Première capitale de l'Empire russe, Kiev a longtemps été perdue dans l'ombre de Moscou et l'immensité de l'Union soviétique. Aujourd'hui, elle renaît en même temps que l'État indépendant ukrainien et offre au visiteur toute son histoire dans un surprenant bassin d'attractions. Selon le Sunday Times Travel, Kiev est la troisième ville européenne où il est le plus avantageux de voyager cette année, en ce qui a trait au rapport qualité/prix.

Frédérick Lavoie, collaboration spéciale LA PRESSE

Jour 18h

Marché bessarabien

Arrivée tôt par le train de Moscou, je plonge dans Kiev par les narines. Les commerçants du marché bessarabien en sont encore à peaufiner leurs étalages pour rendre attractifs leurs produits déjà bien colorés. L'odeur des légumes marinés réveille le voyageur autant que leur éclat. Le boucher découpe sur une immense bûche de bois des morceaux de «salo», du gras de porc pur que les Ukrainiens adorent, notamment comme accompagnement à la vodka. À peine le marché est-il ouvert que les commerçants hèlent les visiteurs en vantant la fraîcheur de leurs produits. Marché oriental typique, agrémenté d'une sauce slave.

Le marché bessarabien se trouve à l'extrémité sud de la rue Krechtchatik, l'artère principale de la capitale. En remontant la Krechtchatik vers le nord, on commence à apprivoiser le mélange des styles soviético-russe et européen de Kiev, autant dans les bâtiments que dans les gens qu'on y croise.

Quelques minutes de marche et me voici au coeur de la ville, sur la place de l'Indépendance. La «Maydan nezalejnosti» est devenue mondialement célèbre en 2004 lorsque des centaines de milliers d'Ukrainiens s'y sont rassemblés pour contester les résultats frauduleux de l'élection présidentielle, événement connu sous le nom de «révolution orange». Aujourd'hui, l'orange a un goût plutôt amer, mais la «Maydan» demeure le lieu de rencontre naturel des Kiéviens.

10h

La tournée des églises


La richesse, les prouesses architecturales et les références historiques des temples religieux de Kiev les rendent incontournables.

Trois des plus belles églises se trouvent dans un rayon de 500 mètres. La cathédrale Sainte-Sophie, construite au XIe siècle, est la plus ancienne. Au sommet de son clocher, on a une bonne vision périphérique de la ville.

L'église du monastère Saint-Michel est quant à elle une réplique moderne. À l'intérieur, presque chaque centimètre est couvert de fresques représentant des saints, dans la plus pure tradition orthodoxe. Dans un coin, un pope chante une messe devant des Ukrainiennes voilées.

L'église Saint-André, construite par le célèbre architecte italien Bartelomeo Rastrelli au XVIIIe siècle, est un peu redondante. Même si les trois églises ont été construites à des époques différentes, elles se ressemblent: façades bleues, dômes dorés, intérieur traditionnel. Les comparer plus minutieusement peut toutefois s'avérer un exercice instructif.

13h

La descente Andrievsky


Au pied de l'église Saint-André débute la charmante descente Andrievsky (Andrievsky uzviz), une rue pavée historiquement habitée par des artistes. Ce n'est donc pas un hasard si les kiosques de souvenirs y pullulent. Il y a beaucoup de produits «made in China» exploitant l'attrait de l'exotisme soviétique, mais on y trouve aussi des oeuvres d'art traditionnel, comme les poupées et les chemises brodées typiquement ukrainiennes.

Les travaux de rénovation de la descente Andrievsky traînent depuis plusieurs années, mais s'ils finissent par finir, la descente promet d'être l'une des rues les plus attrayantes d'Europe de l'Est.

Au bas de la descente se trouve le Musée d'une rue, qui retrace l'histoire de l'Andrievsky. Quelqu'un a eu l'idée originale de rassembler au cours des siècles les objets, photos, meubles et écrits des habitants célèbres et moins célèbres de cette rue mythique. Chaque vitrine est ainsi dédiée à un appartement et au personnage qui l'a occupé à une époque. En dépit de l'affiche en anglais, l'exposition est toutefois entièrement en russe et en ukrainien. Le coup d'oeil en vaut toutefois la peine.

