(Oslo) La compagnie à bas coûts Norwegian Air Shuttle, en grande difficulté financière, renonce au segment du long courrier, où elle était une pionnière des vols à rabais, pour se concentrer sur l’Europe, un « retour aux fondamentaux » précipité par la crise sanitaire.

Pierre-Henry DESHAYES Agence France-Presse

Le démantèlement de l’activité va affecter plus de 2000 emplois-dont près de 300 en France-et entraîner la mise en faillite de filiales en France, en Italie, au Royaume-Uni et aux États-Unis, a annoncé jeudi le directeur général, Jacob Schram.

« C’est la seule façon que nous avons d’assurer la survie de Norwegian pour être prêts quand la pandémie sera finie », a-t-il dit lors d’une conférence de presse.

Placée sous la protection des lois irlandaise et norvégienne sur les faillites, la compagnie a présenté le même jour un nouveau plan d’affaires qui prévoit son recentrage sur « un réseau de liaisons européennes sans longue distance ».

Elle compte aussi réduire sa dette totale à environ 20 milliards de couronnes (environ 2 milliards d’euros) contre 66,8 milliards de couronnes fin septembre, lever 4 à 5 milliards de couronnes de fonds nouveaux et mettre en exploitation quelque 50 avions cette année, puis environ 70 en 2022.

Dans le rouge depuis 2017, Norwegian a vu ses lourdes difficultés s’aggraver encore avec la pandémie de COVID-19 qui a paralysé le transport aérien mondial.

Sur une flotte pré-COVID-19 de 140 avions, seuls six appareils ont continué de voler ces derniers mois et les effectifs toujours en activité sont tombés à 600 personnes contre plus de 10 000 avant la crise.

Troisième compagnie à rabais européenne — jusqu’à la crise sanitaire —, Norwegian a révolutionné le transport transatlantique en 2012 en essayant d’étendre au long courrier les recettes du modèle à bas coûts (concentration sur le trafic entre grandes villes, utilisation intensive des avions…).

Mais elle y a accumulé les pertes, d’autant qu’elle a subi d’incessants déboires techniques : ses Boeing 777 Dreamliner ont d’abord connu des problèmes avec leurs moteurs Rolls-Royce, puis ses Boeing 737 MAX ont, comme les autres appareils de ce modèle dans le monde, été cloués au sol après deux accidents mortels.

286 salariés français concernés

En France, la liquidation de la base de Roissy Charles-de-Gaulle va toucher 286 salariés, dont 145 pilotes, selon le syndicat SNPL.

Affirmant que la compagnie avait reçu « plusieurs millions d’euros de subventions publiques dans le cadre de l’activité partielle » depuis mars 2020, le SNPL a appelé le gouvernement français « à avoir un œil très attentif à cette procédure de liquidation afin de s’assurer que Norwegian remplira bien toutes les obligations ».  

Le recentrage annoncé jeudi ferme, au moins provisoirement, un chapitre de la compagnie, relancée en 2002 comme compagnie à rabais par Bjørn Kjos, son ancien patron.

« La vision de Bjørn Kjos de faire de Norwegian une compagnie à bas coûts mondiale a pris fin pour l’instant », a commenté l’analyste indépendant Hans Jørgen Elnaes sur la chaîne TV2 Nyhetskanalen. « Maintenant, c’est un retour aux fondamentaux. Le marché sera la Norvège, l’Europe du Nord et l’Europe ».

Norwegian sera toutefois confronté à la concurrence de son rival historique, le transporteur scandinave SAS, et de la compagnie à rabais hongroise Wizz Air, en expansion sur un marché domestique norvégien qui a relativement mieux résisté à la crise que le reste de l’Europe.

L’avenir de la compagnie reste conditionné à un accord en cours de négociation avec les créanciers et à celui des autorités irlandaises chargées de se prononcer sur sa viabilité future.

Norwegian a par ailleurs affirmé avoir de nouveau sollicité l’État norvégien en vue d’une « possible participation étatique » à son plan d’affaires, sans préciser la nature exacte de cette éventuelle participation.

« Ce que Norwegian esquisse aujourd’hui est différent de la demande que nous avions examinée en novembre l’an dernier », a réagi la ministre du Commerce et de l’Industrie, Iselin Nybø, sous pression d’une partie de la classe politique qui réclame une intervention publique.

« Nous sommes maintenant en train d’évaluer attentivement la nouvelle demande », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Après avoir bénéficié de 3 milliards de couronnes de garanties publiques avant l’été, Norwegian avait subi un revers cinglant en novembre quand ses demandes d’argent frais avaient été rejetées par le gouvernement de centre droit.

La très volatile action Norwegian a clôturé en baisse de 5,19 % à la Bourse d’Oslo, portant sa chute depuis un an à 98,18 %.