Jonathan B. Roy vit le fantasme de bien des globe-trotteurs : être payé pour voyager pendant un an. En effet, celui qu’on a connu durant ses voyages à vélo partout sur la planète a été choisi par Airbnb afin de promouvoir le télétravail à l’international. Son profil a été sélectionné parmi 314 000 candidatures !

Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Rentré au Québec au début de la pandémie, l’auteur du livre Histoires à dormir dehors était occupé à replanter ses racines dans le territoire qui l’a vu naître lorsqu’il a su qu’Airbnb cherchait 12 voyageurs pour mettre en lumière son programme Live Anywhere. Non pas des influenceurs musclés et bronzés dont les comptes Instagram regorgent d’abonnés, mais des individus de tous les horizons qui séjourneraient au moins 28 jours dans chacune de leurs destinations.

En échange d’une somme couvrant leurs dépenses et des crédits d’hébergement, les 12 chanceux doivent remplir deux tâches : répondre à des questions sur leur expérience au début, au milieu et à la fin de chaque séjour, et accepter que la multinationale partage certaines de leurs photos de voyage.

Aux yeux de Jonathan B. Roy, cela semblait trop beau pour être vrai ! « J’étais convaincu que c’était une arnaque, un peu comme les appels nous annonçant qu’on vient de gagner une croisière », explique-t-il en visioconférence en direct de Marrakech. « Je me disais qu’il n’y avait aucune chance que ça arrive, mais que je pouvais quand même prendre 10 minutes pour remplir le formulaire… »

Puis, tout a déboulé. Il a passé des entrevues, appris qu’on l’avait choisi et reçu de l’argent dans son compte. « À ce moment-là, je me suis dit qu’il fallait peut-être que je pense à ma valise ! »

(Re)partir en voyage

IMAGE FOURNIE PAR VÉLO QUÉBEC

Histoires à dormir dehors, de Jonathan B. Roy, Vélo Québec, 264 pages

N’allez pas croire que le grand voyageur attendait la première occasion de quitter le pays. « Les gens nous mettent souvent dans une boîte, dit-il. Quand j’étais avocat, j’étais seulement l’avocat. Durant mes voyages à vélo, j’étais le cycliste toujours parti en voyage. Pourtant, on est tous beaucoup plus que notre travail ou un seul aspect de notre personnalité. Je suis capable de faire autre chose que du vélo au bout du monde. »

Il précise d’ailleurs que sa motivation principale a toujours été la curiosité, et non le nombre de kilomètres avalés ou de pays visités.

Je voulais voir comment les gens vivent ailleurs, à quoi ressemblent le climat et les paysages, découvrir la petite histoire des habitants et la grande histoire de leur pays. Après des années à vivre ainsi, je pensais avoir fait le tour.

Jonathan B. Roy

Après quatre ans à pédaler, il a été freiné par la pandémie, deux mois avant la fin de son projet. « Ce n’était pas aussi choquant que si j’étais au début d’une aventure que je préparais depuis des années. J’avais presque complété ce que j’avais prévu. »

Son retour au Québec a même été adouci par la pandémie, qui forçait tout le monde à s’ajuster à un nouveau mode de vie. « Je connais des voyageurs qui sont rentrés chez eux après de longs séjours, avant la pandémie, et qui réalisaient que rien n’avait changé, alors qu’eux n’étaient plus les mêmes. Ça, c’est dur à vivre. »

Ne comptez pas non plus sur lui pour se plaindre de l’isolement dû aux mesures sanitaires. « Quand je voyageais à vélo, j’étais seul la plupart du temps. Parfois, je préférais rester dans ma tente plutôt que de séjourner dans les hôtels qui étaient trop laids. Donc, le fait de revenir au Québec et de pouvoir apprécier un matelas, une douche et la nature, ce n’était que du positif. »

Nomade de nouveau

Pendant près d’un an et demi, il a apprécié sa vie québécoise aux côtés de sa copine, Gabrielle, avec qui il a fait des offres d’achat sur quelques maisons. Manque de chance, le marché immobilier endiablé a bousillé leurs plans. À moins que ce ne soit le destin qui voulait les faire voyager ensemble.

Le 30 septembre, ils se sont envolés pour le Maroc, où ils louent un appartement pendant plusieurs semaines. Sur place, le voyageur québécois écrit des articles et le deuxième tome de ses aventures à vélo, en plus de découvrir le pays du couchant lointain.

PHOTO FOURNIE PAR JONATHAN B. ROY

Jonathan B. Roy et sa copine, Gabrielle, devant une mosquée à Casablanca, au Maroc

Dès son arrivée, il a été saisi par le caractère chaotique de la capitale, la forte présence du désert, la couleur ocre qui tapisse son regard et… le plaisir d’être ailleurs. « J’ai réalisé que les voyages me manquaient. Ça fait du bien d’être un peu perdu et de ne pas savoir quoi faire. J’aime être ici. Je dirais même qu’un mois, ce n’est pas assez. »

C’est pourtant l’entente avec Airbnb : de quatre à six semaines par ville et hop ! on recommence ailleurs. Prochains arrêts : Albanie, Slovénie et Italie. « Quand on préparait nos valises, on devait penser à ce qu’il nous fallait durant presque un an, mais c’est difficile de savoir où on pourra aller en fonction de la pandémie et des vaccins. »

Les amoureux ont néanmoins choisi de se priver des vélos, très chers et complexes à transporter sur une base régulière. À la place, ils se creusent les méninges pour choisir les pays et les lieux d’hébergement. « Dans certains pays, les crédits Airbnb pourraient nous permettre de louer le parlement ! »

Qu’est-ce qu’on disait déjà ? Ah ! oui, il est payé pour voyager.

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