Les professionnels et étudiants du milieu du tourisme ont convergé vers le Musée des beaux-arts de Montréal, mardi, pour assister à une conférence portant sur l’état des lieux et les tendances du secteur. Butinant d’un enjeu à l’autre, les deux intervenants ont livré le fruit de leurs réflexions, esquissé des pistes de solution pour relever les défis actuels, mais aussi proposé des stratégies pour mieux répondre aux besoins spécifiques du touriste millésime 2020. Morceaux choisis.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Quelque 300 personnes étaient venues tendre l’oreille aux propos de Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et professeur à l’ESG UQAM, et de Pierre Bellerose, conseiller stratégique sénior à Tourisme Montréal. Signe des temps, le duo s’est attaqué tout de go à la question de l’anxiété, dans laquelle bon nombre de sociétés semblent patauger de nos jours. « On est à l’ère des marchés anxieux. Est-ce que le tourisme peut en profiter ? Est-ce que ça change la façon de se vendre ? », s’est interrogé M. Bellerose. De Greta Thunberg à la cybersécurité (avec les fuites chez British Airways ou Marriott), en passant par la prolifération des informations fallacieuses (fake news) et le règne médiatique de l’opinion : autant d’éléments ayant un impact sur le comportement des voyageurs et avec lesquels les professionnels du tourisme n’auront pas le choix de composer.

Les conférenciers ont embrayé sur la question du surtourisme, rappelant que ce phénomène était déjà observable au XIXe siècle à Paris, alors que les locaux s’inquiétaient de l’arrivée « massive » de visiteurs britanniques. « On ne va pas nier cette réalité, mais on est capable de faire du développement », soutiennent MM. Bellerose et Arseneault, évoquant le cas des Îles-de-la-Madeleine. Leurs solutions ? Ils en suggèrent une pléthore, notamment celles-ci : miser sur la qualité des expériences plutôt que sur le quantitatif, améliorer les pratiques de planification et de gestion, limiter l’accroissement de la demande (avec des frais d’accès ou des restrictions d’horaire), promouvoir des endroits moins connus ou encore informer sur les coutumes locales ; le « Serment islandais » pour le tourisme responsable, à signer par les touristes à l’aéroport de Keflavik, constituant un bel exemple de sensibilisation à mettre en œuvre.

De la bienveillance aux cinq sens

L’enjeu crucial du tourisme durable fut également abordé, entre autres avec l’aspiration à, voire l’obligation de compenser l’empreinte carbone d’un séjour. D’ailleurs, quel est l’impact des visiteurs dans la Belle Province ?

Si le Québec ou Montréal devenait l’endroit où l’on mesure le plus précisément l’empreinte des visiteurs, ce serait un beau projet.

Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et professeur à l’ESG UQAM

Autres concepts examinés et, éventuellement, à exploiter : le tourisme de bienveillance, qui consiste à offrir de l’aide ou un service de façon totalement désintéressée à un voyageur, dans un monde où tout semble tourner autour de l’égoportrait ; le tourisme « de sens », à tendance épicurienne, sollicitant les cinq sens humains — comme le fait la société montréalaise Déjà Vu, avec ses expériences olfactives, créant ou recréant des odeurs liées à des lieux ou à des évènements.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Retour du balancier de la hausse croissante mondiale du tourisme : la tendance « micro » a le vent en poupe, comme l’illustre le Mile Ex End Musique.

Enfin, la tendance au microévènement a été scrutée à la loupe, à la lumière de l’essoufflement des grands de ce monde (citons l’écroulement de Thomas Cook). Les évènements symptomatiques de ce retour à l’infiniment intime : l’émergence des microfestivals, comme le Mile Ex End Musique, organisé sous le viaduc Rosemont-Van Horne, celle des agences de microvoyages ou encore des petites expositions itinérantes, telles que le musée Micro-Folie, une galerie d’art virtuelle numérique et itinérante qui a fait le tour de la Corse.

Les professionnels de l’industrie au Québec sauront-ils se mettre au diapason des nouveaux penchants de leurs clients ? Réponse au cours de la prochaine décennie ; et au-delà.