Vouloir boucler un tour de la planète, c’est chouette. L’entamer sur son vélo mérite des bravos. Mais embarquer au cours du projet un petit félin comme copain copilote, ça dépote !

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Curieux de savoir quelle tournure a prise ce périple ? Il suffit de lire Le monde selon Nala, qui vient tout juste d’être traduit en français. On y trouve le récit détaillé de Dean Nicholson, Écossais trentenaire qui s’est mis en selle en 2018 avec son ami Ricky — un humain, celui-ci.

Évidemment, rien ne se déroule comme prévu. Face aux aléas et difficultés, Ricky ne tarde pas à jeter l’éponge, laissant Dean seul sur les routes d’Europe. Quelques centaines de kilomètres plus loin, c’est au tour de son genou de le lâcher, avec le déchirement d’un ligament croisé. Mais dans sa malchance digne d’un chat noir, il déniche, au détour d’une route bosniaque, un minuscule chaton gris abandonné dans les montagnes, qui va marquer une bifurcation à tous points de vue.

N’ayant nulle part où aller, l’animal se met à suivre le cycliste comme une ombre. Jusqu’où ? Voilà qui n’était pas prévu, et qui risque même d’achever le déchiquetage de son programme tour-de-mondiste.

Mon cœur me disait de l’emporter, mais ma raison me rappelait à l’ordre. Mon voyage avait été suffisamment semé d’embûches. Je venais à peine de repartir du bon pied. Si je voulais arriver au Monténégro dans la soirée, je ne pouvais pas laisser ce chaton me ralentir.

Dean Nicholson, dans Le monde selon Nala

PHOTOS TIRÉES DU COMPTE INSTAGRAM @1BIKE1WORLD

Dean Nicholson a recueilli ce chaton affamé et perdu en Bosnie. Décidant de l’embarquer dans son voyage, il a complètement transfiguré celui-ci. Le cycliste voyageur en fait le récit dans Le monde selon Nala, paru récemment en français.

Mais voilà, ainsi va la vie, ainsi va le voyage : c’est justement parce que c’est impossible qu’on finit par le faire. Il est d’ailleurs trop tard, le petit chétif a déjà grimpé sur le guidon puis escaladé les bras de son bienfaiteur pour se nicher dans sa nuque. Le dilemme est vite balayé par la queue touffue du félin : son compagnon de route ne devait pas s’appeler Rick, mais plutôt Nala, nom de baptême du chat, qui logera désormais dans le bagage avant de l’Écossais pédaleur.

De quoi pimenter un périple déjà compliqué. Il faut passer des frontières. Soigner la frêle bête. La faire accepter partout où il circule. Finalement, Nala remodèlera complètement le visage de l’odyssée, ralentie, détournée, chamboulée. Dean s’aperçoit que c’est bien plus que sa route qui s’en retrouve transfigurée, mais également sa vision de la vie.

Sur Instagram, la boule de fourrure fait fureur et le duo improbable pelotonne sans tarder un réseau de près de 1 million d’abonnés, suivant les hauts et les miaous de leurs aventures sur les routes de la Grèce ou de la Turquie, entre passeports volés et soucis logistiques. Jusqu’à ce qu’une autre bestiole vienne leur mettre d’inéluctables bâtons dans les roues : le coronavirus. Leur tour du monde serait-il compromis ?

Très populaire sur les réseaux sociaux, le cycliste baroudeur, au fil de ces 320 pages écrites sans prétention littéraire, mais avec une touchante spontanéité, exprime de façon approfondie son attachement à son comparse poilu. On regrette un peu l’absence de photos, mais on se console avec les abondantes publications du compte Instagram de l’auteur.

IMAGE FOURNIE PAR CITY EDITIONS

Le monde selon Nala, de Dean Nicholson

> Consultez le compte Instagram de Dean et Nala

Le monde selon Nala. Dean Nicholson, avec la collaboration de Garry Jenkins. City Editions. 320 pages.

Offert en format papier ou en format numérique.