Êtes-vous de ceux qui inclinent leur siège d’avion dès le décollage terminé ? Ou de ceux qui ragent dès que le siège devant eux s’incline de quelques pouces ? Sujet de discorde entre les passagers, le débat a été relancé après la diffusion sur Twitter d’une vidéo montrant un conflit entre deux passagers.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Le 8 février dernier, l’Américaine Wendi Williams a publié sur son compte Twitter une vidéo filmée le 31 janvier, lors d’un vol d’American Airlines, opéré par Republic Airways, reliant La Nouvelle-Orléans à Charlotte, en Caroline du Nord. Les images la montrent dans son siège, incliné, alors que le passager assis derrière elle frappe de façon répétée dans son siège pendant les 45 secondes de la vidéo. « Il était en colère que j’incline mon siège et l’a frappé environ neuf fois FORT, à ce point, j’ai commencé à le filmer, et il a arrêté ce comportement », a écrit Mme Williams dans sa publication.

En entrevue avec le New York Times, la passagère a raconté que l’agent de bord lui avait demandé d’effacer la vidéo et lui avait donné un avertissement. Le passager derrière elle a reçu une consommation gratuite. N’ayant pas été identifié, celui-ci n’a pas donné sa version des faits. American Airlines a pour sa part déclaré, par l’intermédiaire de son porte-parole, qu’elle était au courant d’une dispute survenue entre des passagers et a invité ses clients à être respectueux les uns des autres.

Question très clivante

Visionnée 1,4 million de fois, la vidéo a relancé le débat sur le droit d’incliner son siège en avion. Une question très clivante à en juger par les nombreux commentaires qu’a générés la publication. Alors que certains arguent que si les sièges sont conçus pour être inclinés, les passagers sont en droit de les incliner, d’autres dénoncent le manque de considération pour autrui et montrent du doigt l’espace restreint dans les avions.

Ajoutant son grain de sel dans le débat, le PDG de Delta Air Lines, Ed Bastian, a déclaré, en entrevue sur les ondes de CNBC, que les gens ont le droit d’incliner leurs sièges.

La bonne chose à faire, si vous allez vous incliner vers quelqu’un, est de demander d’abord si c’est correct.

Ed Bastian, PDG de Delta Air Lines

Il a ajouté que Delta Air Lines teste présentement sur certains vols des sièges avec un degré d’inclinaison réduit et évaluera la réponse des passagers.

« Les gens voyagent de plus en plus et ils sont plus grands, observe la spécialiste de l’étiquette et fondatrice d’etiquettejulie.com, Julie Blais Comeau. Les compagnies aériennes devront s’adapter. D’ici là, est-ce qu’on a le droit d’incliner son siège ? Oui. Il n’y a aucune infraction. Il n’y aura pas de ticket d’étiquette ! »

Elle croit néanmoins qu’il faut aussi tenir compte du confort de l’autre et éviter la confrontation. Et, selon elle, filmer cette confrontation n’est pas la meilleure façon de la régler. « La première chose est d’observer derrière et d’écouter : est-ce qu’il y a une maman qui est avec un enfant ? Est-ce que quelqu’un vient tout juste de recevoir un café ? Qui est la personne derrière ? Ensuite, on y va lentement. J’aimerais dire que demander la permission est la façon la plus polie de le faire, mais est-ce ce qui va éviter une confrontation ? Peut-être pas. » Devant un refus, elle recommande de s’adresser à l’agent de bord qui pourra, peut-être, vous trouver un autre siège dans l’avion.

Bien qu’elle qualifie d’« inapproprié » le geste du passager assis derrière Mme Williams, Julie Blais Comeau observe que celui-ci, étant assis dans la dernière rangée, n’avait pas la possibilité d’incliner son propre siège. « L’espace restreint dans les avions est un facteur [dont il faut tenir compte]. Il y a un élément de stress. La même situation en première classe, où l’espace est moins restreint, j’imagine qu’elle est très rare. »

Le processus de densification mis en place par les compagnies aériennes pour augmenter le nombre de places dans les appareils n’est certainement pas étranger à ces luttes territoriales observées en classe économique. En 2017, la Federal Aviation Administration (FAA), aux États-Unis, a été appelée à se pencher sur « le cas de l’incroyable rétrécissement du siège d’avion » par un juge de la Cour d’appel fédérale à Washington, à la suite d’une requête déposée par un groupe de passagers. La FAA a déterminé qu’aucune donnée ne permettait de démontrer que des sièges plus petits posaient un problème de sécurité.

Un gadget banni

La lutte pour l’espace dans les avions ne date pas d’hier. En 2003, un Américain a inventé et mis en marché le Knee Defender, un gadget qui peut être installé sur les supports de la tablette rabattable pour empêcher la personne devant soi d’incliner son siège. Ayant fait l’objet d’une altercation entre passagers en 2014 aux États-Unis, le Knee Defender est depuis interdit par la plupart des compagnies aériennes nord-américaines, y compris Air Transat, Air Canada et WestJet.

Chez Air Transat, la porte-parole, Debbie Cabana, indique ne pas avoir d’historique précis lié aux tensions qui peuvent survenir entre les passagers en lien avec l’inclinaison des sièges. Sur son site internet, Transports Canada souligne que « le personnel des compagnies aériennes et Transports Canada ne tolèrent pas les comportements qui nuisent au bon déroulement d’un vol ou qui compromettent la sécurité des passagers et des membres d’équipage ».