Secouée par les explosions de dynamite et traversée d'une centaine de kilomètres de souterrains, la montagne Cerro Rico de Potosi, en Bolivie, symbole de la splendeur coloniale en Amérique latine et inscrite au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO, menace de s'effondrer, ensevelissant des milliers de mineurs.

Classée par l'UNESCO en 1987, Potosi (sud), plus grand complexe industriel au monde au 16e siècle grâce à ses gisements d'argent et d'étain, a été placée mi-juin sur la liste des sites en péril, en raison des risques pesant sur le Cerro Rico dus «à des activités minières incessantes et incontrôlées», selon la déclaration de l'organisation.

Symbole de la colonisation et de l'exploitation des ressources de l'Amérique latine par l'Espagne, la ville de Potosi et ses 200 000 habitants vivent pourtant aujourd'hui dans la pauvreté.

Ainsi, malgré les admonestations de l'UNESCO, personne n'imagine mettre un terme à l'exploitation minière, quasiment unique source de revenus de la région.

«Nous n'allons pas abandonner les lieux, parce que c'est ce qui nous permet de subvenir aux besoins de nos familles. Où irions-nous?», demande ainsi Carlos Mamami, dirigeant de l'une des coopératives qui regroupent les 12 000 mineurs de la ville.

Pelle et pioche 

Dans ce Cerro Rico, véritable fourmilière dont l'altitude est passée de 5180 m à 4787 m en raison de l'activité minière, on travaille encore comme il y a 500 ans, «à la pelle et à la pioche, dans des conditions insalubres», raconte à l'AFP le président de la société des ingénieurs de Potosi, Ronald Fajardo.

Les accidents causent «environ 30 décès par an, enregistrés par la Sécurité sociale, peut-être plus» en réalité, souligne de son côté Osvaldo Cruz, directeur de la Culture pour la région de Potosi.

Et les effondrements de galeries sont légion, conduisant le gouvernement à faire combler les puits avec un mélange de béton, de sable et de polyuréthane, mais le sol continue de s'enfoncer. Alors que la ville décrépit.

«Il y a une détérioration évidente de Potosi parce qu'il n'y a pas de politiques de préservation», reprend M. Cruz.

Une autre source au service Culture de la municipalité précise qu'«il n'y a pas de préservation des monuments parce que nous n'avons pas les ressources économiques» pour le faire.

Selon la légende, on aurait pourtant pu bâtir un pont d'argent entre Potosi et Madrid avec tout l'argent extrait de cette montagne.

Aujourd'hui, seuls quelques bâtiments baroques aux colonnes de pierre, aux portes de bois sculpté et aux terrasses ornées de vitraux témoignent encore de la splendeur d'une ville dont les chroniqueurs des temps anciens rapportent que ses ruelles étroites et escarpées et ses églises étaient couvertes d'or et d'argent.

«Ici, nous restons pauvres. Nous n'avons pas d'usines, il n'y a pas de développement, juste la mine. Que nous a laissé la montagne? Des ordures et de la pollution», se désole le dirigeant du Comité civique de Potosi, Jhonny Llally.

Le Service géologique et technique des mines (Sergeotecmin) estimait dans un récent rapport que le Cerro Ricoa avait produit «depuis la colonisation jusqu'à aujourd'hui 60 000 tonnes d'argent», l'équivalent de 40 milliards de dollars.

Mineurs tout-puissants 

Et les filons ne sont pas épuisés. Pourtant, la ville et la région ne perçoivent que 36 millions d'impôts par an, dans un pays considéré comme le plus pauvre d'Amérique du Sud et où l'activité minière est la deuxième source de revenus après les exportations de gaz naturel.

Ainsi, face aux conséquences d'une exploitation irraisonnée, «nous voulons que l'on prenne soin du Cerro, que cesse l'activité» minière, déclare à l'AFP Magela Ali, une habitante de la ville.

Gregorio Condori, un autre habitant, juge que la montagne «devrait devenir un monument (...) et se convertir en lieu touristique, sinon, ils la vont la détruire totalement».

Mais si nombreux sont ceux qui pensent comme eux, les langues se délient difficilement et il est difficile de s'exprimer contre les mineurs et leurs coopératives, alliés du président Evo Morales et craints dans la région.

Anonymement, un ingénieur confie ainsi: «Si je continue à critiquer (les mineurs), ils m'ont dit qu'ils mettraient de la dynamite dans ma maison et la feraient exploser».