(Zambie) Wilson a probablement l’emploi dont rêvent tous les petits garnements. Le matin, armé d’un lance-pierres, le jeune homme a pour tâche de faire fuir les babouins qui s’approchent d’un peu trop près des tables où les clients du Croc Valley Lodge prennent leur petit-déjeuner.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Le camp est situé aux portes du parc de South Luangwa, en Zambie. Avec une superficie de plus de 9000 km2, il s’agit d’un des plus grands parcs d’Afrique et un des plus réputés, avec une concentration d’animaux sauvages particulièrement intéressante.

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Wilson, à l’affût des babouins trop gourmands

Déjà, le Croc Valley en donne un aperçu. Sa terrasse surplombe la rivière Luangwa. On peut y observer des crocodiles qui se font bronzer sur la plage (pour une fois, le nom d’un établissement hôtelier est un fidèle reflet de la réalité) et des hippopotames qui pataugent dans l’eau peu profonde en cette fin de saison sèche. Toute la journée, on entend ces gros patauds exprimer leur contentement avec une sorte de grand rire sonore : « Mouah ah ah ah ».

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Un hippopotame à l’affût. Attention.

C’est toutefois lors d’une excursion en voiture que le parc de South Luangwa se déguste réellement. Les animaux sont plus actifs en début et en fin de journée. C’est donc très tôt, à 6 h du matin, que la petite bande de clients prend place à bord d’un véhicule spécialement modifié pour un safari : des banquettes sont installées à l’arrière d’une voiture tout-terrain, surmontées d’un toit de toile, particulièrement apprécié dans ce pays où le soleil cogne.

On peut visiter le parc tout au long de l’année, mais la saison sèche, d’avril à octobre, a de grands avantages : les animaux se concentrent près des rares points d’eau qui demeurent et sont ainsi plus faciles à trouver.

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Une antilope impala mâle, tous sens éveillés

Le safari débute dès le passage de la barrière du parc. D’abord des antilopes, dont des impalas. Cette bête gracieuse constitue, malheureusement pour elle, la base de l’alimentation de bien des prédateurs. Puis, rapidement, des éléphants. Le véhicule s’en approche de très près, ça ne semble pas déranger les grosses bêtes, qui continuent à dépouiller placidement les pauvres arbustes qui se trouvent sur leur chemin.

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Les véhicules peuvent s’approcher de très près des animaux sauvages.

Le chauffeur-guide, Botha, explique que les éléphants et les autres animaux perçoivent le véhicule comme une grosse entité non menaçante. Par contre, si une personne devait en descendre, elle serait immédiatement perçue comme une menace. Cela fait des millénaires que les Africains chassent les animaux à pied. Les éléphants, et bien d’autres animaux, ont la mémoire longue.

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Une jeune girafe Thornicroft s’assoit à proximité de sa mère.

D’élégantes girafes se profilent entre les arbres. On trouve ici une sous-espèce qui ne se retrouve nulle part ailleurs, la girafe de Thornicroft. Les taches de son cou sont un peu plus foncées que celles des autres sous-espèces. Les zèbres aussi sont bien spéciaux ici : leurs zébrures se poursuivent sous le ventre et jusqu’au bout des pattes.

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Combien de zèbres sur cette photo ?

Les oiseaux ne déçoivent pas : les guêpiers aux couleurs psychédéliques, les ibis éclatants, les majestueuses grues couronnées, qui semblent voler au ralenti tellement les ailes sont longues.

Un rassemblement de vautours attire l’attention : les affreux oiseaux se disputent les restes d’une carcasse de buffle. Celui-ci a été tué par des lions il y a deux jours, explique Botha. Justement, les deux coupables ne sont pas loin. L’un d’eux est étendu de tout son long sur le sol poussiéreux, profondément endormi, la panse bien pleine.

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Le jabiru, un bel échassier d’Afrique

Il commence à faire sérieusement chaud, c’est le temps de retourner au camp pour se sustenter, se reposer et faire quelques longueurs dans la piscine.

Une nouvelle excursion en fin d’après-midi devrait permettre de voir les animaux nocturnes, comme le discret léopard. Dès que la nuit tombe, un jeune homme assis à côté du chauffeur dirige un puissant projecteur vers les fourrés et les arbres : le léopard adore se jucher sur les branches. Mais voilà que le tonnerre qu’on entendait au loin se rapproche et il commence à pleuvoir. Zut, pour ce soir, le safari est à l’eau.

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Un lion se repose avant une autre nuit de chasse.

Heureusement, il reste une journée. L’excursion du matin permet de passer à une nouvelle étape.

Une fois qu’on a coché les animaux sur la liste des espèces à voir, on peut s’attarder à ce qui est plus important : leur comportement.

Les clients assistent ainsi à un duel entre deux antilopes et observent des girafes qui replient maladroitement leurs longues pattes pour s’asseoir au sol.

Aucun safari n’est identique. La pluie d’hier a détrempé le sol, le véhicule reste pris dans un creux boueux. Il faudra une autre jeep équipée d’une corde pour sortir le véhicule de ce mauvais pas.

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Une hyène montre les dents.

Le ciel semble favorable pour la dernière excursion de soir. La faune nocturne se dévoile effectivement : une hyène, une genette (un petit félin qui ressemble à un chat avec une longue queue) et des mangoustes. Mais pas de léopard. Les lions et les léopards, semble-t-il, ne sont pas de grands copains. Comme il y a trois lions dans le coin, il n’y a pas de léopard à l’horizon.

Justement, avant de retourner au camp, le projecteur éclaire un majestueux lion mâle qui marche résolument sur la route en direction du véhicule. Il dévie légèrement à la dernière minute et passe à côté sans jeter le moindre regard aux occupants. Il a plutôt le regard fixé sur un groupe de girafes et d’impalas qui se sont attroupés sous un arbre. De toute évidence, monsieur est en mission et une pauvre proie risque de passer un mauvais quart d’heure. Le véhicule repart doucement pour laisser le prédateur exécuter tranquillement son sinistre plan.