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Extravagances au Guatemala

Le grand deuil du Samedi saint.... (Photo: Fabienne Couturier, La Presse)

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Le grand deuil du Samedi saint.

Photo: Fabienne Couturier, La Presse

Fabienne Couturier
La Presse

La ville d'Antigua, au Guatemala, se relève d'une semaine de folle exubérance. Il n'existe, paraît-il, rien de semblable ailleurs au Guatemala. Ni en Amérique latine. Pas même au monde, soutiennent les Antiguais avec orgueil.

Sans doute exagèrent-ils un brin, mais il est vrai que la Semaine sainte, ici, est l'occasion de toutes les extravagances. Oubliez les processions de la Fête-Dieu de votre enfance, tout comme celles que vous avez pu voir en Italie, en Espagne ou ailleurs.

 

Dans l'ex-capitale du Guatemala, chaque jour, les vieilles rues empierrées sont le théâtre de processions monstres au cours desquelles on promène d'un bout à l'autre de la ville des statues immenses richement vêtues et ornées de fleurs. Christ ensanglanté ou Vierge au regard halluciné, elles sont dressées sur de lourdes plateformes de bois sculpté que portent des dizaines, voire parfois une bonne centaine d'hommes et de garçons en tunique violette, ou de femmes en habit de grand deuil coiffées de mantilles noires, qui marchent au pas cadencé.

On voit venir de loin cet étrange vaisseau, qui tangue d'inquiétante manière au-dessus de la foule au son d'un air funèbre, toujours le même, que joue la fanfare qui le suit. Dans la fumée de l'encens, sous l'implacable soleil du Guatemala, au milieu des immeubles coloniaux aux couleurs de jujubes, la scène a déjà quelque chose de surréaliste. Mais à mesure que la semaine avance, les processions se font plus baroques, plus grandioses, plus longues, plus chères, plus folles.

Celle du dimanche des Rameaux, la première que j'aie vue, m'avait déjà paru démesurée. Douze heures durant, la consagrada imagen de Jesus Nazareno de la Merced a accompli une vaste boucle, provoquant des embouteillages inextricables dans cette ville somme toute assez petite. Le lundi, ce fut la procession des enfants: les fillettes en robe de communiante, les garçons dans cette invraisemblable tunique de satin violet, ils ont à leur tour transporté au long des rues des statues bien trop lourdes pour leurs frêles épaules.

Le jeudi, ah! le jeudi, non pas une, mais deux processions ont monopolisé la ville. Vendredi, pire: l'une s'est amorcée dès 5h du matin pour se terminer à 14h30, l'autre est partie à 16h et a duré jusqu'à 2h du matin! On croit qu'on a atteint des sommets dans la démesure, mais non: samedi, deux nouvelles processions ont quitté des points opposés de la ville et se sont croisées au centre. Pas une rue qui ne soit fermée aux automobiles. Chaque fois, le char était plus immense que le précédent. Rien que pour amorcer les virages dans ces rues étroites, les cargadores (les porteurs) manoeuvrent durant de longues minutes - avance, recule, avance, recule - tout en s'efforçant de garder l'équilibre, de conserver le rythme, d'emboîter le pas de leur voisin. Des bataillons de soldats romains, coiffés d'un casque de carton doré orné d'un balai-brosse, leur ouvrent parfois la voie.

Sur le passage de la procession, les Antiguais préparent avec un soin maniaque des alfombras (littéralement, des tapis). Ce sont des oeuvres aussi jolies qu'éphémères, faites d'aiguilles de pin, de fleurs fraîches, parfois de fruits et de légumes, ou encore de sciure de bois teinte de couleurs vives. Des dessins compliqués, parfois quelques symboles païens ornent ces tapis qui demandent des heures de travail et que la procession piétine en quelques minutes. Pourquoi tout cela? «C'est une forme de pénitence», m'a expliqué une Antiguaise qui, avec sa famille, en était à faire sa cinquième alfombra de la semaine (parce que les processions empruntent souvent les mêmes rues, qui sont tout de même en nombre limité...).

Autour de l'une ou l'autre des innombrables églises de la ville d'où partent les processions s'installent des vendeurs de ballons, de jouets, de chapelets, de plantain frit, de mangues; À l'odeur de l'encens se mêle alors celle de la viande grillée, du maïs en épis, des tortillas en train de griller; au son de la fanfare s'ajoutent le tintinnabulement des clochettes des vendeurs de glace, l'appel des marchands à la criée, les sifflets de la police, le tapotement que produisent les femmes lorsqu'elles préparent les tortillas.

En observant cette kermesse, on se dit que Jésus aurait eu bien du boulot, ici, avec les marchands du temple!

 




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