Le chroniqueur de voyage et animateur de télévision Bruno Blanchet a été victime d'un accident de la route. Au volant d'une motocyclette louée, il a raté une courbe, à trop grande vitesse, et a terminé sa course dans un fossé. Sa chute lui a valu des foulures mineures aux poignets. Pendant trois jours, il a eu besoin de son fils pour remonter ses pantalons. Mais, grâce à son envolée tête première par-dessus les poignées de la moto, il a peut-être réussi à accumuler des points Air Miles. Les experts tentent maintenant de déterminer la cause de l'accident.

Publié le 27 août 2010
Bruno Blanchet, collaboration spéciale LA PRESSE

«Pourquoi t'as pas tourné, dans la courbe, papa?

- Je ne sais pas... C'est comme si j'avais oublié que c'était moi qui conduisais.

- T'as fait au moins 10 pieds dans les airs.

- C'était spectaculaire?

- T'aurais pu te tuer.

- Je le sais.

- T'as eu l'air niaiseux.

- Ça aussi, je le sais.»

Et je sais itou que je n'ai rien inventé en «piquant une fouille» à moto, en Thaïlande. C'est une des premières causes de blessures graves et de mort chez les farangs inexpérimentés, sans permis et sans talent, qui se louent des petits scooters, en se disant: «C'est comme de la bicyclette.»

ERREUR! Ce n'est pas comme de la bicyclette: c'est comme de la motocyclette. Alors, ne jouez pas au smatte, comme votre mentor et guide, fidèle chroniqueur et ami pour la vie. Et prenez le temps d'apprendre à manipuler ces engins à l'aspect inoffensif avant de vous lancer à 80km/h sur des routes en lacets, comme un clown possédé par le démon. Car, si le corps humain ne permet pas le déplacement dans l'espace à une vitesse bien supérieure au sprint lorsque propulsé par ses propres moyens, c'est assurément pour une bonne raison: ses articulations sont fragiles et sa grosse tête n'est pas beaucoup plus solide qu'un melon.

Heureusement que je portais un casque! Ne manquait qu'un cerveau dedans...

La veille, nous étions sortis en bateau pour faire de la plongée avec masque et tuba autour des îles environnantes. On a jeté l'ancre. La mer était légèrement agitée. Du haut du pont, il était impossible de savoir qui nous attendait dans l'eau. Parce que c'était transparent. Et en si grand nombre que la texture de l'eau en avait épousé les formes...

«L'eau est un peu embrouillée, hein?

- Looks good to me... Allez, sautez, Brrouno!»

Mon ami Big Pete le savait-il? Hum. Toujours est-il qu'il m'a encouragé à plonger le premier, le gros farceur. J'ai mis le masque sur mon visage et, en le tenant d'une main, je me suis laissé tomber sur le dos. Plouf. Dans l'eau.

«Câlisss!»

J'ai fait le saut. Elle était remplie de méduses, l'eau, mon vieux! Des méduses par milliers. Que dis-je, par millions! C'était comme sauter dans du Jello. Au contact avec la peau, j'ai freaké: je savais immédiatement que je venais de plonger au milieu d'un tas de ces bestioles visqueuses et vicieuses, que je préférerai toujours en photo sur un menu de restaurant japonais.

Je suis vite descendu sous l'eau, aussi profondément que mon souffle me le permettait, et j'ai scruté la surface. Pas d'issue possible. Que des méduses. Partout ! C'était comme être sous la glace. Mais une glace mouvante, avec des nuages de kleenex bruns et mauves.

«Que fais-je? Je ne peux pas rester ici...»

C'est à ce moment qu'un Thaï, employé du bateau, a plongé. Sous l'eau, très à l'aise, il m'a fait signe de le suivre. Je lui ai pointé les méduses, en ajoutant un What the f % @*k ? !, dans mon langage corporel sous-marin (d'ailleurs très sexy en maillot Speedo). Il en a saisi une, pour me montrer qu'elles n'étaient pas venimeuses, et m'a donné le O.K. du plongeur: avec l'index et le pouce qui forment un cercle, et les trois autres doigts relevés. Un geste de la main qu'il ne faut surtout pas utiliser en pays musulman !

Je vous expliquerai pourquoi quand les enfants seront grands.

À ce sujet, saviez-vous qu'un des gestes les plus répandus, sur la Terre, pour insulter quelqu'un n'est pas du tout utilisé au Québec? On place le pouce entre l'index et le majeur, et...

«Monsieur Blanchet! Pensez aux enfants!»

Pardon, madame.

En deux mots, belle surprise que Koh Chang: j'avais toujours hésité à aller dans cette grande île à proximité de Bangkok, justement parce que le voisinage avec la capitale me faisait craindre un autre bordel (je peux dire bordel?) à la Pattaya. Or, ce n'est pas du tout le cas. Officiellement, l'île est à seulement trois heures d'autocar, plus une heure de traversier, pour une dizaine de dollars. Et une cabane sur la plage, avec ventilo, toilettes et douche - et la sainte paix -, se négocie à 250 bahts. À peu près 8 dollars.

La bouffe est bonne, la fête agréable, le paysage sauvage, les méduses sont amicales... Que voulez-vous de plus?

Être avec votre fiston et votre meilleur ami, oui.

Photo Bruno Blanchet, collaboration spéciale

Boris à la pêche.