Pédalant du Caire jusqu’au Cap, Samuel Roy a guidé un groupe de cyclistes à travers 10 pays africains, durant plus de quatre mois, sillonnant ainsi le Berceau de l’humanité du nord au sud. Un défi au long cours, aussi bien athlétique que culturel, dont l’étudiant de 23 ans a narré les temps forts au cours d’une conférence organisée par l’Association étudiante en Gestion du tourisme et de l’hôtellerie de l’UQAM.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

« Avec notre perception de l’Afrique, on est complètement dans le champ », déplore-t-il en évoquant le lot de clichés – pauvreté et conflits généralisés – qui circulent au sujet du continent. C’est un visage bien différent qu’il a découvert au fil de ce périple sur deux roues, organisé par l’agence TDA Global Cycling, traversant l’Afrique de l’est : un Botswana en santé, des coopératives fermières inspirantes au Malawi, des quartiers chics et modernes en Namibie…

Pour autant, Samuel Roy a refusé d’enfiler les lunettes roses par-dessus ses lunettes de cycliste, en racontant les divers écueils qui ont émaillé la route.

Le fait d’être en selle sur des milliers de kilomètres a permis de tisser des liens étroits avec les populations locales… et même très étroits, puisque les voyageurs roulants ont été vite déstabilisés par une intimité quasi inexistante. Lors des arrêts pour installer les campements, des attroupements se formaient, Samuel devant même déloger des enfants qui avaient investi sa tente. « En Éthiopie, quand je suis allé derrière un buisson pour faire mes trucs, une vingtaine d’entre eux m’encerclaient pour m’observer ! On s’est habitués à ça, ça a changé notre rapport à la pudeur et à l’intimité », raconte-t-il.

Le périple en quelques souvenirs

  • Il y eut des rencontres très enrichissantes, mais aussi des souvenirs de soirées de pédalage impérissables.

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Il y eut des rencontres très enrichissantes, mais aussi des souvenirs de soirées de pédalage impérissables.

  • Ici, on ne se méfie pas des traversées d’orignaux sur la chaussée, mais plutôt de celle des girafes, éléphants et autres représentants de la faune locale.

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Ici, on ne se méfie pas des traversées d’orignaux sur la chaussée, mais plutôt de celle des girafes, éléphants et autres représentants de la faune locale.

  • Souvent, les locaux invitaient les cyclistes à visiter leur demeure ou à partager un repas. 

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Souvent, les locaux invitaient les cyclistes à visiter leur demeure ou à partager un repas. 

  • Les enfants étaient très curieux de voir et rencontrer ces Occidentaux à vélo. Surtout que ce moyen de transport est considéré comme un signe d’appartenance à une classe sociale populaire. 

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Les enfants étaient très curieux de voir et rencontrer ces Occidentaux à vélo. Surtout que ce moyen de transport est considéré comme un signe d’appartenance à une classe sociale populaire. 

  • Le désert n’est pas seul au menu, le parcours étant émaillé de vallées verdoyantes et fertiles. 

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Le désert n’est pas seul au menu, le parcours étant émaillé de vallées verdoyantes et fertiles. 

  • Une fois le pied à terre, Samuel a pu découvrir des sites beaucoup moins connus que les pyramides, comme les dunes de Sossusvlei, en Namibie.

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Une fois le pied à terre, Samuel a pu découvrir des sites beaucoup moins connus que les pyramides, comme les dunes de Sossusvlei, en Namibie.

  • Le voyage s’est parfois muté en véritable safari photo. Les locaux étaient tout aussi étonnés de découvrir les écureuils québécois quand les cyclistes leur ont présenté leur propre faune sur leur cellulaire. 

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Le voyage s’est parfois muté en véritable safari photo. Les locaux étaient tout aussi étonnés de découvrir les écureuils québécois quand les cyclistes leur ont présenté leur propre faune sur leur cellulaire. 

  • Les échanges avec les populations locales furent au cœur du périple. Ici, Samuel Roy a prêté sa monture à un homme curieux.

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Les échanges avec les populations locales furent au cœur du périple. Ici, Samuel Roy a prêté sa monture à un homme curieux.

  • Samuel Roy (à droite), au point de départ du périple, devant les pyramides de Gizeh. 

    PHOTO FOURNIE PAR SAMUEL ROY

    Samuel Roy (à droite), au point de départ du périple, devant les pyramides de Gizeh. 

