Moins d’avion, plus de palpitations ? Même s’il reste difficile de prévoir comment le comportement des touristes évoluera en 2020, quelques indicateurs laissent présager de tendances qui pourraient s’affirmer cette année. Entre Greta et la 5G, voici ce que nous avons entraperçu dans notre boule de cristal.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

L’effet Greta

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Les appels de Greta Thunberg se traduiront-ils réellement par une modification des comportements en matière de voyages ? L’année 2020 le dira.

Placée sous tous les projecteurs en 2019, la militante suédoise a apporté beaucoup d’eau au moulin environnemental, prêchant même par l’exemple en se rendant à New York en voilier. Ces semences plantées dans les consciences écloront-elles en 2020 ? Le flygskam (honte de prendre l’avion, en suédois) prendra-t-il son envol ?

Des agences de voyages suivent le tempo, renforçant leurs politiques de compensation carbone. La québécoise Karavaniers a, par exemple, adhéré en 2019 à l’organisme « 1 % pour la planète », et reversera ce pourcentage de son chiffre d’affaires à des associations environnementales.

Même les entreprises de croisières s’y mettent, leur association internationale CLIA ayant annoncé en décembre viser une réduction de 40 % des émissions de carbone d’ici 2030.

« La réflexion environnementale était déjà là, mais l’effet Greta l’a fait apparaître de façon encore plus importante », souligne Pascale Marcotte, professeure titulaire à l’Université Laval et experte en tourisme. Cependant, elle préfère attendre de voir comment les discours se traduiront dans les comportements, pointant le paradoxe du souci écologique qui se heurte à notre aspiration à réduire nos temps de déplacement.

Se dégonfler

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Les incontournables seront-ils contournés en 2020 ? Ici, Venise submergée par les touristes. Pourtant, plus d’un voyageur sur deux se dit prêt à choisir une destination moins prisée si cela permet de réduire son impact.

Venise submergée par les visiteurs, l’Everest embouteillé, le Machu Picchu pris d’assaut : les points chauds touristiques du globe ont largement dépassé le seuil de saturation. Certains lieux paisibles ont même dû faire face à des pics brutaux de fréquentation créés par des publications Instagram, incitant le WWF à appeler à masquer la géolocalisation des images diffusées.

Selon une étude menée par Booking à la fin de 2019, plus d’un voyageur sur deux souhaite aider à réduire le tourisme de masse et se dit prêt à opter pour une destination similaire afin de préserver l’environnement. Du pain bénit pour les villes « secondaires » ? « On pense que la technologie nous permet d’éviter certains comportements alors que, collectivement, on finit par tous les adopter, et ça nous amène sur des territoires qui n’étaient pas touristiques, mais le deviennent », met en garde Mme Marcotte. Néanmoins, dans certains cas, l’effet peut être bénéfique, à la condition que les infrastructures adéquates soient présentes et que les visiteurs demeurent et dépensent sur place, complète-t-elle.

Est-il temps de tirer les leçons du Bhoutan ? Avec sa politique de limitation de visas (environ 120 000 par an) et d’imposition forfaitaire (il faut payer un forfait de 250 $ US par jour et par personne, en contrepartie de quoi sont fournis trois repas, le logement et les transports avec guide), ce pays de plus en plus populaire jugule les impacts du tourisme à tout va.

5G : décollage imminent

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La 5G devrait permettre de fluidifier les déplacements et l’accès aux informations relatives à ces derniers. 

L’année 2020 sera celle où la 5G prendra son envol et devrait devenir accessible au grand public. Cette intensification du réseau de données mobiles aura plusieurs impacts sur l’activité touristique, comme le souligne le Réseau québécois de veille en tourisme. Les transports devraient être plus fiables et les passagers mieux informés, en temps réel. Pascale Marcotte pense que dans le secteur de la sécurité, la technologie pourrait amoindrir les obstacles et ainsi fluidifier les déplacements.

La 5G devrait aussi appuyer l’essor des objets connectés, qui devraient être davantage exploités par les hôtels pour offrir des services automatisés. Enfin, les touristes pourront diffuser beaucoup plus d’images et de vidéos, de meilleure qualité et plus rapidement.

Un exemple ? Le festival de Glastonbury a procédé à des tests (controversés) l’été dernier pour permettre aux foules de spectateurs de diffuser un haut volume de données. Il y a fort à parier que la 5G sera très prisée des nomades accros aux réseaux sociaux.

La mutation de soi

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L’année 2020 sera-t-elle spirituelle ? De plus en plus d’agences prônent le tourisme dit « transformationnel », qui peut se traduire par un séjour de méditation. Ici, un touriste en Corée du Sud.

Attention, l’adjectif « transformationnel » commence à devenir viral dans le secteur touristique. Il s’agirait du degré supérieur de l’expérience de voyage, qui aurait un impact irréversible sur la vie d’un participant, par l’entremise d’aventures exigeant une importante implication physique et émotionnelle : expéditions extrêmes en Antarctique, explorations méditatives, rencontres ethniques, etc.

Ce type d’expérience n’est pas nouveau en soi, mais l’offre pour ce type de voyage devient de plus en plus importante. Un Conseil du voyage transformationnel s’est même monté en 2016, auquel diverses agences canadiennes adhèrent (The Chilko Experience, Nimmo Bay Resort…). Véritable tendance ou simple stratégie de marketing ? Réponse en 2020.

L’année Nisen Nijū (2020)

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Le Japon aux mille facettes n’en finit plus d’attirer les étrangers. Les Jeux olympiques risquent de causer un pic.

Chaque média y va de son palmarès de destinations à explorer en 2020, avec des suggestions contrastées. Nous n’en évoquerons qu’une seule, à savoir le Japon, et pas seulement parce que Tokyo accueillera les Jeux olympiques l’été prochain.

Les terres nippones offrent un très vaste réseau de villes et de sites « secondaires » facilement accessibles par voie ferroviaire. Justement, dès juillet, il sera possible de monter à bord de la toute nouvelle mouture du Shinkansen, le fameux train à haute vitesse. Par ailleurs, Japan Airlines offrira 50 000 billets gratuits pour des vols intérieurs aux passagers qui se rendront dans l’archipel l’été prochain.

Après avoir essuyé une importante crise touristique dans la foulée du drame de Fukushima (2011), le Japon s’est fièrement relevé, ayant connu la plus forte croissance touristique mondiale des 10 dernières années, selon l’Organisation du tourisme mondial des Nations unies. En 2019, 40 millions de visiteurs y sont attendus.

Une conférence annuelle sur les tendances touristiques de 2020 aura lieu le mardi 21 janvier de 9 h à 12 h à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal. Paul Arseneault, de la Chaire en tourisme de l’ESG UQAM, et Pierre Bellerose, de Tourisme Montréal, animeront l’événement.

> Consultez le site de la conférence