(Phuket) Piscine privée à débordement, baignoire avec vue, lit king : les premiers touristes étrangers attendus sur le sol thaïlandais après plus de six mois d’interdiction vont vivre une quarantaine cinq étoiles, mais ils devront se confronter à des règles de sécurité parmi les plus strictes au monde.

Thanaporn PROMYAMYAI
Agence France-Presse

« Cela sera confortable, même si j’ai peur d’être angoissé à cause de l’enfermement », dit à l’AFP Jean-François, un retraité français installé à Stockholm, qui espère venir passer l’hiver dans le royaume. « Je me demande aussi si la Thaïlande n’en fait pas un peu trop ».

Les autorités obligent les vacanciers étrangers, qui devraient arriver au compte-goutte dans les prochaines semaines, à un isolement de 14 jours dans un hôtel spécialement agréé à Phuket avant de pouvoir prolonger leur séjour dans le reste du pays.

Deux tests de coronavirus, 28 prises de température, des médecins et agents de sécurité qui, depuis une « war room », scrutent les chambres 24 heures sur 24 : pour être l’un des rares complexes de l’île autorisés à accueillir ces visiteurs atypiques, le luxueux hôtel The Senses Resort, qui surplombe la célèbre baie de Patong, a dû se mobiliser.

Les employés ont suivi une formation à l’hôpital et ont été dotés d’équipements personnels de protection (PPE) pour livrer les repas devant les portes.

Seize villas, d’une surface de 110 à 220 m2, ont été repensées afin de ne laisser que des surfaces en bois ou en plastique plus faciles à désinfecter. Des caméras de vidéosurveillance ont été installées à l’entrée de chacune d’entre elles.

« Vu les dépenses engagées, nous n’allons pas tirer beaucoup de bénéfices de cette clientèle spéciale », estime Suppachoke Laongphet, propriétaire de l’hôtel, l’un des neuf agréés à Phuket pour le moment. Mais « il faut absolument trouver des sources de revenus pour soutenir notre équipe et l’économie locale ».

Avant la pandémie de coronavirus, le tourisme générait 93 % des revenus de Phuket, la perle de la mer d’Andaman. Aujourd’hui, 95 % des hôtels et plus de 70 % des commerces sont fermés, d’après les autorités locales.

D’où la nécessité de tenter de rouvrir l’île… très timidement : seuls quelque 300 touristes en provenance de Chine et de Scandinavie devraient atterrir dans les semaines qui viennent, davantage par la suite si la situation sanitaire reste sous contrôle. En cas de succès, d’autres provinces thaïlandaises suivront ce modèle.

Un coût de 4500 euros

Passer sa quarantaine au Senses Resort a un coût : 4500 euros (7000 $) pour une personne repas inclus, près de 16 000 euros (25 000 $) pour quatre.

Seule une petite quantité de visiteurs seront intéressés par cette formule, reconnaît Kongsak Khoopongsakorn, président de la section sud de l’association des hôtels de Thaïlande : « ceux qui en ont les moyens et qui souhaitent résider plusieurs mois dans notre pays très sûr en matière de lutte contre le coronavirus ».

« Ce n’est pas cela qui va redresser durablement l’économie thaïlandaise » tributaire du tourisme, avec un nombre record de près de 40 millions de visiteurs l’année dernière, « mais cela nous permet de patienter ».

The Senses Resort a été homologué le 29 septembre et une vingtaine d’Indiens et d’Européens souhaitent déjà s’y placer à l’isolement.

« Même si le standing est très bien, ce sera une mini-prison dorée », relève une Danoise de 50 ans, sous couvert d’anonymat. « Le sacrifice en vaut la peine : après on va pouvoir profiter de magnifiques couchers de soleil dans un des pays les plus sécurisés au monde ».

La Thaïlande recense moins de 3600 cas et 59 décès liés au coronavirus.

Les autorités comptent bien surfer sur cette image de destination sûre. Si un cas est repéré, la personne sera prise en charge à l’hôpital dans les 30 minutes, sa chambre désinfectée et laissée vide pendant une semaine. Si un visiteur tente de sortir de sa chambre, la police pourra intervenir dans les 15 minutes, détaille Thanchanok Pramkull, assistante commerciale au Senses Resort.

Une fois la quarantaine achevée, les vacanciers pourront rester de trois à neuf mois dans le royaume.

La liberté sera encore loin d’être totale : ils seront tracés grâce à des applications sur téléphone cellulaire, a prévenu le premier ministre Prayut Chan-O-Cha.