Les canaux et les ruelles de la Cité des Doges ont une fois de plus cette année offert un cadre somptueux au carnaval de Venise, qui s'est clos hier avec la célébration du mardi gras, dernier jour d'abondance avant le carême qui s'amorce aujourd'hui. Le carnaval, qui connaît un regain de popularité, s'était mis en branle le 7 février, avec le traditionnel vol de l'ange sur la place Saint-Marc baignée de soleil.

Mis à jour le 17 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Conformément au rituel, une jeune fille vêtue d'un costume de plumes s'est lancée du haut du Campanile, la tour de 97 m qui fait face à la basilique Saint-Marc, en glissant le long d'un filin d'acier pour atterrir sur la place bondée sous les applaudissements de la foule.

 

Le vol de l'ange aurait été inspiré par la performance d'un funambule turc qui, en 1548, aurait rejoint le Campanile en équilibre sur une corde. Ce furent ensuite les ouvriers de l'Arsenal qui tinrent le rôle d'équilibristes, puis, pendant un temps, un pantin de bois les remplaça à cause des nombreuses chutes.

Véritable épicentre du carnaval, la place Saint-Marc est le lieu idéal pour parader en costume, même si le temps était un peu frisquet pour Iris, une touriste brésilienne: «Chez nous, au Brésil, il n'y a, disons, pas vraiment de costume! Mais ici, avec ce froid, c'est bien d'avoir ce genre de robe.»

«Ils sont vraiment beaux, tous ces costumes des XVIIe et XVIIIe siècles», s'enthousiasme-t-elle.

Le carnaval, tombé en désuétude pendant des décennies, a été remis au goût du jour par la municipalité en 1980. Il propose désormais un large éventail d'activités allant du «carnaval des enfants» au «jardin de la créativité».

L'art du costume

Les soirées masquées et costumées, qui permettent à la Sérénissime de s'animer à une période de l'année autrement plutôt morne, ont fait naître toute une industrie. Les costumes et surtout les masques représentent une part non négligeable du chiffre d'affaires des commerces vénitiens.

Ainsi, c'est l'affluence dans l'atelier de costumes Pietro Longhi, un des plus célèbres de Venise. Cette année, le maître des lieux, Francesco Briggi, qui a choisi Louis XIV comme source d'inspiration, a découpé, cousu et brodé des dizaines d'habits du Roi-Soleil et de robes d'époque.

«Je dévore tous les jours des livres d'histoire de l'art ou des costumes. Je suis ainsi capable de mieux conseiller mes clients», explique-t-il.

En 15 ans de métier, ce couturier aux doigts d'or a confectionné près de 500 déguisements. Tout est fait à la main et sur mesure, comme un incroyable habit Henri VIII ou encore un costume d'Arlequin.

Il a constaté lui-même un retour en grâce du carnaval auprès de ses compatriotes: «Beaucoup d'Italiens et quelques Vénitiens reviennent à Venise pour la fête et le carnaval au lieu de partir aux Maldives ou d'aller skier.»

Une fois costumé, on peut participer aux grandes soirées masquées qui émaillent le carnaval et auxquelles les amateurs se préparent des semaines à l'avance.

«C'est une sorte d'expérience, de se transformer, de voir les autres se transformer et de voyager dans le temps... C'est vraiment très excitant», raconte une touriste anglaise, Judith.

«Il faut aimer le costume pour se mettre dans le rôle, et aimer les gens autour de soi. Car le carnaval, ici, ça veut dire aussi toujours sourire à ceux qui viennent vous demander de poser avec vous en photo», témoigne Vanessa, passionnée du carnaval.

Une passion qui n'a pas de prix: pour un costume made in Venise, il faut compter environ 1500 à l'achat ou entre 160 et 200 par jour en location.