C’est presque aussi logique qu’une formule mathématique : après le succès de Fragments d’ailleurs, où le journaliste voyageur Gary Lawrence nous conduisait en terres lointaines, le scribe reprend la formule un an plus tard avec Fragments d’ici, une anthologie de récits récoltés au gré de la Belle Province, comme autant de fleurs de lys. Inclus dans le billet : un regard critique sur le tourisme au Québec.

Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Un adage dit que l’on est souvent piètre touriste dans son propre pays. Gary Lawrence se soustrait à ce drôle de précepte en signant un second recueil de chroniques de voyage où il relate cette fois ses pérégrinations solitaires ou familiales sous nos latitudes. Entre eau (De port en port sur la Basse-Côte-Nord), terre (Retour aux sources au Massif dans Charlevoix), air (Sur l’esplanade des étoiles à Lac-Mégantic) et feu (De phare en phare aux Îles-de-la-Madeleine), c’est aussi un retour aux sources pour celui qui a commencé sa carrière en écumant routes, rives et monts locaux afin d’alimenter ses premières chroniques.

« Comme beaucoup de monde, j’ai commencé à voyager au Québec. Je faisais pas mal de caravaning aussi. Comme les Québécois ont repris le goût du Québec l’an dernier, peut-être auront-ils envie d’en explorer d’autres facettes », explique l’auteur, qui a réuni 25 de ses meilleurs textes parus dans les médias d’ici. Son but avoué : embrasser le plus de régions et de sujets possible, mêlant clins d’œil poétiques, aventures anecdotiques (le peu fabuleux destin de la statue de René Lévesque à New Carlisle) et itinéraires à suivre (pérégrinations avec sa fille à Saint-Jean-de-Matha ou avec son fils dans les Laurentides)...

Protection du patrimoine

Un très beau carnet de voyage qui met l’eau à la bouche, même si le journaliste n’a pas oublié d’y apporter une touche d’amertume, avec un texte introductif qui, plutôt que de verser dans l’angélisme aveugle, jette quelques pavés dans la mare touristique. Le Québec n’a rien à envier aux autres destinations ? Au contraire, il y a beaucoup à faire, clame l’auteur, qui cite entre autres les gros retards en matière de transports collectifs (rail sous-développé, lignes aériennes intérieures hors de prix) ou le laxisme pour la protection du patrimoine bâti.

« C’est la grosse tare du Québec, qui nuit à notre tourisme et notre culture, alors que c’est une richesse qui nous démarque et donne envie d’explorer les régions davantage », déplore Gary Lawrence, qui voit une lueur d’espoir dans la loi 69 (nouvelles dispositions concernant la Loi sur le patrimoine culturel).

D’autres éléments irritants : la carte du tourisme de masse encore trop souvent jouée, ou encore les lacunes en matière de pollution visuelle.

Il y a juste à voir ce qui est prévu avec le REM, une autre grosse langue de béton, alors qu’on est capable de faire du beau, comme le pont Champlain.

Gary Lawrence

Mais dans le monde touristique qu’il fréquente de longue date, il perçoit toutefois une évolution allant dans le bon sens : amélioration de la qualité de l’offre gastronomique et d’hébergement (surtout pour son dada : les nuitées dans des lieux insolites), expansion du réseau cyclable, foisonnement des festivals et des économusées, multiplication des certifications de qualité (pour l’écotourisme, par exemple), efforts fournis en matière de protection de la nature ; même si des failles subsistent encore sur ce point.

Tout n’est pas parfait, mais c’est aussi une question de regard ; et (re)visiter la province juché sur les épaules d’un baroudeur vous mettra sans nul doute d’excellente humeur.

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS SOMME TOUTE

Fragments d’ici, de Gary Lawrence

Fragments d’ici
Gary Lawrence
Éditions Somme Toute
168 pages

Fragments choisis

S’il ne pouvait choisir qu’une seule option dans les catégories suivantes au Québec, laquelle Gary Lawrence élirait-il ? Des choix déchirants, mais inspirants, dont certains sont décrits en détail dans Fragments d’ici.

- Un lieu où prendre une superbe photo : « L’île que l’on aperçoit en arrivant tôt le matin aux Îles-de-la-Madeleine, c’est l’une des plus belles cartes postales québécoises que je connaisse ! »

- Une pente de ski mémorable : tout le massif de Charlevoix, et particulièrement La Martine, « celle qui donne le plus l’impression de plonger vers le fleuve ».

- Une ascension trépidante : la Via ferrata des Géants du parc national du Fjord-du-Saguenay. « On longe les parois du fjord, en se retrouvant parfois à 200 m du sol. »

- Un parcours de navigation : à bord du Bella-Desgagnés, qui relie et ravitaille des communautés éloignées et des villages uniques de la Basse-Côte-Nord.

- Une nuit d’hébergement : dormir dans l’ancienne cabane du gardien du phare des îles du Pot à l’Eau-de-vie. On accède au sommet du phare à partir du gîte.

- Un souper alléchant : Chez Saint-Pierre, au Bic, qui présente « finesse, délicatesse et équilibre dans ses plats » : magret de canard à la vanille, jambon de cochon de lait au thé du labrador, salsa de betteraves aux raisins de Corinthe et cerfeuil braisé...