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Tout comme les routes bordées de paysages spectaculaires se sont succédé les entrechoquements culturels. Certains enfants éthiopiens, habitant des zones déshéritées, visaient ainsi les cyclistes avec des jets de pierres, blessant certains d’entre eux ou provoquant des dégâts sur leur équipement. « Ce n’était pas parce que nous n’étions pas les bienvenus, c’était leur réaction à la différence. Ils n’avaient jamais vu de Blancs », explique le guide, qui dut mettre au point toutes sortes de stratagèmes, comme munir sa monture de cartons, pour limiter la casse.

Autre décalage : invité dans un foyer soudanais, il lui fut impossible de rencontrer la mère de famille qui avait préparé le repas, confinée dans sa cuisine. Il dut se résigner à la remercier en criant par-delà un mur ; tout un symbole. 

Au Soudan, nous n’avons presque pas vu de femmes. Pour nous, c’était un clash.

Samuel Roy

Il y eut de très belles rencontres, mais aussi la réalité des conflits : au nord de l’Éthiopie, le groupe a dû s’extirper rapidement d’une zone de tension où maisons incendiées et hommes armés se multipliaient.

« Comme rouler dans un four »

Traverser l’Afrique à vélo, c’est aussi faire face à un lot de défis spécifiques. Au sommet des sources d’adversité : le climat, parfois hostile, où canicules et tempêtes de sable ont mis des bâtons dans les roues du convoi cycliste. « C’était vraiment comme rouler dans un four, ta sueur s’évapore instantanément. Il n’y a pas d’arbres, pas d’ombre, certains ont eu des coups de chaleur », se rappelle l’étudiant. Ce à quoi il faut ajouter certaines portions de chaussée peu praticables. « Plus jamais je ne chialerai sur les routes du Québec ! », jure le jeune guide, dont les bras et le dos furent mis à rude épreuve en Namibie, où le passage de jeeps sur des routes ensablées crée de véritables reliefs lunaires, avec de profondes saillies formées par les traces de pneus. Quant aux camions et autobus, leur philosophie de conduite constitue en soi une source de danger : « Sur la route, c’est la loi du plus gros. À vélo, tu es en bas de la chaîne alimentaire », a réalisé Samuel Roy, qui dut aussi bien se méfier des mastodontes routiers que de la faune, avec des traversées d’éléphant qui, bien que fascinantes, font prendre conscience au cycliste de sa vulnérabilité.

Quant à l’humilité, comptez sur certains cyclistes africains pour l’entretenir. Le guide québécois, qui participe à des compétitions, raconte avec beaucoup d’humour comment son vélo en carbone et ses mollets entraînés ont trouvé rival à leur mesure, incapable de semer un homme qui le suivait en pédalant sur sa modeste monture. « Je rajoutais du gaz encore et encore, et il était toujours là. Un moment donné, il a disparu. Il était rendu chez eux », s’esclaffe-t-il, rendant au passage hommage aux cyclistes se déplaçant avec des sacs de charbon aussi lourds que volumineux.

Après quatre mois et demi d’aventures et de mésaventures, cette expérience a profondément marqué le jeune homme, nourri de rencontres inoubliables, de décors sidérants (les dunes de Sossusvlei), et du partage avec les membres du peloton voyageur. « Le plus bel aspect, c’est l’expérience humaine. Toutes les émotions qui existent dans le dictionnaire, on les a vécues », conclut celui qui guidera, ce printemps, un autre groupe cycliste en Corée et au Japon.

L’Éthiopie racontée par un ethnologue

L’Éthiopie, souvent évoquée par Samuel Roy dans son récit, est justement le thème d’une ciné-conférence des Grands Explorateurs présentée par l’ethnologue Patrick Bernard. Il fera découvrir ce berceau de la civilisation, ses peuples et ethnies, ses villages et églises souterrains, et ses tribus aux rites étonnants. La tournée passe par la salle André-Mathieu de Laval jusqu’au 17 février, au théâtre Marcellin-Champagnat, toujours à Laval, les 19 et 20 février, à l’auditorium du collège Ahuntsic à Montréal le 23 février, puis à la salle Pierre-Mercure de Montréal du 25 au 29 février et le 1er mars. D’autres dates sont aussi prévues ailleurs en province.