16h

Musée Tchernobyl


Tchernobyl. Le nom est imprimé à jamais dans la mémoire collective mondiale. Mais en Ukraine, les séquelles de l'accident de 1986 dans cette centrale nucléaire située à 100 km de Kiev sont aujourd'hui une réalité. Le musée se veut avant tout un hommage aux courageux «liquidateurs» qui ont donné leur vie - consciemment ou non - pour éteindre le feu dans le réacteur. Malheureusement, là aussi, les inscriptions sont en russe uniquement, hormis quelques découpures de journaux ou documents officiels occidentaux.

Jour 2

10h

Petcherska Lavra


Même en plein milieu de semaine, les pèlerins affluent au «Monastère des caves» (Petcherska Lavra), l'un des sites sacrés de l'église orthodoxe ukrainienne. Pour le touriste agnostique, qui se remet tout juste de son indigestion d'églises de la veille, la visite vaut le détour pour les caves du monastère. Muni d'un cierge acheté à l'entrée, on s'enfonce dans l'obscurité. Dans les dédales de caves sont disposés les corps momifiés de 123 moines. Les fidèles embrassent à tour de rôle leurs cercueils vitrés et les icônes disposés sur les murs.

Deuxième attrait du monastère: le musée des miniatures. Rien de religieux dans cette intéressante petite exposition. Le hobby de l'agronome ukrainien Nikolaï Siadristy a de quoi impressionner. Avec des outils qu'il a confectionnés lui-même (tout simplement parce qu'ils n'en existaient pas), il a confectionné de minuscules oeuvres d'art: un livre de 12 pages faisant 0,6 mm carré où sont inscrits les vers du célèbre poète ukrainien Chevtchenko, une frégate dont les cordages sont 400 fois plus fins qu'un cheveu, ou encore une pierre en forme de rose incrustée dans un cheveu humain. Sans microscope, ces chefs-d'oeuvre n'auraient l'air que de grains de poussières...

12h

La Mère-Patrie

De Petcherska Lavra, une longue promenade commémorant les soldats morts au combat lors de la Seconde Guerre mondiale mène à la gigantesque statue de la «Mère-Patrie» (Mat Rodina). Cette grande dame de fer de 62 mètres, tenant vigoureusement le bouclier et le glaive, trône au sommet d'une colline comme un souvenir indélébile de ce conflit qui a coûté la vie à des millions d'Ukrainiens soviétiques et détruit une bonne partie de la ville, occupée par les nazis de 1941 à 1943. Sous elle se trouve le musée de la Grande Guerre patriotique, nom donné à la Deuxième Guerre en URSS. Une visite vous permet de mieux comprendre comment fut interprétée la victoire contre le nazisme de l'autre côté du Rideau de fer.

14h

Kiev-Plage


Par un bel après-midi de printemps ensoleillé, une plage à 15 minutes à pied du centre-ville relève de la bénédiction. C'est probablement par miracle d'ailleurs si la majeure partie de la berge orientale du Dniepr a échappé au développement urbain, particulièrement celui effréné des années de folie capitaliste post-communiste. Sur plusieurs kilomètres s'étendent des plages de sable fin, plus ou moins bien entretenues selon les endroits. La baignade dans le très pollué Dniepr est toutefois peu recommandée, quoique plusieurs Kiéviens s'y adonnent, notamment en plein hiver, lors de la saucette traditionnelle de l'Épiphanie dans le fleuve glacé. Lors de mon passage, ce sont les pêcheurs qui se disputaient les meilleurs emplacements, plutôt que les quelques citadins venus prendre un bain de soleil.

19h

Théâtre Koleso


Il ne faut pas obligatoirement parler la langue d'un pays pour apprécier son théâtre. À défaut de saisir le texte, on peut se concentrer sur la gestuelle et la mimique des acteurs, qui en disent souvent long sur les coutumes et mentalités locales. Au théâtre contemporain Koleso («La Roue»), sur la descente Andrievsky, les acteurs se donnaient à fond pour nous faire goûter à leur Nuit d'amour, une pièce qui nous entraîne dans la campagne ukrainienne. Mes oreilles n'ont tout de même pas été en reste, les acteurs entonnant souvent en choeur des chants traditionnels ukrainiens.

Photo: Frédérick Lavoie, collaboration spéciale

À 15 minutes à pied du centre de Kiev, les plages s'allongent sur la rive orientale du Dnipro.