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Sur les traces de l'histoire en Éthiopie

Les chutes du Nil Bleu, appelées Tis Issat... (Photo: Mireille Jeanjean, collaboration spéciale)

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Les chutes du Nil Bleu, appelées Tis Issat (l'eau qui fume), offrent un spectacle éblouissant.

Photo: Mireille Jeanjean, collaboration spéciale

Mireille Jeanjean
Le Soleil

Sur la route historique de l'Éthiopie, les sols boisés, ras ou rocailleux sont cultivés. Et quand la pente est trop forte, on bâtit des terrasses. Les pierres, ce n'est pas ce qui manque ici et le courage non plus. Des escaliers de géants s'enroulent autour de la montagne. Toute une gamme de bruns, de roux, de verts émaille le paysage.

En mars, la moisson est finie. Les meules, tantôt rondes, tantôt pointues, éclairent les champs d'un jaune lumineux. Près des fermes, le battage va bon train : à la main ou à l'aide des animaux.

Déjà les laboureurs s'activent, les champs doivent être prêts pour l'ensemencement, avant le mois de juin, début de la saison des pluies.

Des hommes, araire sur l'épaule, guidant des ânes lourdement chargés, des femmes, dos courbés sous le poids des cruches d'eau ou des fagots de bois, des enfants de tous âges sur le chemin de l'école quand ce n'est pas bâton en main surveillant un troupeau de zébus ou de chèvres. De l'aube au crépuscule, un cordon humain avance le long des chemins.

Sorti d'Addis, fini les baraques de tôle, fini aussi les nouveaux immeubles en béton et les anciennes maisons en pierre de l'époque italienne. L'habitat traditionnel reprend ses droits : huttes rondes surmontées d'un toit pointu en paille au travers duquel s'échappe, au petit matin, la fumée du foyer intérieur. Sol de terre battue, armature en branches d'eucalyptus, torchis pour colmater les interstices et faire obstacle à l'air frais. Car même si on se trouve tout près de l'équateur, le froid pince au-delà des 2500 m d'altitude. Entre Debré Birham et Kombolcha, la route ne cesse de grimper et soudain, dans le froid vif des 3200 mètres d'altitude et la brume des sommets, se découpe une faille : la «fenêtre afar». Elle s'ouvre sur un impressionnant précipice bordé de minuscules fleurs blanches. Tout au fond brillent les méandres de la rivière Awash.

Il faudra deux jours de 4 X 4 pour atteindre Lalibela à 700 km d'Addis. On s'arrête admirer les babouins gélada qui caracolent dans les escarpements des falaises, crinière au vent et poitrail arborant leur fameuse tache rouge.

Le passage dans une agglomération est l'occasion de déguster un buna («café» en amharique) ou un jus de fruit «à étages» (avocat, mangue, papaye) sans eau, juste la pulpe et quelques gouttes de lomi («citron»). Ou encore l'injera (plat national) et même des spaghettis sauce bolognaise et berbéré (piment).

Lalibela, ses églises monolithiques

La piste vers Lalibela grimpe sur les hauts plateaux. À mi-pente, ruisselle une eau sacrée. Tous les conducteurs s'arrêtent pour s'asperger d'eau bénite, déposer leur obole dans le petit autel et s'assurer ainsi d'un bon voyage.

La religion est très présente en Éthiopie. Du haut de ses 2600 mètres d'altitude, l'ancienne Roha en est une des preuves. Elle a été rebaptisée Lalibela («Les abeilles reconnaissent sa souveraineté»), du nom du roi éthiopien qui a fait tailler dans le tuf, à la fin du XIIe siècle, 11 églises.

Le site est en quelque sorte la reconstitution de Jérusalem. Le Jourdain, la colline des sept oliviers, le Sinaï, le Golgotha... Les fresques sur les murs illustrent l'Ancien et le Nouveau Testament. Tout cela conservé depuis plus de 800 ans.

Ville sainte de l'Éthiopie, Lalibela accueille des milliers de pèlerins lors des grandes fêtes chrétiennes orthodoxes.

Des églises extraites de la terre, il faut voir ça! Le monument a d'abord été excavé, un bloc brut, ensuite les façades ont été travaillées et font apparaître pilastres, corniches, piliers, fenêtres, portes. Certaines fenêtres sont aveugles. Celles qui ont été percées ont permis d'évider le bloc et de pénétrer dans le roc afin de modeler les volumes intérieurs : coupoles, voûtes, arcs, piliers, nefs, chapiteaux, tout ce qu'on peut voir dans une basilique.

La plus émouvante est Biéta Ghiorghis (la maison de Saint-Georges). Quelle féerie quand les rayons du couchant ravivent le grès rose de ses murs, ombrent les nuances de lichens qui l'habitent depuis huit siècles et dégagent avec netteté l'imbrication en creux et en relief des croix qui ornent son sommet.

Après cette journée culturelle bien remplie, nous nous retrouvons autour d'un tedj. C'est une sorte d'hydromel, une boisson fermentée à base de miel. À Lalibela, ville des abeilles, le tedj ne peut être que délicieux.

