(Dallas) American Airlines a fait voler mercredi un vol du Boeing 737 MAX avec à bord des journalistes pour tenter de dissiper les peurs et convaincre de la sûreté de cet avion, dont l’interdiction de vol a été levée récemment aux États-Unis au grand dam de familles de victimes.

Juliette MICHEL
Agence France-Presse

Ce vol promotionnel, auquel a été conviée l’AFP, a décollé vers 10 h 10 heure locale (16 h 10 GMT) de Dallas au Texas pour atterrir cinquante minutes et quelques turbulences plus tard à Tulsa, dans l’Oklahoma, où se situe la principale station de maintenance de la compagnie.

Sur place, des mécaniciens, techniciens et ingénieurs se sont relayés pour expliquer les travaux effectués sur l’appareil, pendant les vingt mois d’immobilisation et juste avant sa remise en service. Des pilotes ont détaillé la nouvelle formation qu’ils doivent suivre.  

Cet avion, qui représentait plus de deux tiers du carnet de commandes de Boeing avant les accidents, avait été cloué au sol dans le monde entier en mars 2019 après deux accidents rapprochés ayant fait au total 346 morts.

Les autorités américaines et brésiliennes ont donné en novembre leur feu vert respectif pour sa remise en service après plusieurs modifications de l’appareil et la mise en place d’une formation spécifique pour les pilotes.

L’Union européenne devrait leur emboîter le pas d’ici fin janvier 2021, tandis que la Chine entretient pour le moment le mystère sur ses intentions.

American Airlines prévoit son premier vol commercial dès le 29 décembre, aux États-Unis.

Mais pour attirer et rassurer la clientèle sur la fiabilité de l’appareil, qui a subi la plus longue immobilisation au sol de l’histoire de l’aviation civile, la compagnie s’est lancée dans une stratégie de communication active.

L’opération de charme a commencé mardi avec un vol à bord duquel Doug Parker, le PDG d’American Airlines, et son épouse avaient pris place.

Trois autres vols avec des employés de la compagnie aérienne sont en outre prévus avant la reprise des vols commerciaux, a indiqué à l’AFP une porte-parole.  

L’avion est déjà passé par plusieurs milliers d’heures de vols d’essai aux mains de spécialistes du secteur aérien. Le patron de l’agence américaine de l’aviation, Steve Dickson, a lui-même pris les commandes de l’appareil fin septembre.

La principale modification réclamée par les régulateurs concerne le logiciel de commandes de vol MCAS, que les pilotes des vols de Lion Air, le 29 octobre 2018, et d’Ethiopian Airlines, le 10 mars 2019, n’avaient pas réussi à maîtriser.

Insuffisant, pour les familles

D’autres logiciels doivent aussi être changés, tout comme le repositionnement de certains câbles.  

Boeing a prévu de mettre en place un centre d’opérations qui surveillera tous les vols en temps réel.  

Mais pour les familles des victimes, c’est insuffisant. Elles estiment qu’il y a encore des problèmes techniques à corriger et déconseillent de monter à bord.

« Le 737 MAX est un avion qui a des défauts », fustige, dans un communiqué transmis par le cabinet d’avocats américain Clifford, Ike Riffel, qui a perdu deux de ses fils, Melvin et Bennett, dans la tragédie du 737 MAX d’Ethiopian Airlines.  

Pour Michael Stumo, qui a perdu sa fille Samya, 24 ans, dans le même écrasement, « ce vol promotionnel a été arrangé par l’équipe marketing d’American Airlines simplement parce que la compagnie a commis une erreur en achetant beaucoup plus de MAX que quasiment toute autre compagnie ».

American Airlines était en effet le deuxième plus gros client du Boeing 737 MAX avant les accidents avec 24 exemplaires en service, derrière Southwest (34 unités).

Si Boeing a enregistré des annulations de commandes depuis les accidents, l’avionneur pourrait voir arriver de nouveaux contrats.

Le transporteur irlandais Ryanair pourrait ainsi annoncer jeudi une commande de 737 MAX, ont indiqué à l’AFP mercredi des sources industrielles sous couvert d’anonymat.

La compagnie et Boeing se sont refusés à tout commentaire.

Wall Street a salué ces informations : l’action Boeing a gagné plus de 5 % mercredi.