI.

Crise financière de 2008-2009, éruption du volcan islandais Eyjafjöll en avril 2010, problèmes européens d'endettement et printemps arabes en 2011, le secteur a fait face à de nombreux défis, ont constaté les intervenants du sommet annuel du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC).

L'ambiance n'est cependant pas maussade lors de cette grand-messe du secteur qui se tient jusqu'à jeudi à Tokyo, après une ouverture symbolique à Sendai (nord-est du Japon), cité endommagée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011.

Nombre de participants - représentants d'agences de voyage, de compagnies aériennes et ferroviaires, d'hôtels et d'autorités politiques concernées - insistent sur les chiffres encourageants de l'an passé, où le nombre de voyageurs internationaux a encore augmenté de 4,4%, frôlant le milliard, d'après l'Organisation mondiale du Tourisme.

Pourtant, les difficultés financières du Vieux continent et l'atonie de l'économie des États-Unis ont été clairement ressenties.

«Les Européens et Américains ont été moins nombreux à nous rendre visite», a relevé Lu Zhiyuan, gouverneur adjoint de la province chinoise de Hainan, une île méridionale prisée des voyagistes.

Les révolutions des pays arabes ont aussi entraîné une chute dramatique des séjours dans des pays fortement dépendants de cette manne, comme la Tunisie et l'Égypte, où les vacanciers ont hésité à se déplacer par craintes des troubles.

Le Japon a de son côté payé un lourd tribut avec le tsunami et l'accident nucléaire consécutif à Fukushima qui ont ramené sa fréquentation touristique des années en arrière.

Mais «il y a aussi de bonnes nouvelles: nous avons un fort potentiel de croissance avec les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et onze nations arrivant derrière (plusieurs pays d'Asie du Sud et du Sud-Est, Corée du Sud, Égypte, Mexique, Nigeria et Turquie)», a expliqué Mark Harms, PDG de Global Leisure Partners, une banque spécialisée dans l'investissement touristique.

Des centaines de millions de Chinois vont accéder à la classe moyenne entre 2010 et 2020, «c'est une occasion fantastique», s'est enthousiasmé M. Harms, à l'unisson de nombreux autres participants.

En y ajoutant les autres pays en croissance, «3 milliards de personnes au total vont bientôt entrer dans la classe moyenne à travers le monde», a renchéri Frits Van Paasschen, PDG des hôtels Starwood.

Le secteur compte sur ces populations en ascension sociale, souvent jeunes, pour doper sa croissance, espérée au rythme de 4% par an. Avec 255 millions d'emplois directs ou indirects, un travailleur sur douze dans le monde est plus ou moins lié aux activités touristiques.

«Je voyage donc je suis», a clamé Parag Khanna, directeur de l'Institut de prospective Hybrid Reality, jugeant que ces nouvelles classes moyennes cèderont à leur tour à l'envie du voyage, par plaisir, par nécessité professionnelle... ou pour apprendre.

Non seulement ces nouveaux touristes veulent découvrir leur propre pays, comme en Chine où l'accent est mis sur le développement des voyages intérieurs, mais ils franchissent aisément les frontières à la recherche d'expériences culturelles diverses.

Si l'Europe fournit moins de candidats à l'escapade, elle commence à bénéficier de cette évolution, ce qui incite des groupes hôteliers à parier de nouveau sur elle.

«L'Europe a une densité incroyable de cultures, de sites historiques et naturels qui vont intéresser ces centaines de millions de nouveaux voyageurs», prédit M. Frenzel.