Le raz-de-marée de voyages annulés, interrompus ou reportés à cause de la COVID-19 a mis au jour les forces et les faiblesses des polices d’assurance contractées par les consommateurs. Et soulevé un grand nombre de questions pour la suite. Pour beaucoup, il ne s’agit pas de savoir « quand » ni « où » ils repartiront en voyage, mais « comment » se protéger des ennuis financiers éventuellement causés par une nouvelle vague de COVID-19.

Violaine Ballivy Violaine Ballivy
La Presse

Pourra-t-on s’assurer pour les dépenses liées à la COVID-19 lors d’un prochain voyage ?

Pas dans l’état actuel des choses. La pandémie est connue de tous et documentée. « Une assurance voyage nouvellement achetée ne couvrira pas la COVID-19 puisque la situation mondiale du coronavirus est une “situation connue” ou un “risque connu” », explique Dominique Biron-Bordeleau, responsable des affaires publiques pour l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes. Or, l’assurance vise à prévenir un risque futur et incertain.

« Cependant, la situation évolue rapidement. Chaque compagnie d’assurances pourrait adapter son approche en fonction de l’évolution de la situation », ajoute Mme Biron-Bordeleau. Par exemple, si un pays réussissait à éradiquer le virus ou si un vaccin était découvert. Mais tout cela reste hypothétique. Par ailleurs, plusieurs sociétés ont cessé la vente de nouveaux contrats d’assurance voyage, à l’exception des travailleurs essentiels appelés à se déplacer en dehors du Québec — les camionneurs, par exemple — et des prolongations de couverture accordées à des clients coincés à l’étranger.

Paiera-t-on plus cher les prochaines polices d’assurance voyage ?

Les sociétés consultées affirment qu’il est trop tôt pour se prononcer. Cela dit, « on pourrait effectivement s’attendre à une augmentation de tarifs pour le volet “assurance annulation et interruption de voyages”, car personne ne peut confirmer qu’il n’y aura pas une pandémie de coronavirus 2.0 dans les prochains mois », soulève Suzanne Michaud, vice-présidente du secteur assurances de CAA-Québec.

Les personnes âgées de 70 ans et plus, qui présentent plus de risques de développer des complications graves de la COVID-19, pourraient-elles avoir des difficultés à contracter une police d’assurance voyage à l’avenir ?

« Les personnes de 70 ans et plus qui sont en bonne santé continueront d’être en mesure d’acheter une assurance voyage », assure Dominique Biron-Bordeleau. Mais à quel prix ? « Nos primes sont déjà établies en fonction de l’âge du voyageur. Il est trop tôt pour dire si la COVID-19 deviendra un facteur supplémentaire dans l’élaboration des primes », note Josiane Cousineau, porte-parole de la Croix-Bleue, au sujet d’une hausse probable des coûts.

Partir sans assurance, c’est une option ?

C’est risquer de devoir payer très, très cher la moindre visite à l’hôpital. D’autant que les frais sont généralement facturés en dollars américains — oui, même si le souci survient dans un pays où le dollar n’a pas cours. L’Autorité des marchés financiers (AMF) cite l’exemple d’une femme hospitalisée huit jours en Floride à la suite d’une pneumonie, qui devra débourser quelque 36 000 $ CAN pour les soins reçus. C’est un pensez-y-bien pour les gens qui ne seront pas couverts pour la COVID-19 et qui sont dans la tranche d’âge à risque.

Faudra-t-il se prémunir d’une assurance voyage pour se déplacer d’une province à l’autre au Canada ?

Oui, comme c’était le cas avant. « C’est même une recommandation de la Régie de l’assurance maladie du Québec, qui le répète sur tous les toits depuis des années ! », rappelle Suzanne Michaud. Les frais imposés sont moindres qu’à l’extérieur du Canada, mais ils ne sont pas négligeables. Une fracture ouverte traitée en Ontario, par exemple, vous coûtera un peu plus de 500 $ sans assurance.

Comment cet épisode transformera-t-il les assurances annulation ?

« Je ne serais pas surprise de voir que les assureurs pensent à modifier le mot à mot de leurs polices d’assurance voyage actuelles — volet annulation et interruption de voyage — pour préciser qu’un bon différé [voucher] ou un crédit futur offert par un voyagiste ou un transporteur aérien sont considérés comme un remboursement et ne peuvent donc pas faire l’objet d’un remboursement par un assureur », remarque Suzanne Michaud. La politique adoptée par les assureurs au sujet des bons différés a suscité beaucoup de grogne de la part des consommateurs. Option consommateurs a officiellement pris position dans le dossier, le 4 mai, et dénoncé cette pratique, estimant que les crédits voyage, qui comportent une date d’expiration — de 12 à 24 mois après leur émission —, contreviennent à la fois aux dispositions du Code civil du Québec sur la restitution des prestations en cas de force majeure et à celles de la Loi sur la protection du consommateur du Québec sur les instruments de paiement prépayés. « Si des dérogations temporaires ont pu être offertes aux transporteurs aériens en raison de la crise, il est difficile de comprendre pourquoi on ne peut pas aussi faire preuve de souplesse envers les consommateurs. Si les compagnies aériennes éprouvent des problèmes de liquidités, bien des consommateurs subissent eux aussi des pertes financières graves », a dénoncé Elise Thériault, avocate chez Option consommateurs.

Pourquoi contracter une assurance annulation alors que le FICAV existe ?

De nombreux consommateurs ont été dirigés par leur assureur au Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages (FICAV), géré par l’Office de la protection du consommateur (OPC), un filet de protection bien moins onéreux que les assurances privées pour le client, et se demandent pourquoi, lors d’un voyage futur, ils ne pourraient pas s’en contenter et économiser des sommes substantielles. D’une part, il faut savoir que le FICAV ne protège que les achats faits par l’entremise d’un agent de voyages, comme son nom l’indique — pas ceux faits directement sur le site du transporteur aérien, ferroviaire, etc. De plus, le FICAV ne couvre pas toutes les dépenses liées au voyage — par exemple, il ne couvre pas les dépenses liées aux bagages perdus. Débordé par le flot important de réclamations, l’OPC a mandaté la firme PricewaterhouseCoopers pour gérer les demandes. « Des discussions sont en cours entre le gouvernement du Québec, des représentants du monde de l’assurance et d’autres de l’industrie du voyage, pour tenter de faciliter les démarches d’indemnisation des clients des agents de voyages », assure Charles Tanguay, porte-parole de l’OPC.