(Paris) Les principales compagnies de croisières mondiales ont annulé leurs départs prévus depuis des ports chinois en réaction à l’expansion de l’épidémie du coronavirus, face à laquelle la Chine a déjà suspendu les voyages organisés dans le pays et vers l’étranger.

Katia DOLMADJIAN
Agence France-Presse

L’Asie est le troisième marché en volume pour la croisière, derrière les États-Unis et l’Europe, avec un nombre de passagers qui s’est établi à 4,24 millions en 2018, selon l’association professionnelle des compagnies de croisières Clia.

Jeudi, le groupe suisse MSC Croisières a annoncé avoir annulé trois croisières de son paquebot Splendida qui peut accueillir un maximum de 6880 personnes et qui devait partir depuis Shanghai les 1er, 5 et 9 février pour de courts voyages vers le Japon.

Présent pour la saison d’hiver en Asie, le Splendida ne repartira que le 14 février — depuis Singapour au lieu de Shanghai — pour un long périple de 27 nuits au Moyen-Orient et en Europe, selon le communiqué.

Ces décisions « sont dues à la situation sanitaire résultant du coronavirus en Chine, même si aucun cas n’a été signalé parmi les passagers et les membres d’équipage à bord du MSC Splendida durant ses croisières en Asie cet hiver », précise MSC.

« La décision de repositionner le navire de Shanghai à Singapour a été prise pour la sécurité et le bien-être de nos passagers et membres d’équipage », détaille Gianni Onorato, PDG de MSC Croisières, cité dans le communiqué, mettant en avant le fait que « de nombreuses grandes compagnies aériennes ont soit annulé, soit réduit la fréquence de leurs vols vers la Chine ».

De son côté, Costa Croisières, une marque du numéro un mondial du secteur Carnival, a « suspendu temporairement » ses neuf voyages prévus au départ de ports chinois entre le 25 janvier et le 4 février sur ses navires Costa SerenaCosta AtlanticaCosta Venezia et Costa NeoRomantica.

« Risque de propagation »

Le croisiériste indique qu’il offrira « un remboursement complet du prix de la croisière et des frais de port aux passagers concernés ou la possibilité de reprogrammer leurs voyages ».

D’autres marques de Carnival (notamment Princess, Holland America Line et Seabourn) sont quant à elles en train « d’ajuster leurs itinéraires » pour proposer des destinations alternatives « pour les croisières qui comprenaient une visite portuaire en Chine », a fait savoir le groupe de croisière.

« C’est une décision logique de la part des compagnies de croisière, surtout vu l’espace clos que représentent de tels navires, avec un risque de propagation qui a toutes les chances d’être considérable » si un cas est avéré à bord, commente pour l’AFP Didier Arino, directeur du cabinet Protourisme.

Ainsi, jeudi également, un navire Costa a été bloqué au large du port italien de Civitavecchia avec 7000 personnes à bord, en raison de deux cas suspects de coronavirus. Le médecin de bord du Costa Smeralda — l’un des cinq plus grands paquebots au monde — avait signalé aux autorités portuaires italiennes la présence à bord d’un couple chinois dont l’épouse présentait des symptômes suspects de toux et forte fièvre. Mais les premiers examens « paraissent négatifs », a indiqué jeudi après-midi le ministère de la Santé de la Péninsule.

D’autres compagnies exerçant en Asie ont également fait part d’annulations dans leurs périples prévus dans la région.

Le croisiériste Royal Caribbean a indiqué « avoir suspendu trois croisières » de son paquebot Spectrum of the Seas, son seul navire basé en Chine, qui peut accueillir jusqu’à 4240 passagers, selon un communiqué transmis à l’AFP.

« Ces annulations sont problématiques, alors que ce marché asiatique représente un réel relais de croissance pour les armateurs, qui font face à une stagnation en Europe », a estimé Didier Arino.

Pour cet expert du secteur touristique, « on commence à rentrer dans le dur pour l’industrie du tourisme » en matière d’impact économique provoqué par l’épidémie.

À eux seuls, les Chinois représentent plus de la moitié de la clientèle des croisières en Asie, selon les chiffres de Clia.

Le bilan de l’épidémie de pneumonie virale s’est alourdi à 170 morts jeudi en Chine, avec environ 7700 personnes contaminées dans le pays.