Axoum entre histoire et légendes

L'étape suivante sera Axoum, à des kilomètres à travers le Tigré, ses montagnes tabulaires, ses pitons volcaniques, ses orgues de basalte.

Cette région, frontalière avec l'Érythrée, garde les traces des guerres successives et notamment du Derg (dictature militaire conduite par Mengistu).

Nous ne pouvions traverser le Tigré sans visiter quelques-unes de ces églises rupestres, creusées dans les falaises. Des centaines de sanctuaires, certains interdits aux femmes.

Le clou de la journée est incontestablement Abreha et Asbeha ou Debra Negast (monastère des rois). Dès le seuil, on reste muet d'admiration devant les peintures qui couvrent les murs et les plafonds.

Avant d'arriver à Axoum, un détour s'impose pour visiter le temple de Yeha (ruines d'époque pré-axoumite, cinq siècles avant J.-C.). La plus ancienne construction sur le sol éthiopien aurait été édifiée par des Sabéens venus du Yémen. Le musée recèle des pierres gravées en sabéen, en grec et en guèze. On y trouve des frises d'ibex. On y parle aussi de Gudit, reine juive qui aurait persécuté les chrétiens.

Ancienne capitale du pays et royaume de la légendaire reine de Saba (Makeda, comme on la nomme ici) et du roi Salomon, Axoum est le berceau du christianisme en Éthiopie. Légendes et histoire se mêlent en ce lieu et les travaux archéologiques entrepris depuis peu commencent à dévoiler les confidences de la terre.

Les monolithes du IIe siècle av. J.-C. sont bien visibles. Croix, couronnes précieuses, les trésors de l'ancienne Sainte-Marie-de-Sion s'exposent. Pour admirer le manuscrit aux belles enluminures, il faudra entrer dans le nouveau sanctuaire que fit construire le Négus Halié Sélassié.

Une longue marche nous mène aux tombeaux de Meskal et de Kaleb, rois axoumites du VIe siècle.

En chemin, nous nous attardons devant les bains de la reine de Saba. De jeunes enfants y barbotent, les mamans lavent les vêtements, les grands puisent l'eau. Plus loin à l'abri dans une cabane obscure, la pierre d'Ezana, récemment mise au jour par un laboureur, exhibe ses textes gravés en gèze, en sabéen et en grec.

Gondar et les empereurs Fasilades

Deux jours de route sont nécessaires pour parvenir à la cité impériale de Gondar. Capitale d'Abyssinie au XVIIe siècle, Gondar était la cité impériale des rois Fasilades. Dans un environnement verdoyant et bruissant d'oiseaux, on peut admirer les vestiges de ces magnifiques châteaux fortifiés qui dressent leurs pans de murs, leurs donjons, leurs créneaux en pierre.

À proximité, on ne manque pas de visiter les bains de Fasilades. Autrefois lieu de détente, ce bassin est de nos jours rempli une fois l'an pour le traditionnel bain de la fête de Timkat qui commémore le baptême du Christ.

On ne quitte pas Gondar sans visiter l'église Debré Birhan Selassié (église de la Trinité). Magnifique iconographie. Le plafond est entièrement peint de visages de chérubins aux yeux écarquillés, qui n'ont de cesse de vous suivre du regard. Au-dessus de la porte, on découvre avec étonnement Mahomet enchaîné sur son dromadaire et emmené par le diable.

Bahar Dar et les sources du Nil Bleu

C'est en voiture, sur l'asphalte enfin, que nous rejoindrons Bahar Dar, petite ville au bord du lac Tana. Le plus grand lac d'Éthiopie avec ses monastères accessibles par bateau, ses hippopotames, ses pêcheurs qui glissent en silence sur de légères barques de papyrus, ses colonies de pélicans qui, le soir, font l'attraction des touristes installés sur la rive. C'est de ce lac qu'est issu le Nil Bleu. Abbay, comme on le nomme ici, va parcourir 1500 km avant de rejoindre le Nil blanc et former le mythique Nil. Nous n'irons pas si loin pour admirer ses chutes. À 30 km de là, un chemin y conduit. Le sentier débouche sur un spectacle étourdissant : le fleuve serpente, luisant sous le soleil couchant et soudain précipite ses eaux du haut de ses 400 mètres.

Nous nous rendons jusqu'à la péninsule de Zhegué. L'église d'Uhra Kidane Mehret nous y attend. Nous ne pénétrerons pas en son centre, mais la galerie couverte qui court tout autour du saint des saints est une merveille picturale. Comme partout, on y retrouve Ghiorghis, patron de l'Éthiopie, qui n'est autre que Saint-Georges terrassant le dragon du haut de son cheval blanc.

Retour à Addis-Abeba

Deux jours pour rejoindre la capitale. Une toute dernière visite au monastère Debré Libanos. Notre chauffeur nous guide jusqu'à la grotte où vécut saint Takla Haymanot. La légende dit que ce saint homme pria debout, sans manger, ni boire, ni dormir pendant des années. À la fin, son fémur se détacha. Il continua de prier sur une seule jambe.

Un cordon de fidèles vient faire provision d'eau sacrée qui suinte de la voûte et s'en revient trempé de la tête aux pieds. C'est purifiés que nous sommes rentrés à Addis.

 




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